Où nous retrouvons la gente caprine aux mains des enfants, sur les murs parisiens, et où ces marmots se sont laissés aller à l'abus du jus d'octobre, disputant les grappes de raisin aux bêtes à cornes. Nous rappelons le contexte antique dans lequel ces scènes baignent, et découvrons des bacchanales d'enfants avec chèvre ou bouc... Jusqu'à plus soif !
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La nourriture de Bacchus ou L'enfance de Bacchus, Nicolas Poussin, huile sur toile, 75 x 97,7 cm, vers 1627, National Gallery, Londres. Source image Wikimedia Commons. |
Dans le billet précédent sur le sujet des bacchanales d'enfants, nous avions exploré les rites bachiques et toute leur imagerie, grâce, entre autre, à des textes du XVIIIe et XIXe siècle. Il est bon de revenir à des écrits contemporains du culte de Bacchus, lié comme nous l'avons vu au vin et à la fertilité, ne serait-ce qu' avec l'incontournable Ovide :
Ovide Les Fastes Chant 1
Les sacrifices d'animaux
Cérès, la première, vit couler avec plaisir le sang de la truie avide, [1, 350] justement punie de mort pour avoir détruit, dans leur germe, les trésors de la moisson. La déesse, au retour du printemps, avait vu la bête aux rudes soies déterrant la semence, gonflée déjà d'un suc laiteux ; la vengeance avait suivi le crime. Ce terrible exemple ne devait-il pas t'apprendre, ô bouc, à respecter les sarments? [1, 355]
Quelqu'un l'aperçoit mordant à belles dents la vigne, et l'indignation lui arrache ces paroles: "Bouc, tu as rongé la vigne, mais elle ne laissera pas de produire une liqueur qui te sera versée sur les cornes au pied des autels!" La menace s'accomplit, [1, 360] et les cornes du bouc sont arrosées de vin avant qu'on ne te l'immole, ô Bacchus, en expiation de son attentat. Ainsi, le bouc et la truie portent la peine de leur crime ; mais le bœuf, qu'avait-il fait? Et vous paisibles brebis? La Grèce célébrait la fête du dieu couronné de lierre, que ramène l'hiver tous les trois ans; [1, 395] les dieux amis de Bacchus s'y étaient rendus, avec tous les dieux amis de la joie, les Pans, la troupe lascive des Satyres, les nymphes qui habitent les fleuves et les campagnes solitaires, et le vieux Silène, lourdement assis sur son âne qui ploie, [1, 400] et le dieu peint en rouge, dont les nudités épouvantent les timides oiseaux. Les ombrages d'une forêt prêtaient un nouveau charme au festin; des lits de gazon avaient reçu les convives, et chacun d'eux s'était couronné de feuillage. Bacchus fournissait le vin; près de là coulait un ruisseau; mais les buveurs usaient sobrement de ses ondes. [1, 405] Les naïades étaient debout ; les unes laissaient flotter librement leur chevelure, les autres, d'une main savante, l'avaient disposée avec art autour de leur front. Celle-ci, pour servir les convives, a relevé sa tunique au-dessus du genou ; celle-là écarte les voiles qui cachaient son sein ; l'une découvre son épaule, l'autre traîne sur les gazons son vêtement qui s'est détaché; [1, 410] aucun lien n'enchaîne leurs pieds délicats. C'est ainsi qu'elles embrasent des plus doux feux le cœur des Satyres. Quelques-unes s'attaquent au dieu dont les tempes sont ornées d'un rameau de pin ; d'autres viennent réveiller en toi les brûlants désirs, ô Silène; rien chez toi n'a pu les éteindre encore, et tu ne veux pas vieillir pour les larcins de l'amour. [1, 415] Mais le rubicond Priape, l'ornement et la défense de nos jardins, parmi tant de beautés, ne voit que la beauté de Lotis ; il la convoite, il l'appelle de ses vœux ; pour elle seule il soupire ; mille gestes, mille mouvements de tête expriment son ardeur impatiente ; mais les belles sont orgueilleuses : la fierté suit la beauté, [1, 420] et Lotis laisse assez voir son dédain pour cet amant ridicule. La nuit vient ; vaincus par l'ivresse, les dieux sont étendus çà et là, et s'abandonnent au sommeil. Fatiguée de ses jeux folâtres, Lotis repose à l'écart sur l'herbe touffue, sous un bosquet d'érables. [1, 425] Priape se lève, et retenant son souffle, et de son pied effleurant à peine la terre, il s'avance doucement et sans bruit. Arrivé vers la retraite où dort la belle nymphe, il voudrait ne pas respirer, de peur que son haleine ne la réveille. Déjà il se balance près d'elle ; il touche à son lit de gazon, [1, 430] et cependant elle reste profondément assoupie. Transporté de joie, il soulève le voile qui couvre les pieds de Lotis, et, au moment où une route charmante va le conduire au terme de ses vœux, ô contretemps fatal! on entend braire soudain la rauque monture de Silène. [1, 435] La nymphe effrayée se lève ; ses mains repoussent le dieu, et, en fuyant, elle fait retentir la forêt de ses cris, tandis que la lune, éclairant la honte de Priape, le livre à la risée de tous, encore tout armé pour les luttes de l'amour. L'âne paya de sa vie le cri qu'il avait poussé, et c'est, depuis cette aventure, [1, 440] la victime la plus agréable au dieu de l'Hellespont.
Ovide, Les Fastes, Chant 1, vers 3 après J.C.
