lundi 14 mai 2012

Le Musée hors les murs. 2 : Le Rémouleur de David Téniers le Jeune





Enseigne des grands magasins " Au Gagne-petit ", haut-relief exécuté d'après un tableau de David Téniers le Jeune dont le sens de l'image a été inversé, XIXe siècle, 23 avenue de l'Opera, Paris Ier ardt.





Où l'on découvre qu'une sculpture peut naître d'un tableau, l'inverse étant beaucoup plus courant, et servir d'enseigne à un grand magasin parisien du XIXe siècle.







GAGNE-PETIT,
s. m. Rémouleur, celui dont le métier est d'aller par les rues pour aiguiser des couteaux, des ciseaux, etc. C'est un gagne-petit. Faites venir ce gagne-petit. 

Dictionnaire de l'Académie française, Volume 1, 1835-1872.


L'enseigne " Au gagne-petit " de l'avenue de l'Opéra et son modèle, Le Rémouleur de David Téniers le Jeune, XVIIe siècle, 42 x 30 cm, Huile sur bois, Musée du Louvre.






BOUTIQUE. La boutique est le lieu où le commerçant expose et vend ses marchandises. L'établissement de la boutique a plus qu'on ne le croit généralement d'influence sur la marche des affaires, et l'on ne saurait trop recommander à ceux qui veulent fonder un commerce les soins que mérite en premier lieu cet établissement. On attribue trop facilement la réussite au hasard. Quand on pénètre au fond des choses on s'aperçoit que la plupart des fortunes se réalisent lentement, mais avec certitude, laissant peu de choses aux chances imprévues, et marchant d'après des calculs sinon positifs, au moins fort probables. Nous faisons entrer pour beaucoup la fondation d'une boutique dans ces calculs, et nous avons cru devoir soumettre à nos lecteurs, sur ce sujet, quelques observations dictées par le simple bon sens et l'expérience.
Nous n'avons point à faire ici l'histoire des boutiques depuis leur création jusqu'à nos jours ; elle se retrouve d'ailleurs au coin de toutes les rues, depuis la plus pauvre échoppe jusqu'au plus brillant magasin ; mais cette histoire toute extérieure est bien souvent menteuse, et la pauvreté pas plus que l'éclat ne sont des signes certains de la réalité intérieure. Ajoutons que l'apparence n'est justifiée, ni dans un cas, ni dans l'autre ; car c'est une dissimulation, et le commerce veut la franchise. Cela nous amène à ce premier point que nous voulions établir, à savoir que le commerçant raisonnable, et qui fait appel à la confiance publique, doit mettre son établissement en rapport avec sa fortune réelle. Cette première preuve de bon jugement conduira loin celui qui n'hésitera pas à la donner, car toute la marche de ses affaires s'en ressentira.
Il nous semble que nous condamnons ainsi tout autant la malpropreté ignoble que le luxe effréné, et que, par un malheur de notre époque, nous condamnons précisément l'état actuel des boutiques.
Les boutiques, comme les enseignes, doivent avoir une signification ; et l'acheteur ne trouve pas plus un sens aujourd'hui dans les glaces et les dorures qui ornent un magasin de draps, que dans le tableau de Spartacus qui lui sert d'enseigne. Mais voici comment la boutique aura un sens. Que tout y paraisse disposé pour la commodité des pratiques ; que le parquet soit propre et chaud ; que des sièges soient prêts et commodes ; que l'ordre donne la facilité de satisfaire promptement aux demandes ; que des tables ou comptoirs vastes permettent l'examen consciencieux de la marchandise ; qu'une clarté vraie et non frauduleuse ou exagérée règne partout ; voilà, si nous ne nous trompons, quelques faits significatifs dont l'ensemble ne sera pas perdu. Que si l'enseigne est le Gagne Petit, que le marchand l'ait pris pour devise et pour règle. Voilà la boutique telle que nous l'entendons. Nous ne voulons pas faire la satire des nouveaux établissements que chaque jour voit naître et tomber. Mais pourrions-nous nous dispenser de remettre en lumière ce raisonnement qu'on entend partout : l'acheteur qui pénètre dans un magasin magnifique paie, outre le prix de la chose qu'il emporte, sa part dans les ornements qu'il n'emporte pas. Il est vrai que des frais énormes ont été souvent compensés par la vogue ; mais tous les moyens pour attirer le public ne sont pas bons et certains, et celui dont nous parlons a contre lui bien des expériences fâcheuses.
Encyclopédie du commerçant, dictionnaire du commerce et des marchandises, Guillaumin, 1841.







