mardi 10 mars 2026

DES CORPS DE DRAGONS À PARIS





Dragon support de balcon, 51 rue d'Anjou, VIIIe ardt, 1927.



On les rencontre partout et (presque) de tout temps : en Chine et en Asie, chez les Perses, les Grecs, les Scandinaves, les Latins... Et aussi dans les peintures, les miniatures, les sculptures, les décors, les emblèmes, les films d'animations, les romans, les légendes, les logos des marques... Les plus anciens sont nés en Chine dès le néolithique. Leurs lointains descendants sont présents dans « Game of Thrones » et «  Harry Potter ». Ils peuvent prendre des formes et des aspects très différents selon l'imaginaire de leur civilisation, de leur époque et de leur créateur. Mais ils sont comme une vaste famille, regroupés sous le terme générique de « Dragons ».

En Asie ils sont plutôt bénéfiques, porteurs d'une force cosmique qu'il faut apprivoiser et respecter. En Europe ils incarnent les puissances du Mal, comme le feraient des créatures maléfiques issues de l'Enfer, puissances qu'il faut vaincre et détruire, ou à tout le moins rendre inoffensives.

Partons, dans ce 115e épisode de Paris Myope, à la recherche du symbolisme des dragons et traquons leur présence dans Paris.













Motifs de dragons sur tissu, XXe siècle, Chine.
Exposition " Dragons " au Musée du Quai Branly, 18 novembre 2025-1er mars 2026.





Origines Chinoise du Dragon 


La figure mythique du dragon est née en Chine il y a plus de 5 000 ans, puis s'est diffusée dans toute l'Asie orientale. Contrairement au monstre cracheur de feu désigné sous ce nom en Occident, le dragon chinois (long) contrôle les eaux terrestres et célestes. Le pouvoir de ce maître des pluies s’est développé dans une société agraire soumise aux risques de sécheresses et de violentes précipitations.

A la fois bénéfique et farouche, le dragon incarne les forces ambivalentes de la nature, source de vie comme de mort. Dès l’époque Han (206 avant notre ère — 220 de notre ère), cette créature incarne les « souffles du ciel», associés au yang, principe masculin porteur de transformations. Le dragon attend d’entrer en activité, caché dans les nuages chargés de pluie, les profondeurs aquatiques, les grottes et les montagnes, là ou se concentre l’énergie vitale universelle.







" Le Seigneur dans les nuages " par Men Yingzhao, Chine, dynastie Qing (1644-1911), 1782. Encre et couleurs sur papier. Musée national du Palais, Taipei. 
Exposition " Dragons " au Musée du Quai Branly, 18 novembre 2025-1er mars 2026. 





Apparu dès le Néolithique, la figure du dragon prend forme à l'âge du Bronze (de 2700 a 800 environ avant notre ère), avant de devenir l’emblème des empereurs, détenteurs du « mandat céleste ». Parallèlement a sa fonction officielle, cette créature polymorphe ne cesse d’évoluer a travers les récits et les arts populaires. Intemporel, le dragon poursuit son envol et ses mutations pour apporter aux Hommes les bienfaits du ciel.

Un lien ancien entre le pouvoir et la nature existe dans la civilisation chinoise.les ancêtres mythiques, Fuxi et Nüwa, avaient une queue de Serpent en guise le jambes. Qi, l'aïeul des Shang, serait né d'un œuf d’oiseau. D’après le Livre des Zhou, les ancêtres se transformeraient en créatures mi-humain, mi-poisson. Le dragon est quant a lui associé a de grandes figures mythologiques, telles que l’Empereur jaune, le fondateur de la civilisation chinoise, et Shennong, l'inventeur de l'agriculture. Bien avant l’'apparition des textes, le dragon est déjà en gestation dans les jades de la culture de Hongshan (4700 - 2900 avant notre ère). Il prend ensuite forme sous la dynastie Shang (1554 - 1046 avant notre ère), a travers des inscriptions oraculaires et des bronzes rituels, pour devenir un motif central du vocabulaire iconographique chinois.




7 rue du Moulin Vert, XIVe ardt, 1987, céramique.

     





Sous la dynastie Zhou (1045 - 221 avant notre ère) les philosophes et les conseillers itinérants, dont Confucius (551 - 479 avant notre ère), établissent les fondements de la pensée chinoise. C'est à cette époque que les monarques deviennent les détenteurs du « mandat céleste ».

A la fin de l'époque des Zhou, le Livre des mutations donne l'une des premières descriptions écrites du dragon, créature capable d’évoluer entre la mer, la terre et le ciel.







Façade du théâtre Saint-Georges, 51 rue Saint-Georges, IXe ardt. Trompe-l’œil réalisé par Dominique Antony. 



Au 2° siècle, le philosophe Wang Fu indique que le dragon combine neuf animaux : « Par les cornes il ressemble au cerf, par la tète au chameau, par les yeux au lièvre, par le cou au serpent, par le ventre au mollusque, par les écailles à la carpe, par les griffes à l’aigle, par les pattes au tigre, par les oreilles au bœuf. » La créature s’ancre ainsi dans la réalité et se teinte d’étrangeté. Le même processus d'hybridation a donné naissance a d'autres iconographies surnaturelles. Le glouton (taotie) associe deux dragons affrontés vus de profil, la licorne (qilin) amalgame un cerf et un bœuf, le phénix (fenghuang) un coq, un serpent, une hirondelle, une tortue et un poisson, tandis que le monstre gardien de tombe (zhenmushou) mêle animaux réels et éléments imaginaires, avec parfois une tète humaine.






" Zhenmushou ", monstre gardien de tombe, Chine, dynastie Tang (618-907), VIIIe siècle, terre cuite peinte, glaçure, Musée départemental des arts asiatiques, Nice. 
Exposition " Dragons " au Musée du Quai Branly, 18 novembre 2025-1er mars 2026. 




L'empereur est l'intercesseur de la triade ciel-terre-homme, au même titre que le dragon a cinq griffes. Bien que sa figure s'élabore progressivement sur les objets régaliens dés l'age du Bronze, l'animal mythique n'est assimilé à l’empereur par des textes officiels qu'a partir de la dynastie Liao (907 - 1125). Le dragon jaune a cinq griffes reste l’emblème officiel réservé aux souverains |jusqu’à la fin de l'empire, en 1911.





L'Empereur Ming Muzong, Chine, Dynastie Ming (1368-1644), encre et couleurs sur papier, entre 1567 et 1572, Musée national du Palais, Taipei. 
Exposition " Dragons " au Musée du Quai Branly, 18 novembre 2025-1er mars 2026. 




Au centre de l'enceinte carrée du palais impérial, résumé du monde, se dressait le Trône du Dragon marquant le cinquième point cardinal, à la jonction entre terre et ciel. Détenteur du « mandat céleste », l'empereur exerçait le double pouvoir politique et religieux, en tant que maître des rituels assurant la prospérité et l’harmonie terrestre.

L'un des rôles les plus fondamentaux de l'empereur était de maintenir harmonie sur terre en priant et en procédant a des sacrifices .En tant que fils du ciel investi du « mandat céleste », il était le seul à pouvoir assumer cette fonction rituelle dont dépendait l’ordre et la prospérité de l'empire. Sous la dynastie Qing, les cérémonies officielles occupaient le souverain jusqu’à quarante jours par an. Tout manquement a cette charge pouvait remettre en cause sa légitimité et provoquer des désastres naturels. La figure du dragon, détenteur des pluies, était omniprésente dans le décorum des cérémonies officielles pour rappeler cette fonction impériale.







Robe dragon de fonctionnaire impérial, détail. Chine, dynastie Qing (1644-1911), début du XVIIIe siècle. Satin, fils de soie polychromes et fils d'or. Musée départemental des arts asiatiques, Nice. 
Exposition " Dragons " au Musée du Quai Branly, 18 novembre 2025-1er mars 2026. 





L'identification du souverain au dragon s’exprime a travers l'architecture du palais et une multitude d’objets. Cette créature orne les charpentes, les portes et les escaliers, et sert aussi de motif principal sur le mobilier et les objets privés. Il peut être représenté seul, par paire ou associé au phénix, l'emblème de l'impératrice.

Tout au long de ses cinq millénaires d'existence, la vitalité du dragon ne s'est jamais démentie. Ce seigneur céleste apparu au Néolithique a précédé les empereurs et leur a survécu, faisant preuve d'une longévité extraordinaire. Il reste aujourd'hui un emblème pour la Chine, ainsi qu'un puissant symbole culturel dans toute l'Asie orientale et pour les communautés sinisées du monde entier. À travers les objets et les festivités populaires, les images et les mises en scène du dragon se déclinent à l'infini. La créature mythique continue de jouer son rôle d'intercesseur entre le ciel et la terre, pour apporter force et prospérité aux Hommes.



Exposition « Dragons », Musée du Quai Branly, 18 novembre 2025-1er mars 2026.

 

 

 


Dragons dans " Les Métamorphoses " d'Ovide  (43 av. J.-C.-17)



Le dragon tué par Cadmos, fils d'Agénor, dans le texte suivant d'Ovide ressemble encore à un serpent, mais déjà il représente une force malfaisante qu'il faut vaincre, ce n'est plus le dragon asiatique puissant, garant de l'ordre naturel, essentiellement positif.