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Vénus endormie découverte par un satyre, Nicolas Poussin, huile sur toile, 1626, Kunsthaus, Zurich. Source image Wikimedia Commons. |
Second texte antique un peu plus récent : celui de Nonnos de Panopolis, Ve siècle après J.C. Il nous rappelle que c'est Bacchus qui est sorti de la cuisse de Jupiter.
NONNOS
DIONYSIAQUES
CHANT PREMIER.
Racontez, ô déesse, le souffle générateur de la foudre du fils de Saturne, étincelle nuptiale avant-courrière d'un brûlant éclat, et l'éclair qui présida à l'union de Sémélé. Dites la double naissance de Bacchus, que Jupiter arracha tout humide encore aux flammes, produit imparfait d'une maternité inachevée. Père et mère à la fois, le dieu ménagea pour lui, de sa propre main, des entrailles masculines dans l'incision de sa cuisse ; car il n'oubliait pas que, dans un autre douloureux enfantement, il avait déjà fait jaillir lui-même d'une tumeur de son front Minerve resplendissante et tout armée.
0 Muscs, portez-moi les férules,
agitez les cymbales ; donnez-moi le thyrse si célèbre de Bacchus;
montrez-moi prenant part à vos danses le multiple Protée près de
l'île voisine du phare ; qu'il se montre sous ses transformations,
variées autant que mes chants. Ainsi lorsque, dragon rampant, il se
roule en cercle, je chanterai les divines batailles où , sous un
thyrse de lierre, les géants, et les dragons leur chevelure, furent
terrassés. Lion rugissant, s'il secoue sa crinière, je ferai voir
mon jeune dieu, sur le bras de la redoutable Rhéa, usurpant la
mamelle de la déesse qui nourrit les lions. Si, dans ses nombreuses
métamorphoses, il bondit comme un impétueux léopard, je célébrerai
les triomphes du fils de Jupiter sur les Indiens, quand il sut
atteler à son char les léopards et les éléphants. S'il revêt la
forme d'un sanglier, je dirai les amours du fils de Thyone et son
union avec Aura, l'ennemie des sangliers, Aura, fille de Cybèle,
mère du troisième Bacchus, qui devait naître plus tard. S'il se
change en eau, je chanterai Dionysos pénétrant dans les abîmes de
la mer devant l'attaque de Lycurgue. Enfin, s'il s'élance en arbre,
et que son feuillage emprunté murmure, je parlerai d'Icarios,
créateur de ce pressoir divin où les pieds rivalisent à écraser
la grappe.
Dionysiaques, Chant premier, par Nonnos de Panopolis, entre 450 et 470.
DIONYSIAQUES
CHANT PREMIER.
Racontez, ô déesse, le souffle générateur de la foudre du fils de Saturne, étincelle nuptiale avant-courrière d'un brûlant éclat, et l'éclair qui présida à l'union de Sémélé. Dites la double naissance de Bacchus, que Jupiter arracha tout humide encore aux flammes, produit imparfait d'une maternité inachevée. Père et mère à la fois, le dieu ménagea pour lui, de sa propre main, des entrailles masculines dans l'incision de sa cuisse ; car il n'oubliait pas que, dans un autre douloureux enfantement, il avait déjà fait jaillir lui-même d'une tumeur de son front Minerve resplendissante et tout armée.
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Bacchus enfant par Guido Reni, huile sur toile, vers 1615-1620, galerie du palazzo Pitti Florence. |
Dionysiaques, Chant premier, par Nonnos de Panopolis, entre 450 et 470.
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Commentaire ci-dessous, gravure extraite du livre de Mariette, 1750. |
L'AMOUR DU VIN TRIOMPHANT. Cornaline.
VENDANGES. Cornaline
Lorsqu'on ne considère cette inimitable gravure antique que dans le général, le sujet en paroit fort simple, on n'imagine pas qu'il puisse représenter autre chose que des vendanges ; mais veut-on y trouver un rapport parfait avec quelque trait connu de la Fable ou de l'Histoire, faut-il assigner un nom à chaque figure, & chercher dans leurs actions un motif particulier ? Ce même sujet change tout-à-coup de face, & devient une de ces énigmes, dans l'explication desquelles il n'est que trop ordinaire de se perdre. On a vu dans le précédent volume ( page 313. & suiv. ) ce qu'ont éprouvé à cet égard de très-habiles Antiquaires : les différents systèmes qu'ils ont créés dans le dessein de rendre cette Cornaline plus intéressante, ont eu le sort de tout ce qui n'a que l'apparence du vrai ; la critique a trouvé des incertitudes, dirai-je des absurdités, où le génie avoit crû avoir donné des preuves de sagacité : il s'est livré des combats & ceux qui en ont été les spectateurs, y ont appris combien il est dangereux de se laisser aller à son imagination, & de s'abandonner à des conjectures trompeuses. Pour ne me point exposer à de semblables hasards, je ne sortirai point des bornes d'une explication simple, & si je puis me servir de ce terme, presque littérale. Je ne verrai dans tous les personnages qui entrent dans la composition de cette Antique, que des gens qui s'occupant différemment, ont tous la même vue, qui est de témoigner leur joie d'avoir fait une bonne récolte. Les uns portent sur leur tête des corbeilles remplies de raisin, d'autres ont à la main des coupes, dans lesquelles il y a du vin. Le plus grand nombre s'est rassemblé à l'ombre d'un voile que tendent deux petits Amours, sous un berceau naturel formé par des ceps de vigne qui montent le long de deux ormeaux. Là quelques-uns d'entre eux paisiblement assis, font une collation champêtre, & marient leurs chants à celui des oiseaux ; & tandis qu'un Faune leur verse du vin nouveau qu'il tire d'une outre, un Satyre sonnant de la trompe, avertit de venir prendre part à la fête, & de se réunir pour célébrer le Dieu du Vin, & lui rendre des actions de grâces. Cet homme, qui étant placé dans le lieu le plus apparent & le plus distingué, paroît présider à la fête, est sans doute le maître de la vigne , & il a près de lui le cheval sur lequel il est venu de la ville à fa campagne.
