mardi 18 janvier 2011

Pin de Verre et de Pierre chez Lalique



Porte de l'hôtel Lalique. 40, Cours Albert 1er, Paris VIIIe ardt


LA MAISON DE RENÉ LALIQUE
Que M. Lalique ait réalisé entièrement ou non son idéal en construisant lui-même au Cours-la-Reine la maison où il vient de transporter son domicile et ses ateliers, les préoccupations dont elle est le résultat, la volonté, l'esprit qui y domine n'imposent pas moins cet effort et notre attention. Toute œuvre sortie de la main et du cerveau d'un véritable artiste doit, en effet, nous être précieuse, car, en dehors de sa valeur propre, elle sert à compléter notre connaissance de sa personnalité ; surtout quand, comme c'est ici le cas, elle ne dépend point du domaine de sa compétence technique et de ses travaux habituels. S'il est en outre, un art qui se peut, sans études préalables, pratiquer avec originalité, c'est bien l'architecture, car il reste prouvé par la présence, trop durable, hélas! de la plupart des édifices contemporains, que ce que les architectes appellent la science architecturale est non seulement inutile mais nuisible aujourd'hui pour la création d'une belle œuvre de cet ordre. Au lieu d'apprendre à l'architecte à toujours laisser prédominer la raison, la logique, les lois d'utilisation, on se soucie uniquement de lui meubler la mémoire de formules toutes faites, de règles et de principes en opposition totale avec les mœurs, les besoins, le sens de la vie actuelle. Les fruits de cette éducation irrationnelle, nous n'avons qu'à regarder autour de nous pour les contempler : voici la nouvelle gare de Lyon, la nouvelle gare d`0rléans, le Grand Palais. l'hôtel de la New-York, etc. ; mais arrêtons ici ces considérations générales. Le plus grand reproche que l'on puisse adresser à M. Lalique c'est de n'avoir pas osé rompre entièrement avec les formes du passé dans la conception de sa façade. Est-ce de sa part manque de courage, impuissance à créer une chose complètement neuve dans un art autre que celui ou il est passé maitre, ou tendresse pour une époque pour un style dont les productions séduisent le plus son œil et son esprit, il serait difficile de se prononcer. Que ne s'est-il laissé aller aux caprices de son imagination, aux élans de sa fantaisie, plutôt que de rester fidèle à la Renaissance?



Il nous eût sûrement donné une œuvre plus expressive de lui-même et, par suite, plus intéressante à tous les points de vue, plus originale, plus une. Car ce qui manque le plus ici, en dépit du parti-pris de décoration adopté, c'est dans les lignes architecturales elles-mêmes, l'unité, je veux dire la cohésion absolue entre les divers éléments, l'équilibre entre les différentes parties de l'œuvre. Je sais, certes, combien sont tyranniques les règlements de la voirie parisienne, et toutes les entraves qu'ils mettent au libre exercice de l'imagination architecturale ; il semble, cependant, que M. Feine, l'architecte qui collabora avec M. Lalique, aurait pu tirer un meilleur parti de la distribution de sa façade. Elle parait trop haute, eu égard à sa largeur ; cela tient uniquement à la manière dont la surface a été divisée. et il est presque certain que l'impression eût été tout autre, si au lieu d'interrompre la saillie du balcon du premier étage, pour réserver à la porte d'entrée et à toute la partie qui s'élève au-dessus d'elle une importance spéciale, -idée heureuse en soi, mais irréalisable ici! -on eût laissé régner largement les mêmes reliefs et les mêmes lignes.




Mais certains détails d'architecture sont fort réussis : par exemple l'encorbellement des grands balcons, l'élancement et les ajourements des hautes lucarnes,





les corniches, la belle percée des cinq baies du rez-de-chaussée, qui indiquent si nettement la destination de l'intérieur. Ces formes de style Renaissance. M. Lalique les a décorées avec beaucoup de logique et d'art et en choisissant dans la nature, pour les orner, le pin toutes les espèces de pin, depuis l'épicéa jusqu'au pin sylvestre, il a fait preuve d'un rare sens pratique.






La décoration de cette façade, si elle ne fait absolument corps avec l'architecture, s'harmonise, s'associe, du moins, fort heureusement avec elle. Peut-être pourrait-on désirer une transposition, pour ne pas dire une stylisation plus volontaire des lignes naturelles, et dans certaines parties une accentuation plus ferme, des reliefs plus accentués, et aussi plus de souplesse et de modelé dans le parti-pris décoratif, en même temps qu'une plus grande variété d'interprétation. selon les divers matériaux employés. En revanche, on se plaira à remarquer comme tout motif de décor épanouit bien à sa place, strictement justifie par les formes architecturales. La porte a naturellement la plus grande importance.

Deux troncs de pins s'élèvent à droite et à gauche de l'embrasure, et leurs branches montent et s'étendent, déployant les masses des fines ramilles au-dessus de l'ouverture, jusqu'au balcon de fer forgé du premier étage. La porte elle-même, non encore achevée, sera en fer et émail.




Le seuil franchi, un pénètre dans un grand vestibule de pierre blanche sans aucun ornement d'où l'on accède, au fond, au grand escalier de l'immeuble, et à gauche, par quelques marches, à la salle d'exposition et aux ateliers de M. Lalique, par la curieuse porte de fer forgé aux bas-reliefs de verre que nous reproduisons ici.