En haut à gauche : " Jason endormant le dragon gardien de la Toison d'Or ".
En haut à droite : " Python tué par Apollon "
En bas à gauche : " Le Dragon de Thèbes protégeant la source d'Arès " (C'est celui que tue Cadmos dans l'image suivante et dans le texte ci-dessous.) 
En bas à droite : " Cadmos tuant le dragon de Thèbes à la source d'Arès ".
Ces vignettes font partie d’un album factice reprenant la plupart des 178 illustrations en taille de bois de Virgile Solis – sans les riches encadrements gravés d’arabesques et d’animaux fantastiques, pour les Métamorphoses d’Ovide paru en 1563 à Francfort-sur¬le-Main par Georg Rab, Sigmund Feyerabend et les héritiers de Weigand Han, ©Musée des Beaux-Arts de Reims.




 

Cadmos et le dragon de la source d'Arès

Là s'élevait une antique forêt que la hache avait toujours respectée. Au milieu était une caverne couverte d'épaisses broussailles. L'entrée présentait une basse voûte en pierres. Il en sortait une source abondante. Au fond de cette caverne était caché le dragon, fils de Mars. Sa crête avait l'éclat de l'or ; la flamme jaillissait de ses yeux ; son corps était gonflé de venin; il dardait un triple aiguillon, et sa mâchoire était armée d'une triple rangée de dents. A peine les Tyriens ont-ils porté leurs pas dans celte funeste forêt, à peine l'urne, jetée au sein des eaux, a-t-elle retenti, que le noir serpent avance hors de l'antre sa longue tête, et fait entendre d'horribles sifflements. L'urne échappe de leurs mains ; le sang se glace dans leurs veines, et un subit effroi agite tous leurs membres. Le reptile replie en mille anneaux sa croupe flexible, et décrit en bondissant des orbes immenses. Plus de la moitié de son corps se dresse dans les airs et domine la forêt. Vu dans toute son étendue, il égale en grandeur le serpent qui sépare les deux Ourses. Au même instant, soit que les Tyriens s'apprêtassent à combattre ou à fuir, soit que la crainte paralysât leurs dards et leurs pas, il déchire les uns de ses morsures, et enlace les autres de ses longs anneaux, ou les tue de son souffle impur. 



Il ressemble aux dragons chinois, mais sans pattes. Poignée de porte, 29 rue du Dragon, VIe ardt




Le Soleil, au plus haut point de sa course, avait enfin rétréci les ombres. Le fils d'Agénor s'étonne du retard de ses compagnons et cherche la trace de leurs pas. Il a pour vêtement la dépouille d'un lion, pour armes une lance au fer étincelant, un javelot, et son courage, préférable à toutes les armes. Il entre dans la forêt. A la vue des victimes que la mort vient, de frapper, et du vainqueur qui les couvre de son vaste corps, en léchant de sa langue ensanglantée leurs horribles blessures, il s'écrie : « Je serai votre vengeur, mes fidèles amis, ou je partagerai votre sort. » A ces mots, il soulève un bloc énorme, et, par un effort suprême, parvient à le lancer. Le choc de celle masse eût ébranlé des remparts couronnés de superbes tours. Cuirassé par ses écailles et sa peau noire contre les coups les plus vigoureux, le serpent resta sans blessure. Mais sa peau, malgré toute sa dureté, ne peut résister au javelot qui s'ouvre un passage à travers sa souple épine, et s'y fixe en laissant tout le fer dans ses entrailles. Transporté, de douleur, le monstre replie sa tête sur son dos, regarde sa plaie, et mord le dard qui s'y tient immobile. Il fait mille efforts pour l'ébranler en tout sens, et semble près de l'arracher ; mais le fer reste cramponné à son corps. 






Cadmos tuant le dragon. Amphore à figures noires d'Eubée, vers 560-550 avant J.-C., musée du Louvre.




A sa fureur ordinaire s'ajoute en ce moment la douleur de sa blessure. Les veines de son gosier se gonflent de sang ; une blanche écume découle de ses lèvres venimeuses ; la terre est broyée sous ses écailles bruyantes, et l'air est infecté du souffle qui s'échappe de sa gueule infernale. Tantôt son corps se recourbe en spirales immenses ; tantôt il se dresse comme un peuplier ; quelquefois d'un vaste bond il s'élance, tel qu'un rapide torrent grossi par les orages, et de son poitrail il renverse les arbres qu'il rencontre. Le fils d'Agénor recule un peu, et, avec sa peau de lion, soutient les assauts du serpent, il oppose son javelot à sa gueule menaçante. Le dragon furieux attaque l'acier par d'impuissantes morsures et y brise ses dents. Déjà de son palais empesté le sang commençait à couler et à rougir le gazon. Mais la blessure était légère. Tant qu'il se dérobe aux atteintes en reculant sa tète, les coups, détournés par ce mouvement, ne peuvent faire une entaille profonde. Enfin le fils d'Agénor enfonce le fer dans le gosier du serpent, le presse sans relâche, jusqu'à ce que le monstre s'appuie contre un chêne, et que son cou et l'arbre soient percés en même temps. Courbé par le poids du dragon, le chêne gémit sous ses coups de queue. Tandis que Cadmos contemple le corps gigantesque de son ennemi vaincu, tout à coup une voix se fait entendre. On ne peut reconnaître d'où elle est partie; mais elle profère ces mots : « Pourquoi, fils d'Agénor, regarder le serpent que lu viens de tuer ? On te verra aussi sous la forme d'un serpent. » Longtemps saisi d'effroi, Cadmos pâlit, se trouble; son sang se glace et ses cheveux se dressent sur sa tête.

Les Métamorphoses d'Ovide (2e éd), traduction française de Gros, refondue par M. Cabaret-Dupaty, auteur : Ovide (43 av. J.-C.-17). 1866. Traducteur. Éditeur : Cabaret-Dupaty, Bibliothèque nationale de France.







Jason dans la gueule du dragon gardant la Toison d'Or, attribué à Douris, vers 500-450 avant J.-C.
Musée grégorien étrusque, Vatican.





Saint-Michel



Puis il parut dans le ciel un grand signe: une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête.
Elle était enceinte, et elle criait, dans le travail et les douleurs de l'enfantement.
Un autre signe parut encore dans le ciel: tout à coup on vit un grand dragon rouge ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes, sept diadèmes ;
de sa queue, il entraînait le tiers des étoiles du ciel, et il les jeta sur la terre. Puis le dragon se dressa devant la femme qui allait enfanter afin de dévorer son enfant, dès qu'elle l'aurait mis au monde.
Or, elle donna lu jour à un enfant mâle, qui doit gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer; et son enfant fût enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône,
et la femme s'enfuit au désert, où Dieu lui avait préparé une retraite, afin qu'elle y fût nourrie pendant mille deux cent soixante jours,
Et il y eut un combat dans le ciel Michel et ses anges combattaient contre le dragon ; et le dragon et ses anges combattaient ;
mais ils ne purent vaincre, et leur place même ne se trouva plus dans le ciel.
Et il fût précipité, le grand dragon, le serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre, il fût précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui.
Et j'entendis dans le ciel une voix forte Lui disait: " Maintenant le salut, la puissance et l'empire sont à notre Dieu, et l'autorité à son Christ; car il a été précipité, l'accusateur de nos frères, celui qui les accuse jour et nuit devant notre Dieu.
Eux aussi l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole à laquelle ils ont rendu témoignage, et ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir.









Campanile de l'église Saint-Michel des Batignolles, Bernard Haubold architecte, 1934, 12 rue Saint-Jean, XVIIe ardt.









Statue de l'archange Saint-Michel au dessus du campanile, copie de l’œuvre d'Emmanuel Fremiet au Mont Saint-Michel, église Saint-Michel des Batignolles, 12 rue Saint-Jean, XVIIe ardt.






C'est pourquoi, réjouissez-vous, cieux, et vous qui y demeurez! Malheur à la terre et à la mer! car le diable est descendu vers vous, avec une grande fureur, sachant qu'il ne lui reste que peu de temps. "
Quand le dragon se vit précipité sur la terre, il poursuivit la femme qui avait mis au monde l'enfant mâle.
Et les deux ailes du grand aigle furent données à la femme pour s'envoler au désert, en sa retraite, où elle est nourrie un temps, des temps et la moitié d'un temps, hors de la présence du serpent.
Alors le serpent lança de sa gueule, après la femme, de l'eau comme un fleuve, afin de la faire entraîner par le fleuve.
Mais la terre vint au secours de la femme; elle ouvrit son sein et engloutit le fleuve que le dragon avait jeté de sa gueule.
Et le dragon fût rempli de fureur contre la femme, et il alla faire la guerre au reste de ses enfants, à ceux qui observent les commandements de Dieu et qui gardent le commandement de Jésus.
Et il s'arrêta sur le sable de la mer.



Apocalypse de Saint-Jean, chapitre 12.






Dragon de la fontaine Saint-Michel, par Henri-Alfred Jacquemart, 1859. Place Saint-Michel, VIe ardt.
A noter que c'est un dragon cracheur d'eau, et non de feu.








Dragon en bas relief de la fontaine Saint-Michel, par Marie-Noémie Cadiot, dont le pseudonyme de sculpteur est Claude Vignon, vers 1858-1860. Place Saint-Michel, VIe ardt.















