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| rues créées en 1626 par l'entrepreneur Charlot. 3e ardt. |
L'autre place qui avoit été projetée par Henri IV auroit été appelée la Place de France, à cause que chaque rue y aboutissant auroit porté le nom d'une des provinces du royaume. Ce prince, pour en arrêter le dessin, se transporta sur le lieu. Il y en a même qui veulent que c'est lui qui en étoit l'inventeur, et qu'en sa « présence Alaume et Châtillon ses ingénieurs en tracèrent le plan et l'élévation. Le « marché en fut fait avec Carel et les autres entrepreneurs, à la charge d'y travailler incessamment, et avec ordre au duc de Sully d'y tenir la main. Pour ce qui est des rues qui devoient y conduire, le dessin en partie étoit déjà commencé.
La place auroit été faite en demi-cercle, terminée par les remparts, et située presque vis-à-vis la place du Calvaire, où se viennent rendre la vieille rue du Temple et celle de Saint-Louis. Sa profondeur devoit être de quarante toises (240 pieds), sa longueur de quatre-vingts (480 pieds), sa circonférence de cent trente-neuf (834).
Dans les murailles de la ville, il y auroit eu une porte, appelée la Porte de France, ayant en vue le milieu de la place, entre deux grands corps de logis bâtis de brique et de pierre, qui non-seulement auroient couvert les remparts, mais encore les angles contraints du plan, par le moyen des halles et des marchés qu'on y auroit construits.
On seroit entré (dans la place) par huit rues, larges de six toises (36 pieds), bordées de logis uniformes, lesquelles auroient eu pour noms : Picardie, Dauphiné, Provence, Languedoc, Guienne, Poitou, Bretagne, Bourgogne, noms des huit plus grandes provinces de France. Elle auroit été environnée de sept pavillons doubles, à trois étages, de brique et de pierre, de treize toises de face, avec un portique au premier étage (rez-de-chaussée), composé de sept arcades de pierre, deux tourelles en saillie dans les angles, trois lucarnes faites en croisées dans le comble, et un dôme octogone sur le faite de la couverture.
A quarante toises aux environs, il y auroit eu un demi-cercle de sept rues, concentriques, à la demi-circonférence de la place et des portiques de ses pavillons. Ces rues se seroient appelées : Brie, Bourbonnois, Lyonnois, Beauce, Auvergne, Limosin, Périgort, qui composent les gouvernements moins considérables.
Les rues qui auroient conduit aux premières et aux secondes, et passé tout au « travers, devoient se nommer : Saintonge, la Marche, Touraine, le Perche, Angoulême, Berri, Orléans, Beaujolois, Anjou. » (1)
C'est bien là la pensée la plus nationale, la plus française qu'aucun souverain ait jamais conçue. Henri appelait la nouvelle place Place de France, comme il avait, dans les mêmes idées, changé le nom de Collège Royal en celui de Collège royal de France. La royauté qui s'était produite encore et mise en évidence à la place Royale, à la place et à la rue Dauphine, s'effaçait ici et faisait place au pays. Toutes les provinces, toutes les parties du territoire comparaissaient, étaient représentées dans cette sorte de Panthéon national : un grand monument, en frappant les imaginations et les yeux, en donnant un corps aux idées purement morales et politiques, était employé à les répandre, à les propager parmi le peuple, dans ce qu'elles avaient de plus utile et de plus élevé.
(...)
Ce projet, dans son vaste et majestueux ensemble, périt avec Henri IV. Quand Richelieu, devenu maître des affaires, y mit la main en 1626, il n'en prit que les petites parties. La Place de France fut abandonnée, et des vingt-quatre rues dont Henri IV l'avait percée, ou qu'il avait tracées aux environs, le ministre n'en fit ouvrir que onze, les rues de Poitou, Bretagne, Beauce, Saintonge, la Marche, Touraine, le Perche, Berri, Orléans, Beaujolais, Anjou.