L'effet est charmant, d'une simplicité exquise et en même temps du plus subtil raffinement. L'intérieur est malheureusement trop inachevé pour que l'on puisse en parler longuement. Au rez-de-chaussée, largement éclairée par les cinq fenêtres à impostes qui donnent sur le Cours-la-Reine, se développe une vaste salle d'exposition. Des piliers de marbre jaune mi-engagés dans le mur divisent le tour de la pièce en une série de panneaux et se continuent, pour ainsi dire, au-dessus des chapiteaux de bronze formés de branches et de pommes de pin, jusqu'au plafond, d'où ils s'élancent encore en nervures, pour rejoindre les piliers qui séparent les fenêtres. La cheminée, incomplète encore, est en marbre noir, très peu ornée. Les murs sont revêtus d'une étoffe beige, assez soutenue de ton et toute unie, et une frise décorée de branches de pin se développe autour de la pièce. A gauche de la porte d'entrée, un escalier de bois donne accès à une sorte de petit salon de repos surélevé d'un demi-étage par rapport à la salle d'exposition, quelque chose comme une loggia en miniature, d'où l'œil plonge dans la large pièce. Ici encore, dans les chapiteaux, les piliers de la rampe, c'est le pin qui sert d'ornement ; le détail de pilier que reproduit une de nos gravures donne une idée de la façon fort originale, en vérité, dont M. Lalique a conçu cette décoration. Quatre lustres électriques en bronze et verre coulé, formés de serpents et de caméléons et suspendus au plafond par de grosses chaines de fer forgé assureront l'éclairage artificiel. Telle est, dans ses grandes lignes et dans les détails dont il est permis actuellement de parler, cette œuvre d'architecture et d'art décoratif. En maints endroits s'y révèle le goût raffiné et parfois un peu étrange, du créateur de tant d'exquis bijoux, de tant de merveilleuses pièces d'orfèvrerie, son amour de la somptuosité et des belles matières. Ainsi la porte de fer forgé et de verre qu'il a voulu placer entre le monde extérieur et lui dénote nettement ses prédilections intimes. M. Lalique est un solitaire et un farouche qui vit, sans se désintéresser certes de la vie, dans une sorte de rêve laborieux ; la solidité et en même temps la fragilité de cette barrière qu'il a ornée, comme symboliquement, de ces gestes d'hommes nus cherchant à en forcer l'accès pour pénétrer dans le sanctuaire de son travail et de ses songes, semblera à tous les raffinés profondément expressive de l'idée qu'il est permis de se faire de son caractère et d'après les œuvres de l'artiste et d'après le commerce de l'homme. Dans cette demeure construite selon un idéal caressé par lui depuis longtemps sans doute, il s'est réservé d'habiter à la fois tout près de la terre et tout près du ciel ; par les grandes baies de la salle d'exposition contiguë à ses ateliers il pourra plonger un regard sur les réalités ordinaires de l'existence, et, penché au balcon des hautes lucarnes par ou s'éclairent ses appartements privés il pourra s'enivrer d'azur et voir se refléter le soir dans l'eau moirée de la Seine le lent passage des nuées. Quoi qu'il en soit de tout ceci. la tentative de M. Lalique demeurera caractéristique de sa pensée et de son talent: j'y discerne surtout avec joie une tendance de plus en plus marquée de sa part vers les simplifications rationnelles et les constructions logiques ; il y a dix ans, cinq même, M. Lalique eût édifié une tout autre demeure, quelque palais fantastique peuplé de formes inquiétantes et paré d'abondantes polychromies. Ceux qui savent son ardent amour de la nature, les rares qualités de son imagination, l'infinie variété, la belle souplesse de son talent, ceux qui se sont toujours réservé le droit de l'admirer sans aveuglement éprouvent une vraie satisfaction à le voir ainsi se modifier, évoluer dans le sens que j'essayai d'indiquer plus haut. L'art du décor est l'art qui exige le plus de tact et d'à propos, la plus profonde science de l'équilibre et de la logique ; les gothiques et les Japonais ne demeurent les décorateurs les plus parfaits, les plus originaux, les plus exquis que parce qu'ils possèdent, au plus haut degré, ces qualités maîtresses, et leurs œuvres contiennent toutes les leçons de beauté. C'est auprès de ces incomparables maitres que tous les décorateurs actuels de vraie valeur se sont formés, ont pris conscience d'eux-mêmes, ont développé leur personnalité. l'essai architectural de M . René Lalique impose ces réflexions ; un effort médiocre et conventionnel ne les susciterait certainement point.
Tristan Destève



Art et Décoration 1902

jeudi 23 décembre 2010

M.A.C.L.


Plaque de tôle émaillée. Rue du Capitaine Lagache, XVIIe ardt.

M.A.C.L.

On lisait ces quatre lettres majuscules sur le frontispice d'une infinité de maisons ; cela voulait dire : Maison assurée contre l'incendie. Mais un sans-culotte s'avisa de les interpréter ainsi : Marie-Antoinette cocufie Louis (1).
Cette licence bouffonne fit le plus grand tort au roi que le hasard attaquait jusque dans l'arrangement de quelques lettres, et l'on trouva plusieurs fois ces deux vers, parodiés de Voltaire, affichés au coin des rues :
Les cornes ne sont pas ce qu'un vain peuple pense ;
Ils furent tous cornards, tous ces beaux rois de France !