Dragon dans un style néogothique, 12 Blvd Arago, XIIIe ardt.





Dragon dans un style néogothique, 12 Blvd Arago, XIIIe ardt.















Les dragons médiévaux deviennent très variés et sont le plus souvent munis d'ailes de chauve-souris, ce qui les rapproche de la nuit, et donc de l'obscurité, symbolique du Mal. Les ailes vont devenir un marqueur permanent du dragon occidental, de chauve-souris, ou d'oiseau.



Miniature extraite du livre de Marco Polo " Le Devisement du monde " ou " Livre des Merveilles ", vers 1410-1412, BNF.





Illustrations du Livre des serpents, Schlangenbuch 1589, Conrad Gesner (1516-1567), Paris
© Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle.










Bibliothèque Forney, Grande salle de Lecture. L’hôtel de Sens est restauré en plusieurs étapes entre 1930 et 1961. Les compagnons du devoir créent des ornements dans le style médiéval en référence à l’artisanat et à la bibliothèque. C'est avec humour qu'ils ont sculpté ce dragon qui à l'air de donner la patte, ou celui qui se mord la queue. 1 rue du Figuier, IVe ardt.




Sainte Marguerite d'Antioche et le dragon.



Sainte Marguerite sort du dragon, miniature vers 1285-1290, BNF







Marguerite d’Antioche (Sainte). Margarita vierge et martyr. (20 juillet). — La légende de cette sainte dépasse l’imagination. Je la résume en quelques mots pour l’intelligence des nombreuses peintures qui lui sont consacrées. Pendant une des persécutions du IIIe siècle, sainte Marguerite fut arrêtée en qualité de chrétienne. Après avoir tenté de séduire la jeune fille qui était fort belle, le préfet d’Antioche, Olybrius, la fit jeter en prison. Aussitôt, le démon se présente à elle sous la forme d’un dragon monstrueux qui la dévore incontinent. Mais la sainte portait sur elle une petite croix qui ne la quittait jamais ; au moyen de cette croix, elle perfore l’échine du monstre et sort saine et sauve de sa prison vivante. C’est cet épisode que presque tous les peintres ont retracé. On y voit sainte Marguerite sortant du dos du monstre, une petite croix à la main. Dans la plupart des miniatures, sauf dans celle des Heures d’Aragon et dans celles d’Anne de Bretagne, le dragon tient dans la gueule un lambeau de la robe de la sainte, sans doute pour indiquer qu’il vient de l’engloutir. Souvent aussi, on remarque que le dos du monstre est ensanglanté et que les lèvres de l’énorme plaie saignent au passage de la sainte.

Les livres d'heures manuscrits de la Bibliothèque nationale. Tome 1 / Abbé V. Leroquais (1875-1946). 1927 Bibliothèque nationale de France.





Saint-Georges



Saint-Georges terrassant le dragon par Jérome Mesnager, 2011, mur de l'école Saint-Georges, 18
rue Bouret, XIXe ardt. A noter l'humour de l'auteur : la lance se Saint Georges pointe sur une plaque " Bouche d'Incendie " intégrée au dragon, dont la gueule crache du feu. C'est un modèle de plaque indiquant aux pompiers la prise d'eau la plus proche, du même modèle que celle montrée ci-dessous.







Plaque de bouche d'incendie, 19 rue Rollin, Ve ardt.







LÉGENDE DE SAINT GEORGE


George, tribun, naquit en Cappadoce, et vint, en Libye, dans la ville qu'on appelle Silène, près de laquelle était un étang où habitait un monstre qui maintes fois avait fait reculer le peuple armé venu pour le détruire ; il s'approchait même jusqu'aux murs de la cité, et de son souffle tuait tout ce qu'il trouvait. Pour éviter de semblables visites, on lui donnait tous les jours deux brebis pour apaiser sa voracité. Si l'on y manquait, il assaillait tellement les murs de la ville, que son souffle empoisonné infectait l'air, et que beaucoup d'habitants en mouraient. On lui fournit tant de brebis qu'elles devinrent très-rares, et qu'on ne pouvait plus s'en procurer la grande quantité nécessaire; alors les citoyens tinrent conseil, et il fut décidé qu'on livrerait chaque jour un homme et une bête ; si bien qu'à la fin on donna les enfants, filles ou garçons, de manière que personne ne fut épargné. Et le sort désigna un jour la fille du roi pour ce sacrifice. Le monarque épouvanté offrit en échange son or, son argent et la moitié de son royaume, pour qu'on sauvât à sa fille ce genre si cruel de mort. Mais le peuple s'échauffa et dit au roi que puisque l'édit qu'il avait promulgué avait détruit tous les enfants, sa propre fille ne devait point faire exception. On le menaça, en cas de refus, de le brûler lui et son palais. Le roi se mit alors à pleurer, et il gémit du triste sort de sa fille, et, s'adressant au peuple, il lui demanda et obtint un délai de huit jours pour pleurer sa fille. Au bout de ce temps, le peuple revint au palais et il dit : « Pourquoi perds-tu ton peuple pour ta fille? nous mourons tous par le souffle de ce monstre. » Le roi vit bien qu'il fallait se résoudre au sacrifice. Il fit couvrir sa fille de vêtements royaux, l'embrassa et lui dit : « Hélas! chère fille, je croyais me voir renaître dans tes nobles enfants ; j'espérais inviter mes princes à tes noces, te voir ornée de vêtements royaux, et accompagnée de flûtes, de tambourins et d'instruments de musique de tout genre ; et tu vas être dévorée par le monstre! Pourquoi ne suis-je pas mort avant que tu périsses ainsi? » Alors elle tomba aux pieds de son père, et lui demanda sa bénédiction. Il la lui donna en pleurant, et la serra tendrement dans ses bras ; puis elle s'en alla vers le lac.




Trois dragons en consoles support de balcon, angle rue d'Assas-rue de Rennes, VIe ardt.





George, qui passait par là, vit qu'elle pleurait, et lui demanda ce qu'elle avait ; et elle lui répondit, : « Bon jeune homme, monte bien vite à cheval, et hâte-toi de fuir, afin que tu ne périsses, pas avec moi. » Et George lui dit : «Ne crains rien, et dis-moi ce que tu attends ici, et pourquoi tout ce peuple nous regarde. » Et elle répliqua : « Je vois que tu as un cœur noble et grand ; mais hâte-loi de partir. » George repartit : « Je ne partirai que lorsque lu m'auras appris ce que tu as. » Lorsqu'elle l'eut instruit de tout, George ajouta : « Ne crains pas, je t'aiderai au nom de Jésus-Christ. — Brave chevalier, reprit-elle, ne cherche point à mourir avec moi ; il suffit que seule je périsse, car tu ne pourras ni m'aider ni me délivrer, et tu succomberais avec moi. » Dans ce moment, le monstre sortit de l'eau. Alors la vierge dit en tremblant : « Fuis au plus vite, chevalier. » Pour toute réponse, George monta sur son cheval, fit le signe de la croix, s'avança au-devant du monstre en se recommandant à Jésus-Christ, et le chargea intrépidement. Il brandit sa lance avec une telle force, qu'il le traversa et le jeta par terre. Alors, s'adressant à la fille du roi, il lui dit de passer sa ceinture autour du cou du monstre, et de ne le redouter en rien. Quand ce fut fait, le monstre la suivit comme le chien le plus doux. Lorsqu'ils l'eurent conduit dans la ville, le peuple s'enfuit sur les montagnes et sur les collines, en s'écriant que tout le monde allait périr. Mais George les retint en leur disant de ne rien craindre ; que le Seigneur l'avait envoyé pour les délivrer de ce monstre. Et il dit : « Croyez seulement en Dieu, et que chacun de vous soit baptisé, et je tuerai ce monstre. » Alors le roi et tout son peuple furent baptisés ; ensuite George tira son glaive et abattit la tête du monstre ; selon ses ordres, quatre paires de bœufs le transportèrent hors de la ville. Ce jour-là, vingt mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, furent, baptisés. En l'honneur de la Vierge Marie et de saint George, le roi fil construire une église d'une étendue considérable, de l'autel de laquelle il coule une source qui guérit tous les malades qui boivent de son eau. Le roi offrit d'immenses richesses à George ; mais il les refusa, et il les fit distribuer aux pauvres. George instruisit, le roi de quatre devoirs à remplir : d'avoir soin des églises de Dieu, d'honorer les prêtres, d'assister toujours dévotement au service divin, et d'être constamment charitable envers les pauvres ; et ayant embrassé le roi, il partit de ces lieux.
Quelques livres disent que lorsque la fille du roi allait être dévorée par le monstre, George fit le signe de la croix et le tua,


La légende dorée. Série 2 / par Jacques de Voragine (1228?-1298). ; traduite du latin par Monsieur Gustave Brunet], Éditeur : C. Gosselin (Paris), 1843, Bibliothèque nationale de France.





Saint-Georges terrassant le dragon, par Apel les Fenosa, 1977, Centre d'études Catalanes, 9 .
rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, IVe ardt

 










Deux dragons décoratifs de fantaisie, 2 rue de Fleurus, VIe ardt.