Dans les Magasins du Gagne-Petit, à l'avenue de l'Opéra, on faisait autrefois usage de lampes à huile, les directeurs de cet établissement n'ayant jamais voulu donner accès au gaz, par crainte d'incendie ou d'explosion. Ils avaient fait construire des lampes Carcel, d'une puissance suffisante. L'éclairage électrique qui s'y trouve aujourd'hui, ne comporte point de bougies Jablochkoff, mais seulement des lampes à incandescence, au nombre de 400, et des lampes à arc et à régulateur, au nombre de dix, actionnées par des machines dynamos Edison. Une machine à vapeur, de la force de 100 chevaux, et une chaudière multitubulaire Collet, alimentent le tout.
Les 400 lampes Edison ont remplacé les 400 lampes à huile, qui dépensaient chacune pour 30 centimes d'huile par heure. Une économie considérable a été ainsi réalisée.
Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes, Louis Figuier, 1869








Enseigne des grands magasins " Au Gagne-petit ", haut-relief exécuté d'après un tableau de David Téniers le Jeune dont le sens de l'image a été inversé, XIXe siècle, 23 avenue de l'Opera, Paris Ier ardt.



En général, les enseignes, on l'a déjà vu, ne pèchent point par la modestie. Il en est bien peu, une douzaine peut-être, qui aient l'adresse et le bon goût de s'intituler : Au Gagne-Petit, voire Au Bon Marché ; moins encore qui osent résolument écrire sur leur drapeau, comme ce boutiquier des environs du Temple : Aux Prolétaires. MM. les commerçants, qui sont de profonds philosophes, sans avoir lu Aristote ni Descartes, savent bien que de toutes les passions humaines, la vanité peut-être est la plus forte, parce qu'elle est la plus sotte et la plus ridicule. En conséquence, ils écrivent au haut de leurs magasins : A la Coquette, à la Gourmande, à la Sultane, etc.; et ces dames d'accourir, pour bien montrer au public qu'elles ont le moyen d'être coquettes et gourmandes, et qu'il ne tiendrait qu'à elles de faire les sultanes, comme ces jeunes gens qui, après avoir dîné à dix-huit sous, tracent des zigzags et des arabesques en marchant sur le trottoir, afin de faire croire aux passants qu'ils sont assez riches pour se griser.
Je suis persuadé que, s'ils n'étaient pas retenus par un reste de pudeur et par la crainte des quolibets, les fournisseurs à la mode inscriraient volontiers sur leur devanture : Le public est prévenu que c’est ici la maison la plus chère de tout Paris ; ou bien encore : La maison garantit aux personnes qui veulent bien l'honorer de leur confiance que tout objet est vendu ici le double au moins du prix qu'il coûte ailleurs. Alors duchesses, marquises et lorettes pourraient, sans déroger, faire arrêter leur équipage devant ces magasins. Elles ne risqueraient pas d'y heurter quelque bourgeois fourvoyé, quelque provincial ahuri, et le fait seul de leur entrée dans une boutique pareille serait aux yeux de la foule et du marchand une brillante démonstration de luxe et de grand ton.
Ce qu'on voit dans les rues de Paris, Victor Fournel, 1858.

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