(1) Sous la Restauration, ce fut un autre sens : Mes amis, chassons Louis. (note de l'éd. 1862, Paris)


Immeuble de style Louis-Philippe. 9, rue Henri Monnier, IXe ardt.

L'autre Compagnie se nommait Compagnie Royale d'Assurances Générales contre l'incendie. Son fondateur, M. Labarthe, installa son siège social 115 rue Richelieu, en face la Bibliothèque du roi ; ses contrats étaient de un à dix ans.
A chaque maison assurée par la Compagnie était apposée une petite plaque en métal portant en relief les lettres suivantes : M.A.C.L., ce qui veut dire : maison assurée contre l'incendie.
Depuis ce temps, il est de mode pour l'assureur de clouer, au dessus de la porte d'entrée principale de chaque immeuble, des emblèmes qui souvent présentent une extrême originalité.


Almanach royal, 1841
Immeuble de 1855. 6, rue Pernelle, IVe ardt.


samedi 11 décembre 2010

Garde-Note

Pierre Tombale (1694) dans l'Église Saint Nicolas des Champs, 254 rue Saint Martin, Paris IIIe ardt


Adieu aussi, Roial Tabellion !
Qui bien prisé vaut plus d'un milion ;
Tes grands bienfaits mis en mon Protocole,
Incessament à part moi je récole ;
Par moi verras toujours gent garde-note
Ton los chanté sur air en douce note.
Anti-Rousseau par le Poëte sans fard, François Gacon,
Fritsch et Böhm, 1712


Garde-note ou Tabellion, est un Officier qui ne passe pas les actes & contrats, mais qui en conserve les notes & minutes.
En plusieurs Villes, les Notaires reçoivent & passent seulement les minutes & notes des contrats, & les peuvent délivrer aux Parties en brevet ; mais ils font tenus de les porter aux Tabellions ou Gardes-Notes, pour les garder & délivrer en grosse aux Parties, si elles le requièrent, pour avoir une exécution parée.

En l'an 1597 que le Roi Henri IV rendit héréditaires les Offices de Notaires, il unit & incorpora les Offices de Notaires, Tabellions & Gardes-Notes ; desorte que la garde des minutes fait aujourd'hui partie de l'Office des Notaires.
II faut excepter quelques Villes où les fonctions des Notaires & celles des Tabellions n'ont pas été réunies ; & en ce cas , comme nous venons de dire, le Notaire reçoit la minute, & le Tabellion en délivre l'expédition après l'avoir mise en forme.
Mais presque par-tout le Royaume, les Notaires prennent la qualité de Notaires & Gardes-Notes ; c'est-à-dire, qu'ils gardent les minutes des contrats que les Particuliers passent devant eux.
Dictionnaire de Droit et de Pratique, Claude Joseph de Ferriere, Brunet, 1749


Garde-Note. f. m. Qualité que prennent presque tous les Notaires de Paris. Par devant les Conseillers Garde-notes du Roi au Châtelet de Paris.

Dictionnaire hollandais-français, Pierre Marin, Changuion, 1782








La famille POUTREL à Paris
(Transcription par Jean-Philippe de VIVIE de REGIE 09/12/1998)
(avec d'énormes compléments de Paul RENDU, sur intervention d'Hubert SALMON-LEGAGNEUR 09/03/1999)
Alexandre Lemaistre, Nre
Inventaire après décès de Claude Barbe VITRY

Inventaire
Dernier septembre
1698

1 L'an mil six cent quatre vingt dix huit le mardi trentieme et dernier jour de septembre
2 deux heures de rellevée a la requeste du sieur Pierre Poutrelle maistre
3 tissutier rubannier a Paris demeurant rue Neuve Saint Martin paroisse Saint
4 Nicolas des Champs en son nom à raison de la communaute d'entre luy
5 et feue Claude Barbe Vitry sa femme en secondes noces et comme tuteur
6 de Robert aagé d'environ neuf ans Marie Jeanne aagée de sept ans
7 Marie Barbe de quatre ans et de Catherine Poutrelle de neuf
8 mois le tout ou environ lesd. enfans mineurs habilles a se porter heritiers
9 chacun pour un quart de ladite Vitry leur mere et en la presence de
10 Robert Vitry aussy maistre rubannier a Paris ayeul maternel
11 et subroge tuteur desd. mineurs demeurant rue de la Lune
12 paroisse Nostre Dame de Bonne Nouvelle estant ausdites charges
13 de l'avis des parens et amis desdits mineurs omologue par sentence
14 rendue au Chatelet de Paris le vingt septiesme des presents mois et an estant
15 aux registres de Maistre Pierre Tauxier greffier de la chambre
16 civille, lesquelles charges ils ont accepté Pour la conservation
17 des droits des partyes et autres qu'il appartiendra. [Il] a esté par les conseillers du roy
18 notaires et gardenotes au Chatelet de Paris soussignés fait inventaire
19 et description des biens meubles meublants, ustenciles de menage,
20 vaisselle d'estain et d'argent, marchandises, argent comptant, lettres,
21 titres, papiers et enseignements estant de ladite communauté
22 et de la succession de ladite Vitry, trouvés et estant dans
23 les lieux cy-apres déclarés ou ledit Poutrelle demeure en lesquelles
24 ladite Vitry est deceddée le dix decembre dernier representés
25 par ledit Poutrelle -apres serment par luy fait es mains desdits notaires
26 de n'en avoir destourné et caché aucunnes soubs les peines de droit
27 à luy exprimées et données a entendre par l'un desdits notaires, l'autre présent
28 prisez et estimez par Pierre Vaillant huissier priseur vendeur
29 de biens mobiliers au Châtelet de Paris, a sommes de deniers, selon
30 et ainsy qu'il ensuit eu égard au cours du temps present. Et ont signé
31 Robert Vitry Poutrel
32 Hurel P. Vaillant
33 Le Maistre
34 Dans la cave de ladite maison
35 Premierement une verge de bois de coudrier [?] flotté, prisée huit livres
Mention marginale: Tenu pour clos le onze octobre mil six cent quatre vingt dix huit. Tauxier