GALESCHIN ET LANCELOT


Il avance cependant toujours à l'extrémité de l'allée il voit de chaque côté le profil de deux énormes dragons jetant par la gueule de grands flocons de flamme. Deux chaînes scellées dans le mur les arrêtaient par la gorge. « Voilà, se dit Galeschin, de furieuses « bêtes. » Involontairement il fait un mouvement en arrière, pour se prémunir contre leur approche; mais la honte le retient comme si tout le monde l'eût vu, il se décide à marcher en avant. Les dragons s'élancent pour lui fermer la voie ils jettent leurs griffes sur l'écu, déchirent à belles dents les mailles du haubert et pénètrent dans les chairs qu'ils entament jusqu'au sang. Le duc ne recule pas il donne de son épée sur leurs pis, sur leurs têtes et parvient enfin à passer outre, laissant les dragons lécher le sang qu'ils ont fait jaillir et dont leurs ongles sont humectés. Pour le duc, son premier soin est d'éteindre les flammes qu'ils avaient vomies contre lui mais il se trouve bientôt devant une rivière bruyante et rapide.
(...)
Lancelot arrive au mur des dragons. Il descend de cheval et pose son glaive à terre. Quand il veut passer, les dragons s'élancent et lui ferment l'entrée avec leurs griffes et les flammes qu'ils vomissent. Il vise le premier entre les yeux et le frappe de sa bonne épée l'épée rebondit sans entamer les écailles. Dans son dépit il allait jeter cette lame, mais il réfléchit qu'elle pouvait lui être encore d'un bon secours; il la remet donc au fourreau et retenant son écu devant ses yeux pour échapper à l'haleine enflammée du dragon, il avance sur lui, le saisit au cou, l'aplatit au mur et de son autre main lui arrache la langue. Le monstre tombe sans mouvement, Lancelot se prend à l'autre qu'une chaîne avait empêché de porter secours au premier. Le dragon lui enfonce ses ongles sur les épaules, mais l'écu et le haubert le garantissent et lui permettent de saisir le dragon à la gorge il l'étreint de son gantelet jusqu'à ce qu'il l'ait bien étranglé.


Les romans de la Table ronde : mis en nouveau langage et accompagnés de recherches sur l'origine et le caractère de ces grandes compositions. Le Roi Artus / par Paulin Paris, Éditeur : L. Techener (Paris), 1868-1877, Paulin (1800-1881). Traducteur, Bibliothèque nationale de France.







Deux dragons décoratifs, 35 rue Monge, Ve ardt.









LÉGENDE DE SAINTE MARTHE


Marthe, qui donna l'hospitalité à Jésus-Christ, eut pour père Syrus, pour mère Eucharie, et elle descendit d'une race royale. Son père gouverna la Syrie et beaucoup de villes le long de la mer. Et de l'héritage de sa mère, Marthe avait, avec sa sœur, des droits à la possession de trois villes, Magdalum, Béthanie et Jérusalem. Elle ne se maria point, et elle n'eut jamais de commerce avec aucun homme ; elle s'était consacrée à servir Notre-Seigneur Jésus-Christ, et sa sœur l'aidait, car elle avait bien vu que le monde entier ne serait pas suffisant pour s'acquitter d'un semblable service. Après l'ascension du Seigneur, lorsque les disciples se dispersèrent, elle et son frère Lazare et sa sœur Madeleine et le bienheureux Maximin, qui les avait baptisés, s'embarquèrent sur un navire qui n'avait ni voiles, ni rames, ni gouvernail, car les infidèles en avaient tout enlevé ; et, guidé par le Seigneur, ce bâtiment vint aborder à Marseille. Ils se rendirent ensuite dans la province d'Aix, et ils convertirent beaucoup de monde. Marthe parlait avec beaucoup d'éloquence et était très généreuse.






Dragon décoratif, 5 rue Michel Chasles, XIIe ardt.





Et il y avait alors le long du Rhône, dans un bois entre Arles et Avignon, un dragon qui était comme un poisson à partir de la moitié du corps, plus gros qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, qui avait la gueule garnie de dents énormes, et il attaquait tous les voyageurs qui passaient sur le fleuve, et il submergeait les embarcations. Il était venu par mer de la Galatie, en Asie, où il avait été engendré d'un serpent marin, et tout ce qu'il touchait était frappé de mort. Marthe, émue des prières du peuple, entra dans le bois, où elle trouva le monstre qui était à manger, et elle jeta sur lui de l'eau bénite et elle lui présenta une croix. Alors le monstre, devenu doux comme un agneau, se laissa attacher ; car Marthe lui passa sa ceinture au cou, et le peuple vint le tuer à coups de lance et de pierres. Et ce dragon s'appelait la Tarasque ; et, en mémoire de cet événement, cet endroit a été appelé Tarascon, ce qui signifie lieu noir et ombragé, parce qu'en effet il y avait là des bois sombres et touffus. Et la bienheureuse Marthe resta en cet endroit, où elle se consacrait tout entière à l'oraison et au jeûne ; elle y réunit un grand nombre de sœurs, et y fonda une basilique en l'honneur de la Sainte Vierge, et elle y mena une vie pénitente, s'abstenant de viande, d’œufs, de fromage, de graisse et de vin, et ne mangeant qu'une fois par jour. Elle s'agenouillait cent fois dans la journée, et elle en faisait autant chaque nuit.

Dragon, 44 rue Victor Hugo, Malakoff, Hauts-de-Seine. 









Dragon métallique armé d'un poignard, 1983, 2bis rue Simonet, XIIIe ardt.












LE DRAGON DANS LA TRADITION CHRÉTIENNE



Nous avons vu que, dans les traditions judéo-chrétiennes, le dragon représente les forces négatives et primitives de la matière indifférenciée et est assimilé au Mal. Dans les milieux autres, le dragon personnifie la Puissance. Il figurait en tant que tel sur les étendards assyriens, parthes, scythes, romains, bretons ; il donnait son nom aux drakkars des Vikings, dont la proue s’ornait de son effigie. On vainquait, en ces temps barbares, sous le signe du dragon. Le christianisme a intégré le dragon, mais a transformé sa signification: il est devenu le symbole de tout ce qui était opposé au christianisme, de la barbarie,en un mot de la Bête maléfique, incarnation de Satan, le Diable.Sa puissance certes demeure, mais il n'est plus invincible : il n'est plus que l’adversaire du Bien, c’est-a-dire de l’éthique chrétienne, destiné a être détruit un jour ou l’autre.





Dragon 10 blvd Arago, XIIIe ardt, décor sur un immeuble construit en 1901.





En pays chrétien, le Dragon est, sans nuance, celui qui crache tous les feux de l’enfer : il est l’ennemi absolu. C’est pourquoi le devoir des chevaliers est de le terrasser.
Outre qu’il est champion de la foi chrétienne, le chevalier doit nécessairement être un preux, c’est-a-dire courageux et au cœur pur. Le combat contre le dragon représente une épreuve initiatique, une sorte de cérémonie de « passage ». Vivre cette épreuve doit lui permettre d’arriver à cette liberté intérieure qui résume l'idéal chevaleresque : valeur et pureté absolues. La valeur, au-delà des limites humaines normales, établit la dignité de l'homme nouveau, à qui la peur devient inconnue, de l’initié « né une seconde fois ». La pureté lui est essentielle, car elle seule lui permet d’avoir droit au trésor. Les vertus ainsi acquises résident alors dans l’Être et non plus dans l’Avoir. Le chevalier devient indifférent aux biens matériels. Il ne possède rien que son cheval et ses armes et ce qu’il conquiert grâce a ses victoires, il doit s'en défaire aussitôt, car toute possession est, pour lui, attachante parce qu’illusoire.Ainsi, celui qui affronte le dragon avec sucés,devient-il ce qu’il Est.









Beau duo " dragonnier " 125 blvd Sébastopol, IIe ardt.








Un dragon comme gardien de la porte de cet immeuble, 4 rue Meynadier, XIXe ardt.








LE DRAGON GARDIEN DU TRÉSOR ET DE LA PERLE CACHÉE



Le dragon est le gardien du trésor celui-ci se trouve souvent enfoui au fond d’une caverne, laquelle symbolise le cœur caché de la terre, des forces à la fois telluriques et psychiques qu'il faut a la fois connaître et vaincre.Le trésor caché représente la vie intérieure, les monstres ou dragons.qui gardent ce trésor ne sont en définitive que les images de nos désirs et de nos passions qui nous empêchent d’y accéder.

L’or, métal inaltérable et pur, est bien entendu, sous différentes formes, le symbole de ce trésor. Dans la mythologie grecque, ce trésor apparaît sous la forme des pommes d’or du jardin des Hespérides, gardées a la fois par quatre (ou sept) nymphes et par le dragon Ladou qui, selon la légende, possédait cent têtes. Héraclès, fils de Zeus, le plus célèbre peut-être et à coup sur le plus populaire des héros grecs, s'est acquitté de dix des douze travaux qui lui ont été imposés par l’oracle de Delphes. Sa onzième épreuve consiste a aller à la recherche de ces pommes d’or, dans le jardin des Hespérides situé aux confins du monde connu. Après d’extraordinaires aventures, notre héros trouve le jardin merveilleux et parvient à dérober les pommes d’or, malgré ses gardiennes et le dragon. Ce dernier, vaincu, sera projeté par la déesse Héra dans le firmament où il deviendra la constellation du serpent.
-La Phénicie, la Grèce, l’Arménie sont riches de légendes où le dragon protège aussi les sources, les puits, les lacs, les rivières et les mers, car il est de la même nature que l'eau, élément primordial de toute vie.

