samedi 22 janvier 2011

J'écoute

37, rue du Cherche Midi, VIe ardt. Bureau central téléphonique "Littré", 1913

Mais qu'est-ce que le bureau téléphonique ?

Le bureau téléphonique est la salle où sont centralisés tous les fils d'une même ville et où les employés font communiquer entre eux tous les abonnés.
Appel du bureau. Chaque abonné étant relié au bureau central, par une ligne spéciale, doit, lorsqu'il veut communiquer avec un des autres abonnés, décrocher le récepteur suspendu au crochet mobile pour appeler le bureau central. Porter aussitôt à l'oreille et attendre la réponse de la téléphoniste qui signale sa présence en disant «J'écoute».
L'abonné demande alors à être mis en communication avec tel autre abonné, dont il donne le numéro d'appel ; exemple : Gutenberg 64-96 pour Pigier, 19, boulevard Poissonnière.
Le récepteur doit être maintenu à l'oreille jusqu'à ce que l'abonné ait signalé sa présence ou que la téléphoniste ait donné l'avis : N° pas libre; ne répond pas, etc.

Quiconque n'est jamais entré dans un grand bureau téléphonique s'imaginerait volontiers qu'il y doit régner une épouvantable cacophonie et que des : " Allo ! allo! " continuels y doivent alterner sans interruption avec d'infernales sonneries. Eh bien ! il n' en est rien. Point de sonneries, tout au plus un petit grésillement à l'oreille de l'employée, que coiffe une bande de métal garnie de deux récepteurs... et, quant aux cris, les demoiselles du téléphone savent fort bien que mieux vaut, pour être entendue, parler bas en articulant nettement que de crier à tue tête dans l'appareil, comme le font tant de personne inexpérimentées. Les demoiselles du téléphone, ainsi que le montre notre gravure, sont assises en face d'un immense tableau, et chacune d'elles a mission de servir une centaine d'abonnés. Elles travaillent une moyenne de sept heures par jour, mais la tension d'esprit qui résulte de leurs fonctions et la rapidité avec laquelle elles sont quelquefois obligées d'opérer déterminent chez elles un état nerveux qui ne permettrait pas d'augmenter leur temps de présence à l'appareil sans nuire à leur santé déjà bien ébranlée par ce dur service. Il faut noter d'ailleurs, que la sollicitude de l'administration ne leur fait pas défaut. Une doctoresse est à leur disposition. En cas de maladie elles touchent la moitié de leurs appointements ; elles ont, par an un mois de vacances payé ; droit à la demi-place en chemin de fer ; et M. Bérard leur accorde assez facilement de petits congés réconfortants. Leurs émoluments sont de 1,000 francs au début, avec en sus, à Paris, 250 francs par an de frais de séjour et une légère indemnité de repas. Tous les deux ans environ, on les augmente de 200 francs, et elles arrivent ainsi au maximum, qui est de 1,800 francs. Vous voyez que ce n' est point là une profession qui permettra jamais à celles qui l'exercent "d'acheter un château sur leurs économies".

Abordons maintenant, s'il vous plaît, un chapitre assez délicat : celui des sentiments de l'abonné pour la demoiselle du téléphone. J' ai entendu déclarer, par un abonné grincheux, que ces petites fonctionnaires avaient été suscitées par la Providence pour mettre à l' épreuve notre patience. Il est certain que rien n'est plus exaspérant que de se morfondre devant un appareil sans pouvoir obtenir la communication demandée. Mais les demoiselles du téléphone ne sont pas toujours responsables du retard qui nous irrite. A certaine heures et dans certains quartiers, la besogne les écrase ; les demandes de communications arrivent de tous côtés à la fois et se succèdent, ininterrompues ; et puis, il faut bien le dire, la responsabilité des lenteurs incombe, en réalité, le plus souvent à l'administration dont les installations ne sont pas toujours en rapport avec les exigences modernes. Beaucoup d'abonnés, d'ailleurs, savent cela, et les demoiselles du téléphone se plaisent, en général, à reconnaître l'urbanité du plus grand nombre. Si des mots durs, des injures même, leur sont adressées quelquefois, elles les doivent uniquement aux clients de passage, aux anonymes, voire même aux désœuvrés et aux mauvais plaisants qui téléphonent dans les cafés ou dans les endroits publics. En bonne conscience, elles auraient grand tort de s'en chagriner. Les gens bien élevés, au demeurant, si pressés qu'ils soient, ne peuvent oublier que les demoiselles du téléphone sont des femmes, de vaillantes jeunes filles, de familles honorables, qui travaillent pour gagner péniblement leur vie ; et, conséquemment, - même quand elles tardent à leur donner la communication - ils se garderaient bien de leur manquer de respect.