dimanche 21 novembre 2010

Lave de Volvic. 3 : Cité Malesherbes




Le Péché originel. Peinture sur lave de Jules Jollivet. 11 cité Malesherbes, IXe ardt


Où le peintre Jules Jollivet, dont les œuvres ont été bannies de Saint-Vincent-de-Paul, en pose des versions miniatures sur sa propre maison

dimanche 14 novembre 2010

Nivellement des Eaux







Sur la façade de la Maison d'Armande Béjart, 11 rue des Pierres, Meudon.




Le nivellement des eaux exige autant de connoissances physiques que celui des terres. Archimède découvrit une des principales lois de l'Hydrostatique, lorsqu'étant un jour entré dans le bain, il s'aperçut que l'eau, s'élevoit & refluoit sur les bords, en proportion du volume de son corps. Il fut si enchanté de cette découverte, qui nous paroît simple, mais qui avoit jusque-là échappé aux Physiciens, que transporté il sortit tout nud du bain public, & courut sur la place en s'écriant : Je l'ai trouvé, je l' ai trouvé. La connoissance de cette premiere vérité conduisit ce grand homme à la connoissance de plusieurs autres axiomes d'hydrostatique.

DE LA MANIÈRE DE NIVELER la pente des eaux.
On a déjà trouvé dans la seconde Partie de cet Ouvrage la méthode de niveler & de dresser les terres suivant une ligne de niveau ou de pente. Il s'agit ici du nivellement des eaux qui est infiniment plus difficile. Cette opération est de si grande conséquence que c'est d'elle que dépend la réussite d'une entreprise. Si l'on a mal nivelé, on ne connoîtra point exactement l'élévation du lieu où la source peut monter pour donner de la hauteur aux fontaines d'un jardin. Il convient donc, avant que d'entreprendre un ouvrage, de bien réfléchir sur les règles suivantes, & de recommencer un nivellement deux ou trois fois, tant pour le vérifier que pour corriger les erreurs inséparables de l'opération.
Niveler n'est autre chose que trouver avec un instrument deux points également distants du centre de la terre, & l'objet du nivellement est de savoir précisément combien un endroit est élevé ou abaissé au dessus de la superficie de la terre.
Une ligne véritablement de niveau parcourant le globe de la terre, est réputée courbe, à cause que tous les points de son étendue sont également éloignés du centre de la terre. Dans la pratique ordinaire on prend le niveau apparent, c'est-à-dire une ligne droite, pour le vrai niveau qui doit être une courbe. Quand la distance ne passe pas 100 toises, la différence du niveau apparent au vrai niveau, est insensible; mais à 300 toises il y a un pouce d'erreur selon la table des haussements du niveau apparent par-dessus le vrai niveau. Il se trouveroit une différence considérable dans un grand nivellement, si l'on ne corrigeoit l'excès du niveau apparent par-dessus le vrai niveau, il y a près d'un pied dans un nivellement de 1000 toises ; l'on donne rarement des coups de niveau de 300 toises de long d'une seule opération, la portée de la vue est trop faible pour s'étendre si loin, à moins qu'on n'applique au niveau une lunette à longue vue, ce qui facilite dans les grandes distance, mais l'imperfection des verres rend cette opération peu exacte ; la vue seule est encore moins sujette à se tromper.