Il est également, selon la légende, le gardien de la Toison d’or du bélier ailé appartenant au roi Éétès . Cette toison sera dérobée par Jason avec l'aide de Médée la magicienne qu'il épousera par la suite. Il pourra ainsi recouvrer la possession de son royaume.






Dragon assez proche du dragon chinois, n'était ses ailes, 8 rue Charles Divry, XIVe ardt.





Dans les saga scandinaves, le dragon Fafner, qui garde des trésors dans une caverne, est tué par le
héros Sigurd. La légende des Niebelungen, qui inspira Wagner, reprend à son compte le récit scandinave : Sigurd devient Siegfried et, grâce à un anneau qui le rend invisible, vainc le dragon, se baigne dans son sang afin de devenir invincible, donc immortel. Mais une feuille d’arbre s’est posée sur son dos, en un point où le sang du dragon ne peut agir. Ayant confié le secret de sa vulnérabilité à son épouse, celle-ci le dévoilera à Hagen. Or celui-ci est un traître : grâce a la connaissance de ce secret, il parviendra à tuer Siegfried.

Selon les Edda, grands poèmes épiques islandais, Sigurd aurait fait rôtir le cœur du dragon afin de s’en repaître. Mais, se brûlant, il porte le doigt à sa bouche. Dés que le sang du dragon touche ses lèvres, il comprend le langage des oiseaux. Ainsi peut-il connaître tout ce que pensent les hommes, ce qu’ils font et ce qui leur arrive. Autrement dit, il accède a la connaissance.







Une sorte de dragon nous salue à la romaine sous le grand balcon de l'Hôtel Judic construit en 1883, sculpté par, ou sous la direction de, Georges Albert Trugard, 12 rue du Cardinal Mercier, IXe ardt.









Une sorte de dragon nous salue à la romaine sous le grand balcon de l'Hôtel Judic construit en 1883, sculpté par, ou sous la direction de, Georges Albert Trugard, 12 rue du Cardinal Mercier, IXe ardt. Ce mot de " Salve " serait-il un jeu de mot sur le salut de l'âme dont parle notre texte?










La mission essentielle du dragon gardien du trésor est de tuer tous ceux qui convoitent celui-ci et qui ne possèdent pas un cœur assez pur. Seul le héros, celui qui a été « élu » par les dieux, du fait même de sa sincérité et de la pureté de son cœur, pourra grâce à des artifices et a l'aide d’une femme, réussir à tuer le dragon (ou tout au moins à le vaincre) et ainsi parvenir à s’emparer du trésor, lequel symbolise l’accession a l'immortalité (de l’âme) et a la connaissance suprême.

Ce thème traverse comme une obsession toute l’histoire des hommes.

LE DRAGON, par Daniel Beresniak et Michel Random, collection « Les Symboles », éditions du Félin, 1988.











Variation sur un même dragon décoratif, en panneau et en console de soutien de balcon, 7 rue Pasquier, VIIIe ardt.












Inquiétant dragon au souffle méphitique, Proche du théâtre Édouard VII, sur l'arcade proche du 16 rue Bruno Coquatrix, IXe ardt.



Siegfried et le dragon Fafner


Avec le jour naissant parurent Siegfried et Mime ; le jeune homme portait l’épée attachée à une ceinture de corde.
« Voici donc l'endroit, dit-il, où je dois enfin connaître la peur ? Sinon, je te quitte à jamais.
— Oui, acquiesça Mime : car si tu ne l'apprends pas à ce coup, tu n'en sauras jamais rien. » Il lui montra l'antre et lui décrivit le dragon, sa gueule immense, son venin brûlant, les coups et les étreintes de sa queue.
« J'éviterai tout cela », répondit Siegfried avec simplicité, en s'asseyant au pied d'un tilleul. « Mais dis-moi : le monstre n'a-t-il pas un cœur ?
— Un cœur des plus féroces.
— Mais placé là où l'ont les bêtes et les hommes ?
— Certes, tout à fait de la même manière.
— C'est dans ce cœur que je planterai mon épée.
Toi, file maintenant.»
Mime s'attarda quelque temps à tenter encore le courage de Siegfried, jusqu'à ce que le héros en colère le chassât.
« Quand donc serai-je délivré de toi, de tes grimaces de tendresse et de tes yeux clignotants ? Va-t'en, que le dragon ne te mange !
— Je pars, dit enfin Mime ; mais, le combat fini, ne manque pas de m'appeler, que je t'apporte à boire. Et en s'éloignant il se répétait : « Fafner, Siegfried, oh ! s'ils pouvaient s'entretuer, et périr tous les deux ! »






Caserne des Célestins, siège de l'état-major de la Garde Républicaine, Angle blvd Henri IV-rue de Sully, IV ardt.





Siegfried, demeuré seul, retourna au pied du tilleul et s'y étendit. Il songeait. Il ne reverrait donc plus, pensait-il, ce nain odieux : jamais les bois ne lui avaient semblé plus beaux, jamais le jour n'avait si joyeusement ri dans le ciel. Qu'il était heureux de n'être pas le fils de cet être hideux, blême, boiteux, tordu, aux yeux chassieux et aux oreilles décollées! Son père, qui était- il? Sans doute semblable à lui-même. Mais sa mère, comment l'imaginer ? Peut-être avait-elle les grands
yeux limpides et tendres des biches, plus limpides encore et plus tendres ?... Pourquoi donc était-elle morte si tôt? La voir, l'aimer, comme cela eût été doux !
Tandis que Siegfried suivait sa songerie, la forêt s'éveillait. Un murmure multiple et doux courait dans les buissons, dans les feuillages, entre les rives des ruisseaux et les cailloux des cascades. Les oiseaux s'appelaient, se répondaient d'un arbre à l'autre, et par-dessus les voix confuses de la terre leur chant aérien se déployait, plus mélodieux et plus distinct. Un surtout, posé sur une branche du tilleul juste au-dessus de Siegfried, le ravissait, « Oiseau charmant, lui disait-il, je n'ai jamais entendu ton chant, N'es-tu pas étranger à ces bois? Tu me parles sans doute : ah! si je pouvais te comprendre ! Le gnome m'a dit que le langage des oiseaux pouvait être saisi, »
il coupa un roseau pour s'en faire un fifre et imiter l'oiseau; mais il ne tirait de son instrument, quelque peine qu'il y mît, qu'un son aigu et criard, il le jeta loin de lui, « Oiseau, doux oiseau, dit-il en riant, tu m'écoutes, et j'ai honte de ma maladresse, Mais la voix de mon cor te plaira davantage ; je sais de joyeux airs, écoute-les. Maintes fois je les ai lancés dans les bois pour appeler quelque camarade inconnu ; seuls les loups et les ours m'ont répondu, Qui sait ce qui aujourd'hui
viendra ? Peut-être, enfin, l'ami espéré... »
Il prit le cor d'argent qui pendait à son col et, la tête levée vers l'oiseau toujours posé sur sa branche, il sonna à pleins poumons une éclatante fanfare.







Dragon recyclé, Jardin des Plantes, Ve ardt, en 2006-2007, pour accompagner une exposition " Dragons " au Muséum d'Histoire Naturelle, sculpture éphémère.





Un formidable bâillement lui répondit : Fafner venait de paraître à l'entrée de sa grotte, Horrible, énorme, il avançait parmi les pierres et les buissons,
« Ah ! Ah ! s'écria Siegfried en éclatant de rire, voilà le beau compagnon que m'attire ma musique!
— Qui es-tu ? grogna Fafner.
— Cette bête sait parler ? Elle pourrait donc m’instruire* Écoute : j’ignore ce que c’est que la peur; voudrais-tu me l’apprendre ? » Un rire affreux ouvrit la gueule du monstre et fit paraître des crocs terribles.
« Je m’en allais boire, s’esclaffa-t-il, et on m’apporte à manger ! »
Siegfried raille, Fafner menace, et le héros, mettant l’épée à la main, attaque. Le dragon lance vers lui son venin enflammé. Siegfried l’évite en se jetant vivement de côté, et continue son élan. Le monstre alors ramène en avant sa longue queue de serpent, d’un mouvement terriblement puissant, pour enserrer dans ses cercles les jambes de Siegfried. Mais le héros bondit par-dessus l’énorme fouet écailleux, qui érafle en vain le sol, arrachant des pierres, déracinant des broussailles. Si prompt et si léger est Siegfried que le voici tout près du flanc même de la bête repliée. Alors Fafner, s’arc-boutant sur ses pattes de derrière, soulève son torse pareil à quelque crocodile immense, et, tourné vers Siegfried, se cabre, les pattes de devant écartées, griffes tendues, pour étreindre l’adversaire et, en retombant, l’écraser sous sa masse. Siegfried voit le poitrail découvert, dessous blanchâtre et nu de la carapace ; prompte comme l’éclair de Wotan, l’épée divine pointe et plonge droit au cœur, jusqu’à la garde. Les pattes terribles n’ont pas eu le temps de se refermer sur l’assaillant. Un sursaut de douleur dresse encore le monstre plus haut, puis il s’abat en avant, sur sa blessure où l’épée est restée, cependant que Siegfried échappe à cet ultime péril en bondissant de côté. Fafner se vautre et se tord de plus en plus faiblement ; ses yeux que l’agonie commence de voiler se fixent sur Siegfried.
« Qui es-tu, intrépide enfant qui viens de me percer le cœur ? Mais qui donc t'a envoyé ? Ce n'est pas toi qui as médité cela.
— Je ne sais pas qui je suis, répond Siegfried, et toi-même tu m'as poussé à t'attaque.
— Enfant, ton regard est limpide et ton cœur est sans détour» Écoute l'avertissement de celui qui meurt par toi. A cette heure les deux puissants rois des géants, Fafner et Fasolt, frères ennemis, vont être réunis dans la mort. J'ai tué mon frère pour un trésor maudit que nous livraient les dieux... et moi, dernier de ma race, je cède à ta jeunesse éclatante. Garde-toi bien : car celui qui t'a poussé contre moi médite ta mort. »







Dragon recyclé, détail, Jardin des Plantes, Ve ardt, en 2006-2007, pour accompagner une exposition " Dragons " au Muséum d'Histoire Naturelle, sculpture éphémère.