Dans un prochain numéro nous présenterons à notre public les dames du télégraphe qui sont non moins intéressantes et non moins méritantes que leurs camarades du téléphone.


37, rue du Cherche Midi, VIe ardt. Les écouteurs.
Un matin, Saint-Loup m’avoua, qu’il avait écrit à ma grand’mère pour lui donner de mes nouvelles et lui suggérer l’idée, puisque un service téléphonique fonctionnait entre Doncières et Paris, de causer avec moi. Bref, le même jour, elle devait me faire appeler à l’appareil et il me conseilla d’être vers quatre heures moins un quart à la poste. Le téléphone n’était pas encore à cette époque d’un usage aussi courant qu’aujourd’hui. Et pourtant l’habitude met si peu de temps à dépouiller de leur mystère les forces sacrées avec lesquelles nous sommes en contact que, n’ayant pas eu ma communication immédiatement, la seule pensée que j’eus ce fut que c’était bien long, bien incommode, et presque l’intention d’adresser une plainte. Comme nous tous maintenant, je ne trouvais pas assez rapide à mon gré, dans ses brusques changements, l’admirable féerie à laquelle quelques instants suffisent pour qu’apparaisse près de nous, invisible mais présent, l’être à qui nous voulions parler, et qui restant à sa table, dans la ville qu’il habite (pour ma grand’mère c’était Paris), sous un ciel différent du nôtre, par un temps qui n’est pas forcément le même, au milieu de circonstances et de préoccupations que nous ignorons et que cet être va nous dire, se trouve tout à coup transporté à des centaines de lieues (lui et toute l’ambiance où il reste plongé) près de notre oreille, au moment où notre caprice l’a ordonné. Et nous sommes comme le personnage du conte à qui une magicienne, sur le souhait qu’il en exprime, fait apparaître dans une clarté surnaturelle sa grand’mère ou sa fiancée, en train de feuilleter un livre, de verser des larmes, de cueillir des fleurs, tout près du spectateur et pourtant très loin, à l’endroit même où elle se trouve réellement. Nous n’avons, pour que ce miracle s’accomplisse, qu’à approcher nos lèvres de la planchette magique et à appeler – quelquefois un peu trop longtemps, je le veux bien – les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais connaître le visage, et qui sont nos Anges gardiens dans les ténèbres vertigineuses dont elles surveillent jalousement les portes ; les Toutes-Puissantes par qui les absents surgissent à notre côté, sans qu’il soit permis de les apercevoir : les Danaïdes de l’invisible qui sans cesse vident, remplissent, se transmettent les urnes des sons ; les ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions une confidence à une amie, avec l’espoir que personne ne nous entendait, nous crient cruellement : « J’écoute » ; les servantes toujours irritées du Mystère, les ombrageuses prêtresses de l’Invisible, les Demoiselles du téléphone !

Marcel Proust, Le côté de Guermantes, Paris, 1921

Les demoiselles du téléphone sur Wikipedia
JULLIARD, Virginie. Une "femme machine au travail", la demoiselle du téléphone". Quademi. 2004. n° 56