Admirez ici, relativement à cette loi de la tendance des fluides à niveler leur surface, ce grand système de montagnes, de collines et de vallées, qui détermine le perpétuel écoulement des eaux, selon une pente ménagée avec tant d'art, de l'intérieur des continents jusqu'aux rivages de la mer. Voyez de quelles innombrables harmonies une si belle disposition est l'origine, et quelle somme de jouissance il en résulte pour l'homme et les animaux. Suivez ces sinuosités, ces détours, ces méandres sans nombre des rivières et des fleuves, le long des vallées, entre deux rives tapissées de gazon et de fleurs ombragées par de frais bosquets, animées par le chant des oiseaux, le murmure des eaux, le mugissement des troupeaux qui bondissent au sein des fertiles herbages, par la navigation fluviale, devenue pour l'homme un puissant instrument de sociabilité et d'industrie (1). Sur les coteaux voisins se déroulent les grands bois, ou fleurissent les plus belles productions de la culture, des vergers, des vignobles, des champs de blé ; puis ce sont des maisons de plaisance, de jolis villages groupés au bord des eaux ou sur le penchant des collines d'alentour, des fabriques, des moulins à demi-cachés sous le feuillage des hauts peupliers et des saules argentés ; de toutes parts enfin la fertilité et l'abondance, la beauté et la fraîcheur des sites, l'éclat et la variété des perspectives.
C'est encore sur cette propriété, en vertu de laquelle les fluides cherchent toujours à prendre leur niveau, qu'est fondé l'art de distribuer l'eau dans les grandes villes. On amène l'eau, au moyen d'un système de tuyaux, jusqu'à un réservoir qui domine, par sa hauteur, tous les lieux où elle doit se distribuer. Ce travail une fois terminé, la gravité fait tout le reste, et l'eau va remplir tous les réservoirs situés au-dessous du premier ; elle descend dans les lieux profonds, remonte sur le flanc des coteaux, et arrive enfin au centre des principales divisions de la ville : là, les tuyaux conducteurs se ramifient en une infinité d'autres qui vont parcourant toutes les rues, et ceux-ci se divisent encore pour porter dans chaque maison une substance si nécessaire à la vie (1). « Les rivières sont des chemins qui marchent », a dit Pascal.

Annales de philosophie chrétienne-volume 24-1842




13 bis, avenue Jacqueminot-Meudon.

lundi 8 novembre 2010

L'estomac des Batignolles



Emblème du pharmacien Théophile Defresne. 96 blvd des Batignolles XVIIe ardt

Où le pharmacien Théophile Defresne, créateur de la pancréatine et de la peptone, ne digère pas sa condamnation

mercredi 3 novembre 2010

Fosses mobiles inodores

Plaque posée sur la façade d'un immeuble équipé de fosses mobiles inodores, 18 rue Meslay, IIIe ardt. "N° 50 Fg du Temple" est vraisemblablement l'adresse du vidangeur