Siegfried eût voulu entendre encore le monstre, dont l'approche de la mort purifiait l'esprit ; il lui cria son nom, et l'autre expira en répétant : « Siegfried ! »
Fafner en mourant s'était un peu retourné, et reposait sur le flanc, découvrant la poignée de l'épée. Siegfried alla l'arracher de la blessure; le sang jaillit jusque sur sa main. Il sentit comme une brûlure et instinctivement porta le doigt à sa bouche pour ôter ce sang. Aussitôt il promena les yeux autour de lui, saisi d'une extrême surprise» Car les mêmes murmures de la forêt, les mêmes chants d'oiseaux qu'auparavant l'environnaient, mais il lui semblait soudain y découvrir un sens, entendre un langage. « Je croirais, se disait-il, que les oiseaux me parlent. Celui-ci, que me dit-il ? »
C'était un bel oiseau, perché sur une des branches du tilleul où Siegfried avant le combat s’était adossé, Siegfried prêta l’oreille, pour distinguer ce chant des autres ramages de la forêt, et voici ce qu'il entendit :
« Siegfried est maintenant maître du trésor. S'il pénétrait dans l'antre du dragon, il y découvrirait l'or entassé ; il pourrait s'emparer du casque merveilleux qui permet tous les exploits, et de l'anneau qui lui donnerait l’empire du monde,
— O bel oiseau, merci ! Ton conseil me ravit, et j'obéis. » Enjambant le corps du monstre, il courut aussitôt vers la grotte.













Est-ce une salamandre comme celle de l'emblème de François 1er, ou un dragon ? Difficile de trancher même si il y a une ressemblance avec le symbole royal, mais sans la couronne habituelle.
22 rue Lamarck, XVIIIe ardt.





Parenté du dragon avec la salamandre.

François 1er avait comme emblème la salamandre, souvent placée au milieu des flammes, accompagnée de la devise " Je me nourris du bon feu et éteins le mauvais ". Selon la tradition ancienne, la salamandre est réputée capable de vivre dans le feu mais aussi de pouvoir l'éteindre. La devise peut signifier que le roi est ami des bons et destructeur des méchants, ou que grâce " au bon feu " il conserve sa force et son courage dans l'adversité, et qu'il finit par vaincre conte le mauvais feu ennemi. Cet emblème royal relève de la pure symbolique. Les pouvoirs réels de la salamandre ne vont pas aussi loin, c'est que nous rappelle un naturaliste dans le texte suivant. L'image de la salamandre de François 1er et son rapport à l'élément igné peut nous la faire la rattacher aux dragons, mais ce n'est qu'une parenté.
A.F.




QUELQUES LÉGENDES, ERREURS, PRÉJUGÉS
Sur la Salamandre.




Parmi les Vertébrés, les Amphibiens et les Serpents donnèrent lieu au cours des temps à de nombreuses légendes. A toutes les époques, les Salamandres et les Crapauds furent considérés comme les animaux les plus dangereux, non seulement par le peuple, mais aussi par les naturalistes d’autrefois. Dans l’Antiquité, la Salamandre passait pour commettre les méfaits les plus graves vis-à-vis de l’humanité et, à Rome, la peine de mort était appliquée à quiconque faisait manger de la chair de Salamandre à une autre personne.
Selon ces préjugés, tout était prétexte à redouter la Salamandre : sa vie mystérieuse, se passant constamment dans l’obscurité et dans les lieux humides, sa peau luisante, lisse, et froide au toucher qui, par son contact, passait pour éteindre le feu, n’étaient pas moins redoutées que le mucus secrété par les glandes de son dos ; elle était capable, disait-on, de faire périr des peuples entiers en empoisonnant toutes les plantes d’un vaste pays. Il n’était pas jusqu’aux fruits des arbres sur lesquels la Salamandre avait grimpé, qui ne devenaient impropres et dangereux à la consommation, de même que le pain dont la cuisson avait été faite avec du bois touché par l’animal. L’eau des puits était empoisonnée par le passage de la Salamandre... Marcher pieds nus, sur elle, entraînait la perte de la barbe et des cheveux ; manger de sa chair faisait irrémédiablement mourir en proie à un poison aussi puissant que l’aconit...
Seul, le porc, prétendait-on, pouvait avaler impunément cet être doué d’un poison aussi destructeur. On conseillait, comme remèdes à sa morsure, le vin doux, le suc de laitue, la chair des animaux qui l’attaquent, les cantharides en breuvage, les Lézards, etc...




Ces belles poignées de porte de la bibliothèque Forney, sise dans l'ancien Hôtel des Archevêques de Sens, représentent-elles des salamandres ? Dépourvues d'ailes, on peut le penser. XXe siècle, 1 rue du Figuier, IVe ardt.





La propriété habituellement prêtée à la Salamandre de pouvoir éteindre des charbons enflammés était déjà réfutée au temps de Pline qui écrivait : « Si les magiciens avaient raison dans ce qu’ils disent de la propriété qu’a la Salamandre d’éteindre le feu, Rome l’aurait aujourd’hui constaté par l’expérience, mais Sextius qui regarde la Salamandre comme aphrodisiaque, lorsqu’on la mange gardée dans le miel, après ablation des intestins, de la tête et des pattes, lui refuse la propriété d’éteindre le feu ».
Beaucoup de ces croyances se perpétuèrent au cours des siècles ; elles ne furent pas particulières à l’Europe, car au XI e siècle, les légendes chinoises relatives à un petit Triton nommé aujourd’hui Cynops orientalis, disent qu’il était cultivé dans Tien-Tse (la mare sublime) à la cime du Lu-Chan ; les paysans lui attribuaient le pouvoir de faire pleuvoir et le nommait le fils du Dragon céleste. — Un autre Urodèle, le Batrachuperus pinchoni nommé le Dragon blanc, au XVI e siècle, de la montagne Omei, dans la province du Setchouen, était supplié par les paysans d’envoyer de la pluie quand la saison était trop sèche.
Au Moyen-Age, en Europe, on pensait encore que la Salamandre pouvait traverser les flammes sans en être incommodée et qu’elle était même capable d’éteindre les incendies. Aussi, les charlatans continuaient-ils une pratique de la Rome antique consistant à vendre des Salamandres qui, jetées dans les flammes, devaient, disaient-ils arrêter les progrès désastreux de ce genre de sinistre. Ceux qui n’y croyaient pas étaient qualifiés d’ignorants, « n’ayant jamais fréquenté les gens instruits qui avaient voyagé ». 





ici la couronne ne laisse aucun doute, c'est bien l'emblème de François 1er, présent en deux exemplaires sur la façade de cet immeuble au 51 rue Pergolèse, XVIe ardt.
Il s'agit donc d'une salamandre et non d'un dragon.





A la Renaissance, François Ier s'en servit comme emblème ; on peut voir au château de Chambord un plafond à caissons comportant 330 Salamandres, toutes différemment stylisées, sculptées dans la pierre. Au-dessous des armes de ce monarque, un de ces animaux s’agite au milieu des flammes et porte la devise « nutrisco et extinguo » qui fait allusion à la croyance répandue alors que la Salamandre était fille du feu, mais que possédant un corps de glace elle était capable d’éteindre un brasier. Cette opinion venait du fait que la Salamandre, soumise à l’action de la chaleur, secrète par ses pores un liquide blanchâtre et visqueux qui peut, à l’occasion, éteindre un charbon mal enflammé ; mais cette sécrétion ne dure qu’un court instant et, à la vérité, l’animal se carbonise bientôt comme tout autre corps.
C’est ce qu’a exprimé Lacépède il y a un siècle et demi. « Nous voici maintenant arrivés à l’histoire d’un Lézard — (à ce moment la Salamandre était classée parmi les Lézards) — pour lequel l’imagination humaine s’est surpassée ; on lui a attribué la plus merveilleuse de toutes les propriétés. Tandis que les corps les plus durs ne peuvent échapper à la force de l’élément du feu, on a voulu qu’un petit Lézard, non seulement ne fût pas consumé par les flammes, mais parvint même à les éteindre ; et comme les fables agréables s’accréditent aisément, l’on s’est empressé d’accueillir celle d’un si petit animal privilégié si supérieur à l’agent le plus actif de la nature et qui devait fournir tant d’objets de comparaison à la poésie ».
Nous voyons que près de dix-huit cents ans après Pline, Lacépède s’élevait encore contre la légende de la Salamandre incombustible. La plupart des fables concernant ce Batracien sont encore admises de nos jours dans certaines régions : peu de paysans de nombreuses localités de Bretagne accepteraient de prendre en main un « Sourd », nom local de la Salamandre. Le terme de « Soufflet » qu’on lui donnait autrefois dans le Berry exprime l’idée que sa morsure fait gonfler les bœufs qui en sont victimes. Par contre dans quelques pays des Alpes, les Salamandres portées dans des étuis passent pour protéger les hommes et les animaux. Toutes ces croyances vont de pair avec celles qui attribuent aux Serpents le pouvoir de téter les vaches, aux Crapauds la possibilité de vivre emmurés pendant des siècles ou de tomber du ciel au cours d’une forte pluie.