Plus loin Un enfant accompagné d'une chèvre, & portant un vase fait en manière de cuvette, s’avance pour recevoir sa part du vin. Au bas de la pierre, dans une espèce d'Exergue, est un autre enfant qui pêche à la ligne ; & si c'est un logogriphe dont le Graveur s'est servi pour se désigner, ainsi que j'ai tâché de le montrer dans l'endroit déjà cité, cette figure loin d'être superflue, devient nécessaire, & fait corps avec le sujet principal. Dans celui-ci tout est animé, tout concourt à former le tableau le plus gracieux & le mieux ordonné qu'il soit possible d'imaginer. Chaque figure en particulier est admirable pour la beauté de son attitude, & prises ensemble elles forment une chaîne agréable qui les fait paroître faites les unes pour les autres. Rien n'est comparable à ce groupe de deux femmes, dont une se baisse pour recevoir une corbeille que sa compagne lui met sur la tête : il n'est pas facile de trouver deux figures aussi naïves & aussi bien en action. Sensible à des beautés si touchantes, le grand Michel-Ange n'a pas fait difficulté d'introduire ces deux figures dans un de ses meilleurs tableaux. Cette autre femme qui lève en l'air le bras pour présenter une tasse à un Amour, est d'une souplesse merveilleuse, & serpente avec grâce, L'homme auprès d'elle est le modèle d'une proportion parfaite, & il fait un passage heureux aux autres figures qui sont assises, & qui se groupent sans confusion, avec celles du fonds. Tout le reste de la composition se soutient sur le même ton. On sent à sa touche légère & spirituelle, de quoi l'artiste étoit capable ; & que s'il eût eu un champ plus ouvert, & qu'il lui eût été permis d'entrer dans des détails , il auroit sans doute montré qu'il étoit aussi grand dessinateur, qu'excellent ordonnateur ; mais ses figures devenant d'une petitesse extrême dans l'exécution, il s'est contenté d'y mettre de l’âme & de l'esprit, & en cela il n'est guère possible d'aller plus loin. A n'estimer cet ouvrage que par ce seul endroit, il sera toujours regardé comme le chef-d’œuvre de la gravure. Il est plus particulièrement connu sous le nom de cachet de Michel-Ange, parce qu'on est persuadé qu'il a appartenu à cet homme illustre.
Traité des pierres gravées, volume 2, par Jean Pierre Mariette, 1750.
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1 rue du Vieux Colombier, VIe ardt, plâtre. On retrouve les enfants se disputant le raisin avec une chèvre ou un bouc, pour évoquer l'automne, sculptés par Edmé Bouchardon, dont l'original est en tête de cet article. Et l'on découvre ou redécouvre la faculté des mouleurs et surmouleurs (voir le post de Musard sur ce sujet) à déformer le modèle original en lui coupant une partie, en lui en rajoutant une autre, comme ici où l'enfant couché placé verticalement est pris à un autre bas relief du même sculpteur, représentant l'été et la moisson, extrait lui aussi de la même fontaine des Quatre Saisons rue de Grenelle. Nous verrons dans la suite que ces transformations sont monnaie courante. |
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Gravure de l'entourage de Mantegna, fin XVe ou début XVIe siècle. Les amours, encore ailés, cueillent le raisin, le foule et consomment le nectar obtenu jusqu'à l'ivresse. |
Dans ce texte récent, Virginie Girod rappelle le caractère transgressif des bacchanales romaines réelles, que les bas reliefs d'enfants qui viendront ensuite ont édulcoré, afin de rendre le sujet inoffensif et toléré par tous. Peut-être aussi ces marmots en liberté dépeignent une enfance de l'humanité décomplexée, sans péché originel, dont certains au XVIe ou XVIIIe siècle ont la nostalgie, avant que le vin de Bacchus ne devienne le sang du Christ?
Les Bacchanales
L’un des cultes les plus sulfureux dans lequel intervenait une dimension érotique était sans conteste les Bacchanales qui jetaient les participants dans des transports extatiques. Il a connu une lourde répression un siècle et demi avant l'établissement de l'Empire avant d’être à nouveau toléré sous une forme assagie. Selon Ovide et Tite-Live, les mystères de Bacchus trouvaient leur origine en Grèce dans le culte de Dionysos. Ils seraient arrivés jusqu'à Rome en passant par l’Italie du Sud par l'entremise d’un obscure devin grec qui, pour attirer les prosélytes, avait ajouté aux cérémonies nocturnes le vin et la recherche des plaisirs. Il est étonnant de constater que. selon Tite-Live, il fallût un devin grec pour ajouter l'usage du vin dans un culte dédié au dieu du vin lui-même. Cela prouve que les récits historiques antiques n'étaient que de pures inventions ayant pour but de désavouer le culte bachique.