mardi 18 janvier 2011

Pin de Verre et de Pierre chez Lalique



Porte de l'hôtel Lalique. 40, Cours Albert 1er, Paris VIIIe ardt


LA MAISON DE RENÉ LALIQUE
Que M. Lalique ait réalisé entièrement ou non son idéal en construisant lui-même au Cours-la-Reine la maison où il vient de transporter son domicile et ses ateliers, les préoccupations dont elle est le résultat, la volonté, l'esprit qui y domine n'imposent pas moins cet effort et notre attention. Toute œuvre sortie de la main et du cerveau d'un véritable artiste doit, en effet, nous être précieuse, car, en dehors de sa valeur propre, elle sert à compléter notre connaissance de sa personnalité ; surtout quand, comme c'est ici le cas, elle ne dépend point du domaine de sa compétence technique et de ses travaux habituels. S'il est en outre, un art qui se peut, sans études préalables, pratiquer avec originalité, c'est bien l'architecture, car il reste prouvé par la présence, trop durable, hélas! de la plupart des édifices contemporains, que ce que les architectes appellent la science architecturale est non seulement inutile mais nuisible aujourd'hui pour la création d'une belle œuvre de cet ordre. Au lieu d'apprendre à l'architecte à toujours laisser prédominer la raison, la logique, les lois d'utilisation, on se soucie uniquement de lui meubler la mémoire de formules toutes faites, de règles et de principes en opposition totale avec les mœurs, les besoins, le sens de la vie actuelle. Les fruits de cette éducation irrationnelle, nous n'avons qu'à regarder autour de nous pour les contempler : voici la nouvelle gare de Lyon, la nouvelle gare d`0rléans, le Grand Palais. l'hôtel de la New-York, etc. ; mais arrêtons ici ces considérations générales. Le plus grand reproche que l'on puisse adresser à M. Lalique c'est de n'avoir pas osé rompre entièrement avec les formes du passé dans la conception de sa façade. Est-ce de sa part manque de courage, impuissance à créer une chose complètement neuve dans un art autre que celui ou il est passé maitre, ou tendresse pour une époque pour un style dont les productions séduisent le plus son œil et son esprit, il serait difficile de se prononcer. Que ne s'est-il laissé aller aux caprices de son imagination, aux élans de sa fantaisie, plutôt que de rester fidèle à la Renaissance?



Il nous eût sûrement donné une œuvre plus expressive de lui-même et, par suite, plus intéressante à tous les points de vue, plus originale, plus une. Car ce qui manque le plus ici, en dépit du parti-pris de décoration adopté, c'est dans les lignes architecturales elles-mêmes, l'unité, je veux dire la cohésion absolue entre les divers éléments, l'équilibre entre les différentes parties de l'œuvre. Je sais, certes, combien sont tyranniques les règlements de la voirie parisienne, et toutes les entraves qu'ils mettent au libre exercice de l'imagination architecturale ; il semble, cependant, que M. Feine, l'architecte qui collabora avec M. Lalique, aurait pu tirer un meilleur parti de la distribution de sa façade. Elle parait trop haute, eu égard à sa largeur ; cela tient uniquement à la manière dont la surface a été divisée. et il est presque certain que l'impression eût été tout autre, si au lieu d'interrompre la saillie du balcon du premier étage, pour réserver à la porte d'entrée et à toute la partie qui s'élève au-dessus d'elle une importance spéciale, -idée heureuse en soi, mais irréalisable ici! -on eût laissé régner largement les mêmes reliefs et les mêmes lignes.




Mais certains détails d'architecture sont fort réussis : par exemple l'encorbellement des grands balcons, l'élancement et les ajourements des hautes lucarnes,





les corniches, la belle percée des cinq baies du rez-de-chaussée, qui indiquent si nettement la destination de l'intérieur. Ces formes de style Renaissance. M. Lalique les a décorées avec beaucoup de logique et d'art et en choisissant dans la nature, pour les orner, le pin toutes les espèces de pin, depuis l'épicéa jusqu'au pin sylvestre, il a fait preuve d'un rare sens pratique.






La décoration de cette façade, si elle ne fait absolument corps avec l'architecture, s'harmonise, s'associe, du moins, fort heureusement avec elle. Peut-être pourrait-on désirer une transposition, pour ne pas dire une stylisation plus volontaire des lignes naturelles, et dans certaines parties une accentuation plus ferme, des reliefs plus accentués, et aussi plus de souplesse et de modelé dans le parti-pris décoratif, en même temps qu'une plus grande variété d'interprétation. selon les divers matériaux employés. En revanche, on se plaira à remarquer comme tout motif de décor épanouit bien à sa place, strictement justifie par les formes architecturales. La porte a naturellement la plus grande importance.

Deux troncs de pins s'élèvent à droite et à gauche de l'embrasure, et leurs branches montent et s'étendent, déployant les masses des fines ramilles au-dessus de l'ouverture, jusqu'au balcon de fer forgé du premier étage. La porte elle-même, non encore achevée, sera en fer et émail.




Le seuil franchi, un pénètre dans un grand vestibule de pierre blanche sans aucun ornement d'où l'on accède, au fond, au grand escalier de l'immeuble, et à gauche, par quelques marches, à la salle d'exposition et aux ateliers de M. Lalique, par la curieuse porte de fer forgé aux bas-reliefs de verre que nous reproduisons ici.