Balcon soutenu par deux dragons, Hôtel Chenizot, sculpteur François Roumier, architecte Pierre de Vigny, vers 1725, 51 rue Saint-Louis-en -l'Île, IVe ardt.






Dragon et style Rocaille au XVIIIe siècle



Le dragon est sans doute l’un des monstres nés de l’imagination humaine parmi les plus fascinants. Symbole de l’hérésie, du mal, de ce qui est néfaste dans le bestiaire occidental au Moyen-Age, il apparaît pourtant bien avant. Dans la mythologie gréco-romaine, il prend les traits du serpent Python vaincu par la lumière d’Apollon dès ses jeunes années. Plus tard, sous l’influence du Livre des révélations de l’Apocalypse selon saint Jean, il devient le démon terrassé par saint Michel qui entraîne dans sa chute les anges rebelles chassés du Paradis. Les histoires de saints sauroctones, c’est-à-dire combattant le serpent, sont nombreuses et l’on peut citer à loisirs l’histoire de l’archange Gabriel terrassant le dragon assimilé au Diable, celle de saint Georges libérant la princesse, de sainte Marguerite, ou encore de saint Théodore à Venise. Ce sont parfois des résurgences d’anciens cultes païens vaincus par le christianisme,comme à Metz avec le Graoully, dragon que saint Clément de Metz chassa du grand amphithéâtre antique lorsqu’il évangélisa la ville. Animal dangereux aux déformations physiques contraires aux lois de la nature, il incarne la figure allégorique du mal.







Hôtel Séguier, 133 blvd Saint-Antoine, IV ardt. Ces sortes de dragons ou chimères datent de 1728.







Hôtel Séguier, 133 blvd Saint-Antoine, IV ardt. Ce dragon ou chimère date de 1728.







L'Hôtel Séguier photographié par Eugène Atget en 1913, Tirage sur papier albuminé,
Hauteur : 22.1 cm, Largeur : 17.5 cm, Musée Carnavalet, 133 blvd Saint-Antoine, IVe ardt.






Au début du XVIIIe siècle, on constate une modification rapide et brutale de la valeur donnée au dragon. De « serpent monstrueux » chez Furetière, il devient « animal fabuleux » chez Mouchon. Il délaisse ainsi le monde de l’hérésie pour embrasser, dans la première moitié du siècle, celui de la fable. Sa physionomie évolue et accompagne le bouleversement sémantique qui lui fait quitter l’obscurité démoniaque pour la lumière des plaisirs. Certes, la société est alors en pleine mutation et se détache du poids de la religion. Mais une évolution aussi prompte semble aussi le résultat d’un contact important avec une tradition exogène du dragon qui lui voue un culte positif, celle de la
culture chinoise en vogue depuis la fin du XVIIe siècle. De nombreux travaux ont déjà interrogé l’ouverture au monde extrême-oriental, en s’intéressant au rôle fondateur joué par les Jésuites dans les relations diplomatiques entre l’empereur de Chine et le roi de France Louis XIV. En arts décoratifs, la littérature scientifique s’intéresse souvent à l’introduction du bestiaire asiatique en général, et chinois en particulier, aux échanges commerciaux et à l’importation des porcelaines des dynasties Ming et Qing en Europe.

(...)





Un des deux dragon soutenant le balcon de la façade sur rue, Hôtel Chenizot, sculpteur François Roumier, architecte Pierre de Vigny, vers 1725, 51 rue Saint-Louis-en -l'Île, IVe ardt.




Un des deux dragon soutenant le balcon de la façade sur rue, Hôtel Chenizot, sculpteur François Roumier, architecte Pierre de Vigny, vers 1725, 51 rue Saint-Louis-en -l'Île, IVe ardt.






Un autre ouvrage jésuite porte l’imaginaire visuel chinois jusqu’en France. Il s’agit du Nouveau mémoire sur l’état présent de la Chine (1697) de Louis Lecomte, dont les planches illustratives, lorsqu’elles mettent en scène le dragon chinois, le font dans une approche ornementale. C’est le cas de deux gravures qui le présentent en support mobilier. L’animal fabuleux soutient tour à tour une sphère zodiacale et une sphère équinoxiale.Surtout, il rampe le long de l’ossature du meuble. C’est bien cet aspect décoratif qui va attirer l’attention des dessinateurs d’ornements en France au début du XVIIIe siècle.

(...)

De nombreux ouvrages imprimés d’obédience jésuite, bénéficiant de l’impulsion initiée par celui du père Kircher, concourent au développement du goût pour l’imagerie d’extrême orient à l’aube du XVIIIe siècle. On peut citer ceux des pères Ferdinand Verbiest, Jean-François Foucquet ou encore Jean-Baptiste Du Halde qui ont tant marqué les esprits du temps comme Voltaire, lecteur avide de leurs témoignages. Tous, par leurs enseignements, raccourcissent les distances, fusionnent les civilisations et offrent une rencontre éclairée aux lumières de la raison entre deux cultures pourtant éloignées. Mais le monde idéal des ornemanistes, où la fantaisie créatrice rend l’univers des possibles infini, amplifie le transfert culturel tout en en modifiant profondément la nature. Le motif du dragon, pour revenir exclusivement à lui, perd son occurrence morale aidant à distinguer le Bien du Mal et se fait fable, à l’image des planches dessinées par Alexis Peyrotte et gravées par Gabriel Huquier dans le recueil non daté intitulé Nouveaux cartouches chinois. L’animal chimérique que l’on découvre n’a plus rien d’un démon. Il y est montré paisible, posé sur une cartouche rocaille, s’enroulant autour d’un feuillage. Par l’intitulé clairement chinois de la suite,la planche renvoie à un Orient de mignardise. Elle participe au développement d’une vision fantasmagorique de la Chine, s’écartant toujours plus d’une transposition culturelle de sources réelles et objectives. Le dragon comme figure ornementale fait désormais partie intégrante du monde de la rocaille, cultivant l’idée du « mirage chinois ».


Au contact de l’Europe, le dragon demeure l’emblème de la force. Il renforce l’expression du souverain, mais aussi de ceux qui détiennent un pouvoir capital comme les grands financiers de la Régence. Il peut ainsi se muer en métaphore de la continence, de la puissance prête à retentir mais qui demeure domptée, muselée, maîtrisée. Dans une vignette de Nicolas Verrien, le dragon se fait gardien du jardin des Hespérides. Par son calme apparent, il illustre la tempérance du prince. Paisible mais jamais placide, il contient sa violence sans pour autant faire oublier son aisance à terrasser le visiteur indélicat.







Hôtel Séguier, 133 blvd Saint-Antoine, IV ardt. Ces sortes de dragons ou chimères datent de 1728.






La chimère issue du monde souterrain sort en pleine lumière et se met au service du souverain. On peut voir dans l’appropriation chinoise une tentative de renouvellement du langage métaphorique après des décennies de domination de la figure royale associée au mythe apollinien. Une tentative, donc, d’importer du sang neuf dans la culture visuelle occidentale.Pourtant l’imagerie du dragon, pour puissante et souveraine qu’elle soit, ne supplante jamais celle du Soleil. Des résistances apparaissent. Le dragon reste, à plusieurs occasions, assimilé au monde souterrain.








Cour du Dragon en 1899 par Eugène Atget, tirage sur papier albuminé : d'après négatif sur verre au gélatinobromure ; 21,5 x 17 cm (épr.), B.N.F. Cette cour faisait partie d'un ensemble immobilier construit par Antoine Crozat, financier et armateur négrier, en 1732. Une des entrées était au 50 rue de Rennes, après les transformations Haussmanniennes. La cour a été détruite dans les années 1930, mais la sculpture du dragon par Paul-Ambroise Slodtz a été déposée au Louvre. Une copie moderne placée à cette adresse évoque l'Histoire du lieu.






Paul-Ambroise Slodtz, Dessus de porte au motif de dragon de sainte Marguerite, 1732. Photographie d'Eugène Atget, tirage sur papier albuminé : d'après négatif sur verre au gélatinobromure ; 20,7 x 16,7 cm (épr.), (1908 ?)  








50 rue de Rennes, VIe ardt, copie moderne d'un original de 1732 de Paul Ambroise Slodtz, (1702-1758 ), maintenant au musée du Louvre. Moulage en résine de pierre par Marie Annick-Bresson.