L’un des cultes les plus sulfureux dans lequel intervenait une dimension érotique était sans conteste les Bacchanales qui jetaient les participants dans des transports extatiques. Il a connu une lourde répression un siècle et demi avant l'établissement de l'Empire avant d’être à nouveau toléré sous une forme assagie. Selon Ovide et Tite-Live, les mystères de Bacchus trouvaient leur origine en Grèce dans le culte de Dionysos. Ils seraient arrivés jusqu'à Rome en passant par l’Italie du Sud par l'entremise d’un obscure devin grec qui, pour attirer les prosélytes, avait ajouté aux cérémonies nocturnes le vin et la recherche des plaisirs. Il est étonnant de constater que. selon Tite-Live, il fallût un devin grec pour ajouter l'usage du vin dans un culte dédié au dieu du vin lui-même. Cela prouve que les récits historiques antiques n'étaient que de pures inventions ayant pour but de désavouer le culte bachique.
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Place ses États-Unis, angle avenue de Iéna, XVIe ardt, pierre. C'est la même composition que le plâtre de Sceaux reproduit plus haut. Fin XIXe. |
D'autres divinités entouraient le dieu pourvoyeur de vin. Ovide évoque entre autres les Pans, les Silènes, les Satyres, les Nymphes ainsi que Priape. Il se disait qu’en l'honneur de ces dieux festifs les initiés se livraient à des orgies alors célébrées au pied de l’Aventin dans un bois sacré. En grec ancien, le mot orgie désignait une fête religieuse en l'honneur de Dionysos. Ovide, dans sa description poétique d'une Bacchanale, évoque la nudité des nymphes et la tension sexuelle ambiante favorisée par le vin.
Cette religion à mystères s'ouvrait aux hommes et aux femmes. Cela était perçu comme quelque chose de plutôt subversif aux yeux des Romains. La célébration des Bacchanales aurait été l'occasion de pratiques sexuelles qui n'étaient pas habituellement admises. Dès le Il‘ siècle av. J.-C., des rumeurs commencèrent à courir. Cérémonies de toutes les débauches, elles auraient masqué des viols, des meurtres et des trafics d'influence. Il est aisé d'imaginer que les Romains ont dû craindre des complots venant de cette organisation secrète qui malmenait la coutume des anciens (mos maiorum). Aussi deux consuls furent-ils désignés pour lutter contre celle-ci. En 186 av. J.C.l'affranchie prostituée Hispala Faecenia dénonça au consul Postumius le complot que tramait Duronia et son second mari contre le fils du premier lit de cette dernière et amant d'Hispala, le jeune Aebutius, pour s'emparer de ses biens. Elle fit une déposition édifiante sur les mystères bachiques en expliquant qu’au départ le culte ne concernait que les femmes et se déroulait pendant la journée avant qu'une prêtresse campanienne nommée Paculla Annia ne bouleversât la cérémonie en initiant ses deux fils pendant la nuit. Dés lors, les Bacchanales étaient devenues l'occasion de débauches sans nom où les mystes en transe faisaient subir toutes sortes de violences et d'abominations aux nouveaux initiés dont l'âge n‘excédait jamais vingt ans. Hispala donna une image très alarmiste de la secte en expliquant qu’elle se composait déjà d'un peuple entier. Dès lors un sénatus-consulte fut voté pour mettre fin aux activités de la secte en dénonçant la véritable gangrène que les initiés représentaient. Les longues harangues des magistrats reproduites et réécrites par Tite-Live donnent la mesure du scandaleux de cette affaire. Pour Pierre Grimal, c'est la crainte des complots politiques que pourrait mener une institution secrète trop puissante contre le pouvoir en place qui poussa les magistrats à mettre un terme aux Bacchanales, sans compter la peur d'une montée en puissance des fanatismes religieux contre le mos maiorum. Cela est perceptible dans le discours du consul qui accusa les femmes d'avoir perverti les cérémonies et de compter parmi les mystes des efféminés ivres qui n’avaient plus leur place ni dans l'armée ni dans les assemblées de citoyens.
Jean-Marie Pailler avance une
autre raison : la crainte d'une société secrète matriarcale où
les très jeunes hommes étaient initiés par des femmes plus âgées
à qui ils étaient soumis. Ce rite se mettait donc en opposition
avec la société patriarcale romaine en commençant les rituels
familiaux et civiques traditionnels.
Le récit de la répression des Bacchanales de Tite-Live comporte un certain nombre d'aspects érotiques. La dénonciatrice de la secte est une jeune affranchie prostituée initiée malgré elle dans sa jeunesse. Une prostituée était normalement frappée d’infamie et ne méritait le respect de personne. Or Tire-Live insiste sur le fait qu' Hispala était moralement au-dessus de sa condition. Elle était, de surcroît, généreuse et fidèle envers son amant. Ces deux qualités étaient attendues d'une matrone mais non d'une prostituée. Hispala est l'archétype de la putain vertueuse. Pour avoir sauvé un citoyen et la patrie du danger des Bacchanales, elle fut remerciée en devenant officiellement une matrone lavée de l'infamie de son ancienne condition. Le fait qu'elle soit une prostituée renforce, dans le récit l'horreur des débauches des bacchanales, car même une femme dont le métier est d'assouvir des désirs sexuels se montre choquée par ce qu'elle a vu lors de ces cérémonies.
La morale sous-jacente de cette histoire apparaît alors. Un citoyen romain ne devait en aucun cas accepter ou rechercher des rencontres sexuelles hors du cadre établi par la société. Lors des Bacchanales, les jeunes hommes pouvaient avoir des rapports actifs ou passifs avec d'autres hommes de même statut qu'eux ou avec des femmes mariées en justes noces, ce qui était rigoureusement interdit.