L'effet est charmant, d'une simplicité exquise et en même temps du plus subtil raffinement. L'intérieur est malheureusement trop inachevé pour que l'on puisse en parler longuement. Au rez-de-chaussée, largement éclairée par les cinq fenêtres à impostes qui donnent sur le Cours-la-Reine, se développe une vaste salle d'exposition. Des piliers de marbre jaune mi-engagés dans le mur divisent le tour de la pièce en une série de panneaux et se continuent, pour ainsi dire, au-dessus des chapiteaux de bronze formés de branches et de pommes de pin, jusqu'au plafond, d'où ils s'élancent encore en nervures, pour rejoindre les piliers qui séparent les fenêtres. La cheminée, incomplète encore, est en marbre noir, très peu ornée. Les murs sont revêtus d'une étoffe beige, assez soutenue de ton et toute unie, et une frise décorée de branches de pin se développe autour de la pièce. A gauche de la porte d'entrée, un escalier de bois donne accès à une sorte de petit salon de repos surélevé d'un demi-étage par rapport à la salle d'exposition, quelque chose comme une loggia en miniature, d'où l'œil plonge dans la large pièce. Ici encore, dans les chapiteaux, les piliers de la rampe, c'est le pin qui sert d'ornement ; le détail de pilier que reproduit une de nos gravures donne une idée de la façon fort originale, en vérité, dont M. Lalique a conçu cette décoration. Quatre lustres électriques en bronze et verre coulé, formés de serpents et de caméléons et suspendus au plafond par de grosses chaines de fer forgé assureront l'éclairage artificiel. Telle est, dans ses grandes lignes et dans les détails dont il est permis actuellement de parler, cette œuvre d'architecture et d'art décoratif. En maints endroits s'y révèle le goût raffiné et parfois un peu étrange, du créateur de tant d'exquis bijoux, de tant de merveilleuses pièces d'orfèvrerie, son amour de la somptuosité et des belles matières. Ainsi la porte de fer forgé et de verre qu'il a voulu placer entre le monde extérieur et lui dénote nettement ses prédilections intimes. M. Lalique est un solitaire et un farouche qui vit, sans se désintéresser certes de la vie, dans une sorte de rêve laborieux ; la solidité et en même temps la fragilité de cette barrière qu'il a ornée, comme symboliquement, de ces gestes d'hommes nus cherchant à en forcer l'accès pour pénétrer dans le sanctuaire de son travail et de ses songes, semblera à tous les raffinés profondément expressive de l'idée qu'il est permis de se faire de son caractère et d'après les œuvres de l'artiste et d'après le commerce de l'homme. Dans cette demeure construite selon un idéal caressé par lui depuis longtemps sans doute, il s'est réservé d'habiter à la fois tout près de la terre et tout près du ciel ; par les grandes baies de la salle d'exposition contiguë à ses ateliers il pourra plonger un regard sur les réalités ordinaires de l'existence, et, penché au balcon des hautes lucarnes par ou s'éclairent ses appartements privés il pourra s'enivrer d'azur et voir se refléter le soir dans l'eau moirée de la Seine le lent passage des nuées. Quoi qu'il en soit de tout ceci. la tentative de M. Lalique demeurera caractéristique de sa pensée et de son talent: j'y discerne surtout avec joie une tendance de plus en plus marquée de sa part vers les simplifications rationnelles et les constructions logiques ; il y a dix ans, cinq même, M. Lalique eût édifié une tout autre demeure, quelque palais fantastique peuplé de formes inquiétantes et paré d'abondantes polychromies. Ceux qui savent son ardent amour de la nature, les rares qualités de son imagination, l'infinie variété, la belle souplesse de son talent, ceux qui se sont toujours réservé le droit de l'admirer sans aveuglement éprouvent une vraie satisfaction à le voir ainsi se modifier, évoluer dans le sens que j'essayai d'indiquer plus haut. L'art du décor est l'art qui exige le plus de tact et d'à propos, la plus profonde science de l'équilibre et de la logique ; les gothiques et les Japonais ne demeurent les décorateurs les plus parfaits, les plus originaux, les plus exquis que parce qu'ils possèdent, au plus haut degré, ces qualités maîtresses, et leurs œuvres contiennent toutes les leçons de beauté. C'est auprès de ces incomparables maitres que tous les décorateurs actuels de vraie valeur se sont formés, ont pris conscience d'eux-mêmes, ont développé leur personnalité. l'essai architectural de M . René Lalique impose ces réflexions ; un effort médiocre et conventionnel ne les susciterait certainement point.
Tristan Destève



Art et Décoration 1902

jeudi 23 décembre 2010

M.A.C.L.