(1) Sauval. Histoire et Recherches des antiquités de la ville de Paris, Tome 1, p. 632.
Auguste Poirson, Histoire du règne de Henri IV, Paris, 1866
Lettre sur le changement du nom des rues de Paris.
J'ai passé, Messieurs, cinq années a Paris ; dans cet intervalle, j'y ai fait quelques connaissances : cependant, quoiqu'il n'y ait pas tout à-fait le même tems que j'en suis de retour, j'ai oublié le nom de la plupart des rues de cette ville, que je connoissais parfaitement ; j'ai perdu le souvenir des adresses de quelques uns de mes amis. Cet oubli vient d'un défaut de mémoire de ma part, ou plutôt ne seroit il pas la suite de la barbarie du plus grand nombre des noms des rues de cette ville ; car quelle idée peuvent vous laisser dans l'esprit les noms de Mouffetard, de la Truanderie, des Ecouffes, etc. Je veux croire que ces mots ont signifié quelque chose dans le tems : mais avouez qu'ils sont aujourd'hui bien baroques : il y a cependant une infinité de rues dans le même cas.
Un second inconvénient, c'est qu'il y en a qui portent le même nom dans deux & même trois quartiers différens, telles que les rues d’Enfer dans l'Isle, près des Chartreux & dans la nouvelle France, les rues de St. Louis, près le palais, au Marais & au quartier St. Honoré, les rues Traversière, du Battoir, des Double Portes & une foule d'autres ; ce qui nécessite encore à retenir, outre le nom de la rue, celui du quartier. D'autres rues portent le même nom dans le même quartier, & sont distingués par l'épithéte de vieilles, de neuves, de grandes ou de petites ; quelques unes conservent le même nom dans l'espace de demi lieue, comme les rues St. Honoré, de l'Université, de St. Denis, tellement que vous n'êtes pas plus avancé en sachant le nom de la rue, si vous ne retenés celui de quelque édifice voisin ; tandis que d'autres enfin ont à peine trois maisons dans leur étendue comme les rues Trop-Va-Qui-Dure, de Vuide Gousset, du Hurepoix, &c.
Si ces inconvéniens embarrassent les Parisiens qui ont continuellement sous les yeux Ies noms & les différences de ces rues, jugés des difficultés qu'ils occasionnent aux Provinciaux qui ont des relations dans cette ville. N'y aurait-il pas un moyen plus simple de distinguer les rues de Paris, & qui fut à la portée de tout le monde ? Je crois en avoir imaginé un, & je me hâte, Messieurs, de vous en faire part, afin que si vous pensés qu'il mérite d'être consigné dans votre Journal, ceux de qui dépend cette reforme en soient instruits par cette voye.
Ne pourrait-on pas envisager la ville de Paris comme la carte géographique du royaume ; chaque quartier & la principale rue prendraient le nom d'une province, & les autres rues de ce quartier, celui des villes, fleuves, montagnes de cette province ; par exemple, l'Isle du Palais serait nommé l’Isle de France, la rue qui communique du pont Notre-Dame au Petit-Chatelet, en porterait le nom, & les autres rues celui des principales villes de cette province : les quartiers qui sont dans les fauxbourgs St. Germain & St. Marceau, les noms des provinces meridionales à l'Isle de France ; ceux de St. Honoré & du Marais, des septentrionales. Pourvu que ceux qui seraient chargés de cet ouvrage, fussent exacts dans l'application du nom, ne serait-ce pas un moyen d'apprendre ou de retenir la géographie du royaume ou même des états voisins ? car rien n’empêcherait que les fauxbourgs ou leurs extrémités ne portassent les noms des royaumes étrangers , &c.
J'avoue qu'il faudrait quelque tems pour deshabituer le public de donner à une rue son ancien nom ; mais ne pourrait-on pas afficher le nouveau nom d'un côté de la rue, tandis qu'on laisserait subsister, pendant quelque tems, l'ancien du côté opposé ?
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| Impasse du Boeuf, 1er ardt. |