Les Bacchanales furent donc prohibées parce qu'elles représentaient une véritable menace à la fois sociale, politique et religieuse, alors qu'elles étaient, au départ, des soupapes de sécurité permettant aux uns et autres, et surtout aux femmes, d'échapper au quotidien pendant quelques jours pour mieux y revenir. Cette licence temporaire avait été vue par les Romains comme une attaque perpétrée contre l'ordre établi. D'ailleurs, le procès fait aux Bacchants revêtit bien des aspects plus politiques que religieux car ils furent accusés de conjuration. De nombreux mystes auxquels on reprochait de graves crimes furent condamnés à mort. Toutefois, le culte dionysiaque ne disparut pas pour autant. Il prit un caractère plus intime et spirituel. Quelques dizaines d’initiés se retrouvaient dans les temples ou des maisons aménagées pour se livrer aux activités classiques de tous les collèges religieux. La grande mégalographie de la villa des Mystères de Pompéi est l'exemple d'un culte bachique assagi au l’ siècle av. J.-C. mais toujours dirigé par des femmes, à l'instar de la maîtresse de la villa. En outre, un temple dédié aux divinités dionysiaques situé à moins d'un kilomètre de Pompéi continua à fonctionner jusqu'à la destruction de la ville par le Vésuve. Cela atteste du vif intérêt que la Campanie avait depuis plusieurs siècles pour le culte bachique dans lequel les femmes continuèrent à jouer un rôle non négligeable.
Les Femmes et le sexe dans la Rome antique, Virginie Girod, éditions Tallandier, 2013.
Le récit de la répression des Bacchanales de Tite-Live comporte un certain nombre d'aspects érotiques. La dénonciatrice de la secte est une jeune affranchie prostituée initiée malgré elle dans sa jeunesse. Une prostituée était normalement frappée d’infamie et ne méritait le respect de personne. Or Tire-Live insiste sur le fait qu' Hispala était moralement au-dessus de sa condition. Elle était, de surcroît, généreuse et fidèle envers son amant. Ces deux qualités étaient attendues d'une matrone mais non d'une prostituée. Hispala est l'archétype de la putain vertueuse. Pour avoir sauvé un citoyen et la patrie du danger des Bacchanales, elle fut remerciée en devenant officiellement une matrone lavée de l'infamie de son ancienne condition. Le fait qu'elle soit une prostituée renforce, dans le récit l'horreur des débauches des bacchanales, car même une femme dont le métier est d'assouvir des désirs sexuels se montre choquée par ce qu'elle a vu lors de ces cérémonies.
La morale sous-jacente de cette histoire apparaît alors. Un citoyen romain ne devait en aucun cas accepter ou rechercher des rencontres sexuelles hors du cadre établi par la société. Lors des Bacchanales, les jeunes hommes pouvaient avoir des rapports actifs ou passifs avec d'autres hommes de même statut qu'eux ou avec des femmes mariées en justes noces, ce qui était rigoureusement interdit.
Les Bacchanales furent donc prohibées parce qu'elles représentaient une véritable menace à la fois sociale, politique et religieuse, alors qu'elles étaient, au départ, des soupapes de sécurité permettant aux uns et autres, et surtout aux femmes, d'échapper au quotidien pendant quelques jours pour mieux y revenir. Cette licence temporaire avait été vue par les Romains comme une attaque perpétrée contre l'ordre établi. D'ailleurs, le procès fait aux Bacchants revêtit bien des aspects plus politiques que religieux car ils furent accusés de conjuration. De nombreux mystes auxquels on reprochait de graves crimes furent condamnés à mort. Toutefois, le culte dionysiaque ne disparut pas pour autant. Il prit un caractère plus intime et spirituel. Quelques dizaines d’initiés se retrouvaient dans les temples ou des maisons aménagées pour se livrer aux activités classiques de tous les collèges religieux. La grande mégalographie de la villa des Mystères de Pompéi est l'exemple d'un culte bachique assagi au l’ siècle av. J.-C. mais toujours dirigé par des femmes, à l'instar de la maîtresse de la villa. En outre, un temple dédié aux divinités dionysiaques situé à moins d'un kilomètre de Pompéi continua à fonctionner jusqu'à la destruction de la ville par le Vésuve. Cela atteste du vif intérêt que la Campanie avait depuis plusieurs siècles pour le culte bachique dans lequel les femmes continuèrent à jouer un rôle non négligeable.
Les Femmes et le sexe dans la Rome antique, Virginie Girod, éditions Tallandier, 2013.
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Place ses États-Unis, angle avenue de Iéna, XVIe ardt, pierre. |
Claude Michel, allias Clodion, l'un des parangons du genre, ne pouvait pas être oublié. A travers cet extrait d'article de Guilhem Scherf, nous appréhendons l'aspect quasiment Art industriel, que prenait la fabrication et la reproduction de tous ces moulages, dès le XVIIIe siècle.
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Claude Michel, dit Clodion, Le sacrifice de la chèvre, stuc, 1782, élément de la cour d'honneur de l'hôtel de Bourbon Condé à Paris, musée du Louvre. |
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Claude Michel, dit Clodion, Le sacrifice de la chèvre, détail, stuc, 1782, élément de la cour d'honneur de l'hôtel de Bourbon Condé à Paris, musée du Louvre. |
Le décor de la cour honneur de hôtel
de Bourbon-Condé
Le décor de la cour honneur de l'hôtel de Bourbon-Condé est également propice à l'étude de différents types de variations
En premier lieu le principe de ce décor est fondé sur la répétition. En effet chaque frise représentant une bacchanale d'enfants avec soit une chèvre, soit une panthère, est reproduite deux fois sur les murs de la cour. Le tympan avec le double motif d'une satyresse jouant avec un enfant est reproduit trois fois. « On a ici sept motifs de décoration avec trois compositions seulement. Rien ne choque d'ailleurs dans ces répétitions puisqu'on ne peut les embrasser du même coup d'œil » Il s'agit de moulages en stuc réalisés dans l'atelier de Clodion d'après ses modèles. Ils étaient peints à l'origine d'une couleur imitant la pierre afin de simuler sans doute l'apparence de la pierre de Tonnerre, la plus fréquemment utilisée pour les décors monumentaux. On remarque, en examinant les exemplaires aujourd'hui au Louvre que les stucs furent par endroits légèrement retouchés, afin d'améliorer la nervosité de la sculpture. Exemple d'art industriel sans doute, puisqu' il s'agit de reproductions par moulage - mais destinées à un décor architectural unique – l'ensemble acquiert avec ces retouches la qualité d'œuvre originale, au même titre par exemple qu'une sculpture en bronze réparée et ciselée par l'auteur de son modèle.