Plaque de tôle émaillée. Rue du Capitaine Lagache, XVIIe ardt.

M.A.C.L.

On lisait ces quatre lettres majuscules sur le frontispice d'une infinité de maisons ; cela voulait dire : Maison assurée contre l'incendie. Mais un sans-culotte s'avisa de les interpréter ainsi : Marie-Antoinette cocufie Louis (1).
Cette licence bouffonne fit le plus grand tort au roi que le hasard attaquait jusque dans l'arrangement de quelques lettres, et l'on trouva plusieurs fois ces deux vers, parodiés de Voltaire, affichés au coin des rues :
Les cornes ne sont pas ce qu'un vain peuple pense ;
Ils furent tous cornards, tous ces beaux rois de France !

(1) Sous la Restauration, ce fut un autre sens : Mes amis, chassons Louis. (note de l'éd. 1862, Paris)


Immeuble de style Louis-Philippe. 9, rue Henri Monnier, IXe ardt.

L'autre Compagnie se nommait Compagnie Royale d'Assurances Générales contre l'incendie. Son fondateur, M. Labarthe, installa son siège social 115 rue Richelieu, en face la Bibliothèque du roi ; ses contrats étaient de un à dix ans.
A chaque maison assurée par la Compagnie était apposée une petite plaque en métal portant en relief les lettres suivantes : M.A.C.L., ce qui veut dire : maison assurée contre l'incendie.
Depuis ce temps, il est de mode pour l'assureur de clouer, au dessus de la porte d'entrée principale de chaque immeuble, des emblèmes qui souvent présentent une extrême originalité.


Almanach royal, 1841
Immeuble de 1855. 6, rue Pernelle, IVe ardt.


samedi 11 décembre 2010

Garde-Note

Pierre Tombale (1694) dans l'Église Saint Nicolas des Champs, 254 rue Saint Martin, Paris IIIe ardt


Adieu aussi, Roial Tabellion !
Qui bien prisé vaut plus d'un milion ;
Tes grands bienfaits mis en mon Protocole,
Incessament à part moi je récole ;
Par moi verras toujours gent garde-note
Ton los chanté sur air en douce note.
Anti-Rousseau par le Poëte sans fard, François Gacon,
Fritsch et Böhm, 1712


Garde-note ou Tabellion, est un Officier qui ne passe pas les actes & contrats, mais qui en conserve les notes & minutes.
En plusieurs Villes, les Notaires reçoivent & passent seulement les minutes & notes des contrats, & les peuvent délivrer aux Parties en brevet ; mais ils font tenus de les porter aux Tabellions ou Gardes-Notes, pour les garder & délivrer en grosse aux Parties, si elles le requièrent, pour avoir une exécution parée.

En l'an 1597 que le Roi Henri IV rendit héréditaires les Offices de Notaires, il unit & incorpora les Offices de Notaires, Tabellions & Gardes-Notes ; desorte que la garde des minutes fait aujourd'hui partie de l'Office des Notaires.
II faut excepter quelques Villes où les fonctions des Notaires & celles des Tabellions n'ont pas été réunies ; & en ce cas , comme nous venons de dire, le Notaire reçoit la minute, & le Tabellion en délivre l'expédition après l'avoir mise en forme.
Mais presque par-tout le Royaume, les Notaires prennent la qualité de Notaires & Gardes-Notes ; c'est-à-dire, qu'ils gardent les minutes des contrats que les Particuliers passent devant eux.
Dictionnaire de Droit et de Pratique, Claude Joseph de Ferriere, Brunet, 1749


Garde-Note. f. m. Qualité que prennent presque tous les Notaires de Paris. Par devant les Conseillers Garde-notes du Roi au Châtelet de Paris.