DES FOSSES MOBILES INODORES

Rien de plus difficile à déraciner qu'une vieille habitude, rien de plus opiniâtre qu'un usage longtemps continué. Depuis bien des années, on connaît tous les inconvéniens de nos fosses d'aisances ; depuis bien des années aussi de graves accidens ont lieu à l'époque où on doit les vider ; et pourtant, malgré tant d'inconvéniens, on continue à suivre l'usage établi, et sur vingt maisons qui se construisent au dix-neuvième siècle, dix-huit au moins adoptent un système que la routine seule paraît avoir consacré. Lorsqu'on ne savait pas faire mieux, une telle persévérance eût été permise ; mais aujourd'hui que des hommes éclairés se sont occupés de cette question qui touche de si près à l'hygiène publique ; aujourd'hui qu'on a inventé les fosses mobiles inodores, rien ne peut justifier un si coupable entêtement, et les constructeurs ne peuvent alléguer d'autre excuse que l'ignorance de ce nouveau procédé. C'est dans l'espoir de le faire connaître que nous lui consacrons cet article, excités que nous sommes par un événement déplorable, et encore tout récent.
M. le préfet de police, aux bonnes intentions duquel nous avons déjà eu plus d'une fois occasion de rendre justice, a fait paraître, le 6 octobre dernier, une ordonnance ainsi conçue : « Des réglemens de police défendent expressément à tous particuliers, autres que des vidangeurs, de faire l'ouverture et la vidange des fosses d'aisances. Cette défense, qui a pour but de garantir d'une mort presque certaine ceux qui ne connaissent point les précautions qu'exige ce genre de travail, a rarement été violée sans de funestes résultats. Récemment encore cinq personnes (1) ont été victimes d'une semblable violation, et sont mortes asphyxiées dans une fosse d'aisances de la rue des Bons-Enfans. Pour prévenir de nouveaux malheurs, l'administration rappelle aux habitans de Paris, qu'en faisant ouvrir et vider des fosses d'aisances par d'autres que des vidangeurs, ils sont responsables des événemens, et qu'ils s'exposent aux poursuites rigoureuses de la justice. »
Les termes de cette ordonnance indiquent assez combien le mode de construction de nos fosses d'aisances entraîne de dangers. Les ouvrir sans précaution, sans connaître les moyens préservatifs, c'est, dit le magistrat, s'exposer à une mort presque certaine ; et ces expressions n'ont rien d'exagéré. L'amas et le séjour des matières excrémentielles dans un lieu fermé, donne constamment naissance à des phénomènes chimiques, dont le résultat est l'altération de l'air respirable qu'elles contiennent. Tantôt cet air a perdu une partie ou la presque totalité de son oxigène, et se trouve réduit à l'acide carbonique et au gaz azote qu'il contient habituellement ; tantôt, et cet effet est aussi fréquent que le premier, il renferme un nouveau gaz (l'hydro-sulfure d'ammoniaque), dont quelques parcelles suffisent pour donner la mort presque instantanément. Dans l'un et dans l'autre cas, la mort est presque certaine ; seulement dans le premier l'individu meurt, parce qu'il est privé d'air vital : c'est ce qu'on nomme l'asphyxie négative ; dans le second, il périt, parce qu'il a respiré avec l'air atmosphérique un gaz délétère : c'est l'asphyxie positive ; l'asphyxie occasionnée par un gaz empoisonné. Cet état des fosses d'aisances a été nommé maladie par les vidangeurs, et ils ont donné à ces maladies les noms de mitte, de plomb, etc. A les entendre, rien n'est plus facile que de reconnaître ces diverses modifications de l'air des fosses, et par conséquent d'en prévenir les accidens. Une odeur d'œufs pourris, de fleur de soufre très prononcée, annonce la présence de l'hydro-sulfure d'ammoniaque ; l'extinction de corps en combustion que l'on descend dans la fosse, annonce la décomposition de l'air et la perte de l'oxigène. Ces notions ne suffisent pas pourtant aux vidangeurs pour éviter toujours les dangers qui les menacent. Plus d'une fois une fosse dans laquelle une bougie continuait à brûler avec la même clarté, de laquelle aussi ne s'exhalait aucune odeur particulière, n'en a pas moins causé la mort de plusieurs ouvriers. Je ne citerai à l'appui de cette opinion que le fait suivant, qui a été observé par le savant Hallé :
« Pendant la vidange d'une fosse, à la vingt-huitième tinette, le second seau échappa des mains de l'ouvrier ; il n'y avait pas moyen de continuer le nettoiement, si l'on ne parvenait à le reprendre. On n'appréhendait rien ; il y avait peu d'instans que du papier avait très bien brûlé à l'entrée de la fosse. A peine l'ouvrier eut-il descendu quelques échelons, qu'il tomba sans crier, et fut enseveli sous la vanne ; aussitôt un autre ouvrier se présenta pour le secourir : on le lia avec des cordes ; mais il eut à peine descendu assez d'échelons pour n'avoir plus que la tête hors de la fosse, qu'il jeta une espèce de cri étouffé, accompagné d'un grand effort de poitrine. Il quitta l'échelle et perdit aussitôt le mouvement de la respiration. La tête était pendante sur la poitrine, le pouls imperceptible, chacune des extrémités froides, et cette asphyxie complète fut l'affaire d'un moment. Un autre, ouvrier, descendu avec les mêmes précautions, perdit de même connaissance ; mais il put être retiré assez promptement pour ne pas être entièrement asphyxié. Enfin un dernier, jeune, fort, vigoureux, se fit lier de même, et descendit quelques échelons ; mais se sentant saisi comme le premier, il remonta un moment pour reprendre ses esprits ; il ne se découragea point : il voulut descendre de nouveau ; mais à reculons, et le visage tourné en haut. De cette manière il eut le temps de chercher son camarade avec un crochet et de le retirer de la vanne. On put alors passer une corde autour du corps de ce malheureux, et l'enlever tout-à-fait de la fosse. Une bougie brûlait parfaitement dans tous les endroits de celle-ci. Pendant qu'on prodiguait des soins inutiles pour rappeler à la vie le malheureux qui avait été enseveli sous la vanne, M. Verville, inspecteur de salubrité pour cette partie, s'approcha de lui pour s'assurer si l'odeur qu'il exhalait était le plomb. A peine eut-il respiré l'air qui sortait de sa bouche, qu'il cria : Je suis mort! tomba sans connaissance, et fut frappé d'une asphyxie commençante, qui se changea bientôt en fortes convulsions......"
Cette observation ne laisse aucun doute sur la difficulté de reconnaître, dans les fosses d'aisances ordinaires, la présence de ces gaz qui déterminent une mort si prompte et si cruelle, de décider à l'avance si la vidange que l'on commence, ne coûtera pas la vie à quelques uns des ouvriers que l'on emploie. Si l'on joint à ce danger toujours possible les autres maladies qui naissent de la profession des vidangeurs : la cécité, les rhumatismes, la phthisie pulmonaire, etc., etc., on comprendra sans peine que Hallé a eu raison de dire : Que les vidangeurs existent a peine la moitié de la vie ordinaire ; triste vérité que Ramazzini avait déjà fait connaître dans son Traité des Maladies des Artisans, et que l'expérience n'a que trop confirmée depuis.
Plusieurs philanthropes distingués par leur zèle, et par leurs lumières, se sont déjà occupés de cette question importante, et ont senti la nécessité de porter remède à un mal aussi sérieux. On doit d'utiles améliorations à Hallé, à Laborie, à Cadet de Vaux, à Parmentier, à MM. Dupuytren, Thènard, d'Arcet, etc. : grâces à eux les dangers avaient beaucoup diminué, mais il en restait encore beaucoup : l'invention des fosses mobiles inodores les à fait disparaître complètement ; et lorsque ce nouveau procédé sera adopté partout, lorsqu'une administration protectrice en fera une des conditions sine qua non pour les nouvelles constructions qu'elle autorise, on n'entendra plus parler de ces horribles accidens qui plongent en quelques minutes cinq ou six familles dans là misère et le désespoir(2).