Les motifs composés par Clodion pour l'hôtel Bourbon-Condé vont apparaître de nombreuses fois.
Les deux frises représentent, on l'a vu, deux scènes de bacchanales. L'une décrit le sacrifice d'une chèvre : enguirlandée et accompagnée d'un cortège d'enfants et de petits satyres portant des offrandes elle est conduite vers un autel fumant. Cette scène est directement tirée des récits de Virgile (Géorgiques, II, 380) et d'Ovide (Métamorphoses, XV, 111 et Fastes I 340) ce dernier mentionnant indifféremment un bouc ou une chèvre L'autre thème est plus rare : il s'agit de la panthère de Bacchus défendant ses petits. La présence d'un terme de Pan rattache la scène à une bacchanale et au climat arcadien, le dieu étant originaire de l'Arcadie tant célébrée par Virgile (Bucoliques, X, 26). Les deux animaux ont toujours été liés à l'iconographie de Bacchus : mentionnons seulement le Triomphe de Bacchus d'Annibal Carrache au palais Farnese. Dans cette œuvre le char du dieu est tiré par deux tigres, conformément au texte d'Horace (Odes, III,3, vers 13-15) - tigres, panthères et lynx sont souvent confondus -, et celui d'Ariane par deux chèvres.
Les tympans sont ornés d'un double motif de satyresses jouant avec des enfants satyres. La version au féminin du satyre est assez rare, elle se trouve pourtant dans l'Antiquité. Montfaucon dans son recueil de l'Antiquité expliquée... (1722), énorme compilation en quinze volumes que l'on trouve souvent dans des inventaires de bibliothèques d'artistes, mentionne à plusieurs reprises la satyresse parmi le peuple des compagnons de Bacchus, et en fournit une illustration
Quelles sont les raisons du choix de cette thématique dionysiaque pour décorer la cour de hôtel ? Il faut avouer qu'il cadre mal avec ce que l'on sait de la princesse de Bourbon-Condé qui était une femme fort dévote ; elle devint abbesse de Remiremont après la Révolution. Choisi par Brongniart et Clodion - le nom de ce dernier était depuis plus d'une décennie attaché ce type d'iconographie - ce décor doit être replacé dans le contexte d'une mode qui privilégiait à la lumière des fouilles archéologiques récentes et de leurs publications, une Antiquité plaisante et licencieuse.
Le décor de la cour honneur de l'hôtel de Bourbon-Condé est également propice à l'étude de différents types de variations
En premier lieu le principe de ce décor est fondé sur la répétition. En effet chaque frise représentant une bacchanale d'enfants avec soit une chèvre, soit une panthère, est reproduite deux fois sur les murs de la cour. Le tympan avec le double motif d'une satyresse jouant avec un enfant est reproduit trois fois. « On a ici sept motifs de décoration avec trois compositions seulement. Rien ne choque d'ailleurs dans ces répétitions puisqu'on ne peut les embrasser du même coup d'œil » Il s'agit de moulages en stuc réalisés dans l'atelier de Clodion d'après ses modèles. Ils étaient peints à l'origine d'une couleur imitant la pierre afin de simuler sans doute l'apparence de la pierre de Tonnerre, la plus fréquemment utilisée pour les décors monumentaux. On remarque, en examinant les exemplaires aujourd'hui au Louvre que les stucs furent par endroits légèrement retouchés, afin d'améliorer la nervosité de la sculpture. Exemple d'art industriel sans doute, puisqu' il s'agit de reproductions par moulage - mais destinées à un décor architectural unique – l'ensemble acquiert avec ces retouches la qualité d'œuvre originale, au même titre par exemple qu'une sculpture en bronze réparée et ciselée par l'auteur de son modèle.
Les motifs composés par Clodion pour l'hôtel Bourbon-Condé vont apparaître de nombreuses fois.
Les deux frises représentent, on l'a vu, deux scènes de bacchanales. L'une décrit le sacrifice d'une chèvre : enguirlandée et accompagnée d'un cortège d'enfants et de petits satyres portant des offrandes elle est conduite vers un autel fumant. Cette scène est directement tirée des récits de Virgile (Géorgiques, II, 380) et d'Ovide (Métamorphoses, XV, 111 et Fastes I 340) ce dernier mentionnant indifféremment un bouc ou une chèvre L'autre thème est plus rare : il s'agit de la panthère de Bacchus défendant ses petits. La présence d'un terme de Pan rattache la scène à une bacchanale et au climat arcadien, le dieu étant originaire de l'Arcadie tant célébrée par Virgile (Bucoliques, X, 26). Les deux animaux ont toujours été liés à l'iconographie de Bacchus : mentionnons seulement le Triomphe de Bacchus d'Annibal Carrache au palais Farnese. Dans cette œuvre le char du dieu est tiré par deux tigres, conformément au texte d'Horace (Odes, III,3, vers 13-15) - tigres, panthères et lynx sont souvent confondus -, et celui d'Ariane par deux chèvres.