Dictionnaire hollandais-français, Pierre Marin, Changuion, 1782








La famille POUTREL à Paris
(Transcription par Jean-Philippe de VIVIE de REGIE 09/12/1998)
(avec d'énormes compléments de Paul RENDU, sur intervention d'Hubert SALMON-LEGAGNEUR 09/03/1999)
Alexandre Lemaistre, Nre
Inventaire après décès de Claude Barbe VITRY

Inventaire
Dernier septembre
1698

1 L'an mil six cent quatre vingt dix huit le mardi trentieme et dernier jour de septembre
2 deux heures de rellevée a la requeste du sieur Pierre Poutrelle maistre
3 tissutier rubannier a Paris demeurant rue Neuve Saint Martin paroisse Saint
4 Nicolas des Champs en son nom à raison de la communaute d'entre luy
5 et feue Claude Barbe Vitry sa femme en secondes noces et comme tuteur
6 de Robert aagé d'environ neuf ans Marie Jeanne aagée de sept ans
7 Marie Barbe de quatre ans et de Catherine Poutrelle de neuf
8 mois le tout ou environ lesd. enfans mineurs habilles a se porter heritiers
9 chacun pour un quart de ladite Vitry leur mere et en la presence de
10 Robert Vitry aussy maistre rubannier a Paris ayeul maternel
11 et subroge tuteur desd. mineurs demeurant rue de la Lune
12 paroisse Nostre Dame de Bonne Nouvelle estant ausdites charges
13 de l'avis des parens et amis desdits mineurs omologue par sentence
14 rendue au Chatelet de Paris le vingt septiesme des presents mois et an estant
15 aux registres de Maistre Pierre Tauxier greffier de la chambre
16 civille, lesquelles charges ils ont accepté Pour la conservation
17 des droits des partyes et autres qu'il appartiendra. [Il] a esté par les conseillers du roy
18 notaires et gardenotes au Chatelet de Paris soussignés fait inventaire
19 et description des biens meubles meublants, ustenciles de menage,
20 vaisselle d'estain et d'argent, marchandises, argent comptant, lettres,
21 titres, papiers et enseignements estant de ladite communauté
22 et de la succession de ladite Vitry, trouvés et estant dans
23 les lieux cy-apres déclarés ou ledit Poutrelle demeure en lesquelles
24 ladite Vitry est deceddée le dix decembre dernier representés
25 par ledit Poutrelle -apres serment par luy fait es mains desdits notaires
26 de n'en avoir destourné et caché aucunnes soubs les peines de droit
27 à luy exprimées et données a entendre par l'un desdits notaires, l'autre présent
28 prisez et estimez par Pierre Vaillant huissier priseur vendeur
29 de biens mobiliers au Châtelet de Paris, a sommes de deniers, selon
30 et ainsy qu'il ensuit eu égard au cours du temps present. Et ont signé
31 Robert Vitry Poutrel
32 Hurel P. Vaillant
33 Le Maistre
34 Dans la cave de ladite maison
35 Premierement une verge de bois de coudrier [?] flotté, prisée huit livres
Mention marginale: Tenu pour clos le onze octobre mil six cent quatre vingt dix huit. Tauxier










dimanche 21 novembre 2010

Lave de Volvic. 3 : Cité Malesherbes




Le Péché originel. Peinture sur lave de Jules Jollivet. 11 cité Malesherbes, IXe ardt


Où le peintre Jules Jollivet, dont les œuvres ont été bannies de Saint-Vincent-de-Paul, en pose des versions miniatures sur sa propre maison

dimanche 14 novembre 2010

Nivellement des Eaux







Sur la façade de la Maison d'Armande Béjart, 11 rue des Pierres, Meudon.




Le nivellement des eaux exige autant de connoissances physiques que celui des terres. Archimède découvrit une des principales lois de l'Hydrostatique, lorsqu'étant un jour entré dans le bain, il s'aperçut que l'eau, s'élevoit & refluoit sur les bords, en proportion du volume de son corps. Il fut si enchanté de cette découverte, qui nous paroît simple, mais qui avoit jusque-là échappé aux Physiciens, que transporté il sortit tout nud du bain public, & courut sur la place en s'écriant : Je l'ai trouvé, je l' ai trouvé. La connoissance de cette premiere vérité conduisit ce grand homme à la connoissance de plusieurs autres axiomes d'hydrostatique.