Nouveau Larousse illustré, 1905

L'idée première des fosses mobiles n'est pas nouvelle, et quoique ceux qui l'exploitent en ce moment aient reçu en 1818 un brevet d'invention, on la retrouve tout entière dans un ouvrage imprimé à Paris en 1786, et qui est intitulé Essai sur la suppression des fosses d'aisance. I vol. in 12. L'auteur de ce livre, Géraud, docteur-régent de l'ancienne Faculté de Médecine, y dit positivement : « Au lieu de latrines, ne pourrait-on pas établir au rez-de-chaussée, ou plus bas, dans chaque maison, un ou plusieurs endroits propres à y renfermer soit un tonneau, soit une tinette, soit quelque chose d'équivalent, fait de bois ou d'un métal quelconque, comme fer, cuivre, etc. Le tuyau d'une lunette, et même ceux d'un plus grand nombre de ces ouvertures, aboutiraient dans ce vaisseau, celui-ci plein, soit des divers excrémens, soit des autres immondices de la maison, comme eau de vaisselle, de savon , etc., puis bien fermé, serait tous les jours ou tous les deux jours, et même plus rarement, enlevé le matin de bonne heure ou le soir tard, par des préposés qui le remplaceraient sur-le-champ en mettant à la place celui de la veille...»
Certes voilà bien le système des fosses mobiles, mais alors il ne fut point adopté, personne ne songea à le mettre en usage, et ce projet était entièrement oublié, lorsqu'il y a maintenant dix ans. on le vit reparaître, mais perfectionné, mais agrandi, et avec toutes les conditions qui devaient le rendre commode en en généraliser l'emploi. Ceux donc qui jouissent du privilège du brevet, s'ils ne sont pas les inventeurs, ont bien certainement le mérite d'avoir fait adopter l'usage de ces nouvelles fosses d'aisances.
Le docteur Géraud, en conseillant l'emploi d'un tonneau pour remplacer la fosse, n'avait en vue que de prévenir les, accidens qui naissent de la vidange, et d'empêcher aussi ces infiltrations qui portent un si grand préjudice à là plupart des constructions, et corrompent si fréquemment les eaux destinées aux usages domestiques ; mais son procédé exigeait une main-d'oeuvre fréquemment répétée, il exigeait de nombreux voyages de la maison au dépôt général des immondices, et il eût sans contredit nécessité plus de dépenses que les anciennes latrines. Ceux qui sont venus depuis ont cherché à remplir un plus grand nombre de conditions ; et ils y sont parvenus, comme on le verra par la description suivante, et en jetant-un coup d'œil sur la lithographie, où nous avons fait représenter leur appareil tel qu'il est aujourd'hui.
Le conduit B, celui qui communique avec toutes les lunettes de la maison, vient aboutir dans un tonneau de grande dimension, et s'y adapte exactement au moyen d'un collet en plomb et d'un lut d'argile.
Ce tonneau G est partagé en deux cavités de grandeur inégale par un fond intérieur E. La cavité supérieure qui occupe à peu près les neuf-dixièmes du tonneau, est destinée à conserver seulement les parties solides qui tombent par le tuyau B. La cavité inférieure reçoit exclusivement les parties liquides. Cette séparation, résultat le plus important de ce nouveau mode de fosses, s'opère au moyen d'un tuyau D qui règne dans toute la longueur de la grande cavité du tonneau G, et qui vient s'ouvrir dans la cavité inférieure. Ce tuyau, dans toute sa longueur, est percé de trous comme un crible, et c'est par ces trous que les liquides qui arrivent dans le tonneau G s'échappent à mesure, se rassemblent dans la cavité la plus basse, et de là sont conduits par le moyen d'un tuyau F dans un autre tonneau G, qui se trouve placé à côté, et au dessous du premier. Ainsi, toutes les matières qui tombent par le conduit ordinaire des commodités arrivent dans un même tonneau ; mais là, au moyen d'un tuyau percé de trous, les liquides se séparent des solides, et vont remplir un autre tonneau que l'on peut facilement remuer et remplacer. Or, comme il résulte d'expériences faites avec soin que dans les excrémens et ce qu'on jette dans les commodités, les liquides sont aux solides comme trois est à un, il suit de là que le grand tonneau G peut rester en place jusqu'au moment où l'on a rempli plusieurs tonneaux G, qu'on a renouvelés tous les quinze jours ou tous les mois ; et qu'ainsi on évite l'inconvénient des vidanges continuelles et les frais qu'elles devraient entraîner. Il résulte aussi de cette séparation qu'on évite presque constamment ces fermentations, ces réactions chimiques qui donnent naissance à des gaz si délétères, et que l'on peut toujours sans danger vider et nettoyer les tonneaux et manipuler les excrémens dont on fait ensuite d'excellens engrais ; en effet, en recevant dans des vaisseaux différens les matières solides et les matières liquides, on prévient tous les accidens qui pourraient naître de leur mélange ; des liquides renfermés dans un tonneau, privés du contact de l'air, peuvent, comme chacun sait, se conserver long-temps sans altération marquée : c'est ce qui arrive ici aux urines, qui ne donnent point naissance, comme dans les anciennes latrines, à cet énorme dégagement d'ammoniaque si dangereux pour là santé, si nuisible à une foule d'objets précieux. Les matières solides se conservent encore bien mieux lorsqu'on les prive, d'humidité et qu'on les enferme. Dans les fosses mobiles inodores, les excrémens sont presque desséchés, tant les liquides trouvent de facilité à s'écouler dans le tonneau inférieur ; aussi n'observe-t-on point ici, ni cette odeur insupportable qui s'exhale de presque toutes les anciennes latrines, ni ce gaz hydrogène sulfuré qui altère si rapidement la plupart des peintures, et qui dernièrement, dans l'espace d'une nuit, a tellement changé les teintes d'un tableau, que l'artiste a été obligé de recommencer entièrement un travail de plusieurs semaines.