Les tympans sont ornés d'un double motif de satyresses jouant avec des enfants satyres. La version au féminin du satyre est assez rare, elle se trouve pourtant dans l'Antiquité. Montfaucon dans son recueil de l'Antiquité expliquée... (1722), énorme compilation en quinze volumes que l'on trouve souvent dans des inventaires de bibliothèques d'artistes, mentionne à plusieurs reprises la satyresse parmi le peuple des compagnons de Bacchus, et en fournit une illustration
Quelles sont les raisons du choix de cette thématique dionysiaque pour décorer la cour de hôtel ? Il faut avouer qu'il cadre mal avec ce que l'on sait de la princesse de Bourbon-Condé qui était une femme fort dévote ; elle devint abbesse de Remiremont après la Révolution. Choisi par Brongniart et Clodion - le nom de ce dernier était depuis plus d'une décennie attaché ce type d'iconographie - ce décor doit être replacé dans le contexte d'une mode qui privilégiait à la lumière des fouilles archéologiques récentes et de leurs publications, une Antiquité plaisante et licencieuse.
Le thème des enfants à la chèvre n'avait pourtant jamais été oublié ; au contraire, c'est un des poncifs de l'histoire de la sculpture. Associé à la grappe de raisin, c'est un motif courant de l'iconographie de l'Automne traité notamment par Bouchardon (voir photo en début de ce billet , N.d.r.), Attiret ou La Rue. François Duquesnoy en a tiré une composition (bas-relief en marbre la galerie Doria, Rome) abondamment recopiée, en particulier par les peintres (Desportes, Chardin, Boucher, Boilly, etc.)
On retrouve le même phénomène avec l’œuvre de Clodion qui servit de modèle à Piat-Joseph Sauvage (ou à son entourage) pour deux tableaux peints en trompe-l’œil afin de feindre le bas-relief. Le premier conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, imite la couleur du bronze ; le second exposé au musée Nissim de Camondo Paris (inv. 47) imite la pierre. Dans ce dernier musée est conservé un autre trompe-l’œil imitant la pierre attribué à Sauvage, plus ou moins inspiré par la bacchanale à la panthère.
Mais est le motif de la satyresse jouant avec des enfants satyres qui donna lieu à une telle explosion de variantes et de modifications qu'il peut apparaître comme un des thèmes les plus utilisés par l'art décoratif
Autour de Clodion : variations, répétitions, imitations, par Guilhem Scherf, In: Revue de l'Art, 1991, n°91. pp. 47-59.
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17 rue du faubourg Montmartre, IXe ardt. Plâtre. Toujours la chèvre ou le bouc que les enfants tirent avec une corde. |
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Gravure du XVIe siècle, auteur inconnu. On retrouve notre thème. Les enfants sont encore des génies ou des amours. Plus tard il deviendront aptères. |
Voici deux versions XXe siècle : Le thème n'avait pas été oublié dans les années 1920-1930.
Egobole , surnom que les Potniens donnaient à Bacchus, parce que
ce dieu ordonna de substituer une chèvre à la victime humaine qu'on
lui offrait. — 2. Sacrifice d'une chèvre à Cybèle.
Egobore , mangeur de chèvre; surnom de Bacchus.
Egoceros , Pan, transformé en chèvre lorsque les dieux fuyaient devant le géant Typhon.
Abrégé de la mythologie universelle, par François Joseph Michel Noël, 1815.
Egobore , mangeur de chèvre; surnom de Bacchus.
Egoceros , Pan, transformé en chèvre lorsque les dieux fuyaient devant le géant Typhon.
Abrégé de la mythologie universelle, par François Joseph Michel Noël, 1815.
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Grisaille en trompe-l’œil de Nicolas Gosse et Auguste Vinchon, 1826, deuxième salle du musée Charles X, musée du Louvre. |
Prochain billet sur ce sujet : Bacchanales d'enfants 3 : Jeux et Saisons 1.
Bonjour, je suis étudiante en histoire de l'art et je fais moi-même des recherches sur les grisailles. Votre article est très intéressant et il me tarde de lire votre prochain article. J'étudie particulièrement un tableau de Piat Joseph Sauvage, "groupe d'amours", c'est une grisaille, j'ai trouvé qu'on pouvait également dire "brunaille" dans certain cas. Ce terme est apparu lors d'une exposition au musée des Augustins de Toulouse "Pas la couleur, Rien que la nuance", pourriez-vous me dire ce que vous en pensez ? Puis-je faire référence à votre blog dans mon mémoire, cela ne vous dérange pas que je vous site ?
RépondreSupprimerBonjour à vous,
SupprimerVous pouvez tout à fait faire référence à notre blog dans votre mémoire, citer les passages qui vous intéressent. Nous même, pour documenter nos photos prises à Paris ou banlieue, nous publions des passages de textes, choisis comme étant ceux qui expliquent le mieux notre sujet, ou qui donnent des informations peu diffusées, ou même qui recèlent un certain humour plus ou moins volontaire, tout en gardant un intérêt historique. Nous pensons qu'en revenant aux sources, on appréhende mieux l'essentiel d'un sujet. Tous les textes dont nous produisons des extraits ont un lien dans la référence placée en fin du passage, qui amène directement à l'ouvrage lui même, pour ceux qui veulent creuser le thème traité.