DE LA MANIÈRE DE NIVELER la pente des eaux.
On a déjà trouvé dans la seconde Partie de cet Ouvrage la méthode de niveler & de dresser les terres suivant une ligne de niveau ou de pente. Il s'agit ici du nivellement des eaux qui est infiniment plus difficile. Cette opération est de si grande conséquence que c'est d'elle que dépend la réussite d'une entreprise. Si l'on a mal nivelé, on ne connoîtra point exactement l'élévation du lieu où la source peut monter pour donner de la hauteur aux fontaines d'un jardin. Il convient donc, avant que d'entreprendre un ouvrage, de bien réfléchir sur les règles suivantes, & de recommencer un nivellement deux ou trois fois, tant pour le vérifier que pour corriger les erreurs inséparables de l'opération.
Niveler n'est autre chose que trouver avec un instrument deux points également distants du centre de la terre, & l'objet du nivellement est de savoir précisément combien un endroit est élevé ou abaissé au dessus de la superficie de la terre.
Une ligne véritablement de niveau parcourant le globe de la terre, est réputée courbe, à cause que tous les points de son étendue sont également éloignés du centre de la terre. Dans la pratique ordinaire on prend le niveau apparent, c'est-à-dire une ligne droite, pour le vrai niveau qui doit être une courbe. Quand la distance ne passe pas 100 toises, la différence du niveau apparent au vrai niveau, est insensible; mais à 300 toises il y a un pouce d'erreur selon la table des haussements du niveau apparent par-dessus le vrai niveau. Il se trouveroit une différence considérable dans un grand nivellement, si l'on ne corrigeoit l'excès du niveau apparent par-dessus le vrai niveau, il y a près d'un pied dans un nivellement de 1000 toises ; l'on donne rarement des coups de niveau de 300 toises de long d'une seule opération, la portée de la vue est trop faible pour s'étendre si loin, à moins qu'on n'applique au niveau une lunette à longue vue, ce qui facilite dans les grandes distance, mais l'imperfection des verres rend cette opération peu exacte ; la vue seule est encore moins sujette à se tromper.

Admirez ici, relativement à cette loi de la tendance des fluides à niveler leur surface, ce grand système de montagnes, de collines et de vallées, qui détermine le perpétuel écoulement des eaux, selon une pente ménagée avec tant d'art, de l'intérieur des continents jusqu'aux rivages de la mer. Voyez de quelles innombrables harmonies une si belle disposition est l'origine, et quelle somme de jouissance il en résulte pour l'homme et les animaux. Suivez ces sinuosités, ces détours, ces méandres sans nombre des rivières et des fleuves, le long des vallées, entre deux rives tapissées de gazon et de fleurs ombragées par de frais bosquets, animées par le chant des oiseaux, le murmure des eaux, le mugissement des troupeaux qui bondissent au sein des fertiles herbages, par la navigation fluviale, devenue pour l'homme un puissant instrument de sociabilité et d'industrie (1). Sur les coteaux voisins se déroulent les grands bois, ou fleurissent les plus belles productions de la culture, des vergers, des vignobles, des champs de blé ; puis ce sont des maisons de plaisance, de jolis villages groupés au bord des eaux ou sur le penchant des collines d'alentour, des fabriques, des moulins à demi-cachés sous le feuillage des hauts peupliers et des saules argentés ; de toutes parts enfin la fertilité et l'abondance, la beauté et la fraîcheur des sites, l'éclat et la variété des perspectives.
C'est encore sur cette propriété, en vertu de laquelle les fluides cherchent toujours à prendre leur niveau, qu'est fondé l'art de distribuer l'eau dans les grandes villes. On amène l'eau, au moyen d'un système de tuyaux, jusqu'à un réservoir qui domine, par sa hauteur, tous les lieux où elle doit se distribuer. Ce travail une fois terminé, la gravité fait tout le reste, et l'eau va remplir tous les réservoirs situés au-dessous du premier ; elle descend dans les lieux profonds, remonte sur le flanc des coteaux, et arrive enfin au centre des principales divisions de la ville : là, les tuyaux conducteurs se ramifient en une infinité d'autres qui vont parcourant toutes les rues, et ceux-ci se divisent encore pour porter dans chaque maison une substance si nécessaire à la vie (1). « Les rivières sont des chemins qui marchent », a dit Pascal.

Annales de philosophie chrétienne-volume 24-1842




13 bis, avenue Jacqueminot-Meudon.

lundi 8 novembre 2010

L'estomac des Batignolles



Emblème du pharmacien Théophile Defresne. 96 blvd des Batignolles XVIIe ardt

Où le pharmacien Théophile Defresne, créateur de la pancréatine et de la peptone, ne digère pas sa condamnation