Il est bien évident, d'après tout cela, que ce nouveau procédé a sur l'ancien d'immenses avantages, et que ce n'est pas sans chagrin que nous remarquons le peu d'empressement qu'on met à l'adopter. Qui peut arrêter encore les propriétaires ? Ce n'est pas. le prix : il est moindre, en général que celui auquel s'élèvent les frais des vidanges ordinaires, et il baissera encore lorsque le brevet actuel sera terminé, et que cette exploitation sera tombée dans le domaine public. Ce n'est donc que la routine, qu'une vieille habitude, qui les attachent à un système qui est si vicieux, et leur fait rejeter un procédé qui leur présenterait tout à la fois salubrité, économie : salubrité ; en ce que la mauvaise odeur est considérablement diminuée, et que ce fait seul n'est pas à dédaigner dans une ville comme Paris ; surtout où l'on compte plus de soixante-dix mille fosses d'aisances ; en ce qu'on n'a plus à craindre ces terribles maladies qui, chaque année, moissonnent un si grand nombre d'ouvriers vidangeurs ; en ce que les eaux des puits ne seront plus empoisonnées par le mélange d'eaux infectes ; en ce que chaque maison, chaque hôtel ne reposera plus sur un cloaque infâme (3), source continuelle d'un grand nombre de maladies : économie puisqu'on peut se passer de construire à grands frais des fosses d'aisances et que l'appareil peut-être sans inconvénient placé dans une pièce au rez-de-chaussée ; puisqu'on n'a plus à craindre ces infiltrations qui rendent si souvent nécessaires les réparations des fosses elles-mêmes et des fondations ; puisque les frais de vidange sont évidemment moindres que pour les anciennes fosses ; puisque jamais les locataires ne sont incommodés par les vidanges et par conséquent doivent préférer les maisons où ce procédé est adopté.
D'après cet aperçu rapide, on doit faire des vœux pour que l'administration prenne toutes les mesures possibles pour répandre et propager ces appareils qui offrent tant et de si grands avantages. On lui doit la justice de dire que jusqu'à présent elle a fait beaucoup pour les encourager, non seulement en les adoptant elle-même dans ses constructions modernes, et entre autres dans le magnifique hôtel de Rivoli, où l'on compte trente-six de ces appareils, dans quelques prisons, dans plusieurs hôpitaux, et dernièrement dans trois des casernes de Paris,où étaient manifestées des maladies assez graves, maladies que l'on a, avec raison, attribuées aux exhalaisons pestilentielles des latrines. Il faut aussi engager tous ceux qui s'occupent de la salubrité publique, tous ceux qui réunissent leurs efforts, soit pour améliorer le régime intérieur des prisons, soit pour créer et agrandir les écoles primaires, soit pour rendre les hôpitaux plus salubres, à faire adopter partout un système de fosses, qui, joint à la théorie simplifiée des fourneaux d'appel que l'on doit à M. d'Arcet, offrent un appareil au moyen duquel sont évités presque tous les inconvéniens qui résultent de l'accumulation des matières excrémentielles dans les établissemens publics et dans les maisons particulières.
G. T. D.
(1) Le 1er octobre, trois ouvriers maçons étaient occupés dans la maison n° 18, rue des Bons-Enfans, à desceller une pierre qui recouvrait la fosse d'aisances de cette maison. Une planche ayant cassé sous leurs pieds, ils tombèrent tous les trois dans la fosse, où ils furent asphyxiés. Un marchand de vin qui habitait la même maison, étant accouru avec l'un de ses garçons et le portier, ils furent, tous les trois saisis par la vapeur infecte qui s'exhalait de l'ouverture, et ils tombèrent dans la fosse. Le marchand de vin fut retiré vivant ; mais son garçon, le portier et les trois maçons, n'ont pu être rappelés à la vie.
(2) Nulle classe d'ouvriers, a dit M. le docteur Mérat, ne montre plus de dévoûment que celle des vidangeurs, et au moindre danger d'un de leurs camarades, on les voit voler à son secours avec un zèle souvent téméraire, mais louable, et qu'on est loin de trouver dans les plus hauts rangs de la société. Presque toujours plusieurs sont victimes de leur empressement ; mais le danger n'empêche pas ceux qui restent.
(3) C'est ce qui faisait dire assez plaisamment à un Anglais, que notre Paris tant vanté, et où nous nous piquons d'avoir porté si loin le luxe et la politesse, deviendrait tout à coup la plus abominable ville du monde, si, par le fait d'une grande commotion, les maisons étaient retournées sens dessus dessous. À Londres, il n'existe pas de latrines comme ici, les commodités de chaque maison communiquent avec de larges égoûts, où une eau courante et rapide enlève toutes les immondices pour le porter ensuite à la Tamise.

10 Rue de la Jonquière, XVIIe arrdt
Journal de la société de la morale chrétienne, 1829, Tome 10