Quant au terme de brunaille, équivalent de grisaille, je ne le connaissais pas. J'ai regardé rapidement dans Google livres et j'ai constaté que des ouvrages de la fin du XIXe siècle l'employaient déjà. En fait c'est très compréhensible : le principe de la grisaille est basé sur les différentes valeurs de gris, c'est à dire l'utilisation subtile de gris plus ou moins foncés ou plus ou moins clairs pour modeler son sujet, lui donner du volume, en pouvant aller jusque au trompe l’œil. En théorie on peut utiliser simplement du noir et du blanc mélangé pour obtenir ces différentes valeurs de gris, on parlerait alors de gris neutres. Mais il suffirait de mettre le résultat ainsi obtenu dans un environnement aux couleurs chaudes, par exemple avec du bois, pour que cette grisaille " neutre "semble par contraste bien froide, comme si le peintre y avait mêlé du bleu. Aussi les artistes pratiquant cette technique ont mêlé des couleurs chaudes à leurs gris, des ocres jaune, des terres rouges, des terres de Cassel, d'ombre naturelle ou brûlées, pour obtenir des " gris chauds ". Pourquoi ? 1° Dans les intérieurs, les maisons, par opposition à l'extérieur, la lumière picturale est froide et son ombre est chaude, c'est une convention mais qui correspond bien à l'observation. Et ces tableaux étant faits pour être vus à l'intérieur, ils étaient plus à même de créer l'illusion, en suivant ce principe. 2° Les couleurs chaudes dilatent la forme, les couleurs froides la rétractent.Une forme peinte en rouge orange parait plus grande que la même peinte en bleu. Aussi pour donner l'impression d'un volume mieux vaut utiliser une dominante chaude. D'où l'utilisation de gris chauds.
A partir du moment où l'on mélanges ces terres aux gris " neutres ", c'est une question de proportion. Si le gris l'emporte ( comme l'avant-dernière image de ce billet, à découvrir au Louvre ) les couleurs chaudes ajoutées restant discrètes, on serait plus dans les grisailles. En revanche si les terres prennent une plus grande place dans les mélanges, comme c'est souvent le cas dans les ouvrages de Piat Joseph Sauvage on serait plus dans des brunailles, les couleurs de terre donnant vite des bruns.
Je pense qu'on use plus facilement du terme grisaille pour décrire en général une œuvre basée sur les tonalités, des dégradés de clair à foncé. Quant à la terminologie brunaille, elle exprime bien le climat coloré de ces réalisations, une ambiance dans les bruns.
J'ajoute qu'en fait ce type de travail, grisaille ou brunaille, correspond à peu près aux dessous de la peinture classique, aux ébauches qui débutaient la mise en peinture d'un tableau, avant que la couleur locale arrive avec les glacis colorés, ébauches souvent exécutées sur des fonds gris ou bruns rouge ( Poussin par exemple ).
Voilà, j'espère avoir répondu à vos question.
Cordialement
André Fantelin
J'ajoute que la suite des articles sur les bacchanales d'enfants devrait paraitre le 27 décembre prochain.
SupprimerA.F.
bonjour
RépondreSupprimerje suis a la recherche d'une frise de puttis,ayant pour theme le feu??quelqu'un peut-il m'aider.d'avance merci.
Bonjour,
SupprimerPour ma part je n'en connais pas sur les murs de Paris, n'étaient ceux ayant trait à l'hiver, où des putti se chauffent à un feu, comme sur la fontaine des 4 saisons rue de Grenelle sculptée par Bouchardon. Vous trouverez ces bas-reliefs à la fin du post "Bacchanales d'enfants 4" dans ce blog. (http://parismyope.blogspot.fr/2014/01/bacchanales-denfants-4-jeux-et-saisons-2.html)
A.F.
Merci! Passionnant et bien documenté!
SupprimerNous avons essayé de comprendre au plus près la signification de ce type de bas-reliefs, si répandus dans Paris, comme on peut le constater dans nos 5 billets sur ce sujet.
SupprimerMerci de votre visite.
Saudações. Sou do Rio de Janeiro, Brasil. Tenho uma estatueta de uma criança montada em uma cabra, e outra caída no chão embaixo desta mesma cabra. Gostaria muito de saber o significado dessa obra.
RépondreSupprimerJorge Alves.
Salutations. Je viens de Rio de Janeiro - Brésil. J'ai une figurine d'un enfant chevauchant une chèvre, et une autre allongée par terre sous la même chèvre. J'aimerais beaucoup connaître le sens de ce travail. merci beaucoup
RépondreSupprimerJorge Alves.
Bom dia Jorge,
SupprimerBien qu'ayant des notions de Portugais, je préfère vous répondre en français.
Le sens de votre œuvre est tout ce qui est décrit dans cet article et de façon plus générale dans les 5 posts sur le sujet des bacchanales d'enfant publiés dans ce blog.
La chèvre (ou le bouc) fait référence au texte d'Ovide dans " Les Fastes " où l'animal consommant les raisins et la vigne sera sacrifié à Bacchus, Dyonisos pour les grecs. Il y a cette tradition de faire jouer à des enfants le rôle des adultes, depuis l'Antiquité, c'est ce que je montre dans mes 5 chapitres. Ensuite, à partir du XVIIe siècle, le thème est repris comme un sujet en soi et le lien avec les bacchanales, ces fêtes " païennes " à Bacchus, est mis de côté, amenuisé. J'espère que vous comprenez le français, car mes 5 billets sur le sujet explorent les nombreux échos de l'esprit de ces bacchanales dans des bas-relief où les enfants incarnent poésie et humour, à propos d'un sujet un peu sulfureux pour le monde chrétien.
Abraços.
André Fantelin
Nice postt
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