Antoine Crozat, que l’on appelle aussi Crozat le Riche, se fait promoteur en faisant bâtir un vaste complexe immobilier sur une parcelle de la rive gauche. La Cour du Dragon, rue de Rennes, prend son nom du dragon lové au-dessus de l’entrée, à la souche d’un balcon surplombant le portail. Il s’agit du dragon de sainte Marguerite. Par sa victoire sur le dragon, symbole du paganisme qu’elle affronta lors de son martyr, elle est liée aux arts du feu. Ici, l’animal monstrueux fait référence aux métalliers qui occupaient le site en 1725. Il n’est pas directement employé pour faire référence à Crozat, mais son usage traduit plutôt une convergence de goût et d’esprit en vogue dans l’univers des financiers au début du XVIIIe siècle. Nous trouvons deux dragons similaires en façade de l’hôtel Chenizot, rue Saint-Louis-en-l’Île. Achetée en 1719 par Jean-François Guyot de Chenizot, receveur général des finances de la Généralité de Rouen, la parcelle est totalement réaménagée pour s’inscrire dans la nouvelle esthétique du jeune règne de Louis XV. Le nouvel hôtel est achevé en 1726 par Pierre de Vigny. Larges fenêtres laissant entrer la lumière, habitation qui surplombe le portail d’entrée et s’ouvre sur la rue, balcon qui habille la façade et en renforce l’axialité collent à l’air du temps. Les deux dragons, soutenant le balcon à la rampe en fer forgé, encadrent le portail et intimident le visiteur. Nés du ciseau de François Roumier, ils ouvrent une gueule menaçante.







Balcon soutenu par deux dragons, Hôtel Chenizot, sculpteur François Roumier, architecte Pierre de Vigny, vers 1725, 51 rue Saint-Louis-en -l'Île, IVe ardt.









Dragon, détail du tympan de la photo précédente.






Par similitudes anatomiques, le dragon est parfois confondu avec un autre être hybride, le griffon, qui accompagne lui aussi l’iconographie des financiers. Quelques rares détails les séparent, notamment le bec de rapace qui tranche avec la gueule aux dents effilées qui convient au monstre d’importation chinoise. Mais pour le reste du corps composite, ils sont régulièrement pris l’un pour l’autre.



Valentine Toutain-Quittelier, « Le dragon dans la culture visuelle rocaille », Nouvelles de l’estampe [Enligne], 262 | 2019, mis en ligne le 01 mars 2019.






A noter : Dragons de l'Hôtel de Chenizot en 1725, Dragons de l'Hôtel Séguier en 1728, Dragon de la cour du Dragon en 1732, il y a clairement une mode Rocaille du dragon au début du règne de Louis XV, comme l'explique l'article précédent de Valentine Toutain-Quittelier.






Un peu dans la même inspiration XVIIIe siècle que le texte précédent a bien définie, voici des dragons beaucoup plus récents qui semblent succéder à ceux de nos photos précédentes. Le dragon en tête de ce billet fait partie du même groupe, à la même adresse.








Dragon support de balcon au 51 rue d'Anjou, VIIIe ardt. L'influence orientale s'explique par la destination initiale du bâtiment construit en 1927, avec Paul Farge comme architecte : il s'agissait d'accueillir la Banque Coloniale.






Dragon support de balcon au 51 rue d'Anjou, VIIIe ardt, 1927.








Dragon support de balcon au 51 rue d'Anjou, angle avec la rue des Mathurins, VIIIe ardt, 1927.









Dragon dans la partie haute de la porte, angle du 51 rue d'Anjou avec la rue des Mathurins, VIIIe ardt, 1927.







Retrouvons des dragons parisiens présents dans des décors, des enseignes, métalliques.








Poignée de tirage au 111 blvd Saint-Michel, VIe ardt. Ici, le dragon est plutôt asiatique.









Belle poignée avec deux dragons, dont malheureusement l’extrémité de la queue a disparu, 56 blvd Malesherbes, VIIIe, Mairie du Huitième arrondissement 







Dragon et son proche cousin le Griffon. Poignée au 111 rue de Grenelle, dans la Cité Martignac VIIe ardt.







Un des quatre panneaux identiques sur cette porte du 18 rue Notre-Dame de Lorette, IXe ardt.
Ce choix est peut-être le fruit de la proximité avec la place Saint-Georges.








Dragon décoratif sur une porte de l'immeuble Lavirotte au 29 avenue Rapp, VIIe ardt, 1901.







Support d'enseigne, 4 rue Boutebrie, Ve ardt.










Enseigne moderne de Super-Marché, 24 rue du Dragon, VIe ardt.












Ces deux dragons qui servent de garde-corps à une fenêtre sont comme retenus par des cordes, et appuyés ou transpercés par une flèche. Bien qu'encore vivants, ils sont sous contrôle. Angle rue du Pont Louis Philippe-rue Grenier sur l'eau, IVe ardt.









Voici 4 décorations inspirées du dragon, mais le principe décoratif qui les anime peut faire que leur corps se finisse en volutes, en rinceaux... Les sculpteurs se sont permis ici toute liberté de création.



En accompagnement, voici un premier texte d'une chanson de Thomas Fersen très joliment écrit, " Mon Iguanodon ", où l'auteur évoque un personnage générique plutôt prédateur sexuel à l'ancienne, à l'esprit reptilien, qui est une sorte de dragon moderne au petit pied. Le dinosaure du titre a un aspect parent des dragons. 








2 rue de Fleurus, VIe ardt.








Il dormait dans une mare
Ou les insectes patinent
Il était grand calamar
Au fond d'un abîme

Il rêvait dans sa corbeille
En bavant sur l'édredon
La pleine lune le réveille
Mon iguanodon

Pas besoin d'être fakir
Ni d'se coiffer d'un turban
Je sais ce qui fait languir
Le vilain serpent

Dès que les ombres s'allongent
Je le retiens par la queue
Je le retiens dans mes songes

Je le retiens dans mes songes mais il est visqueux








36 rue Saint-Placide, VIe ardt.







Il fume des petits cigares
D'une sorte bon marché
On en trouve les cadavres
Où il a marché

Et comme c'est bientôt Noël
On entonne des cantiques
On allume des chandelles
Devant les boutiques

Il entre allumer un cierge
En Notre Dame du Pardon
Il pense à la forêt vierge
A l’arrêt Houdon

Des que les ombres s'allongent
Je l'attrape par la queue
Je le retiens dans mes songes

Je le retiens dans mes songes mais il est visqueux








11 rue Murillo, VIIIe ardt.









Ce n'est pas pour la vitrine
Des plus grands maroquiniers
Que le serpent se dandine
Hors de son panier

Derrière ses lunettes d'écailles
Et sa froideur dans le ton
La démence le travaille
Le pauvre python

Mais le vernis se lézarde
Et sous son collier de barbe
On voit sa grosse pomme d'Adam
Qui monte qui descend

Des que les ombres s'allongent
Je l'attrape par la queue
Je le retiens dans mes songes

Je le retiens dans mes songes mais il est visqueux








11 rue Murillo, VIIIe ardt, détail photo précédente.






Voila sa raison qui rampe
Dans les pensées anormales
Alors que la pluie détrempe
Son imperméable

Il lui faut les souliers plats
Et la jupe bleue marine
La barrette, les gros bas
Toujours le même film

Comme on dit sur le trottoir
Comme on dit dans le jargon
On va sacrifier ce soir
Une file au dragon

Des que les ombres s'allongent
Je l'attrape par la queue
Je le retiens dans mes songes

Je le retiens dans mes songes mais il est visqueux.


Thomas Fersen, " Mon Iguanodon " Album " Le Pavillon des Fous "2005.





34 rue de l'Arcade, VIIIe ardt.







Découvrons les autres dragons de la grande salle de lecture de la bibliothèque Forney, nous en avions vu deux juste avant le chapitre " Sainte Marguerite d'Antioche ". Ils sont savoureux.



Encore accompagnés par des extraits d'un texte d'une chanson de Thomas Fersen, " La Mare " où l'auteur évoque une sorte de dragon féminin, gardienne de richesse, la Vouivre, ou ses parentes.










Bibliothèque Forney, Grande salle de Lecture. L’hôtel de Sens est restauré en plusieurs étapes entre 1930 et 1961. Les compagnons du devoir créent des ornements dans le style médiéval en référence à l’artisanat et à la bibliothèque. 1 rue du Figuier, IV e ardt.






Souffrant, probablement
D'avoir fait l'acrobate
J'essayais un traitement
De médecine hydropathe
Savoir un bain brûlant
Comme l'est l'eau des pâtes
Dans le gros ventre blanc
D'une baignoire à pattes

Je baignais dans ma vase
Et regardais crever
Des petites bulles de gaz
Me plaisant à rêver
Que je portais la robe
De bure ou le burnous
D'où jaillissaient les globes
Cagneux de mes genoux

La mare m'appelait
Comme ce qui est trouble
Comme ce qui est laid
Comme ce qui est double
Ce qui a deux côtés
Comme tout ce qui cache Sous sa lisse surface
Un monde tourmenté









Bibliothèque Forney, Grande salle de Lecture. L’hôtel de Sens est restauré en plusieurs étapes entre 1930 et 1961. Les compagnons du devoir créent des ornements dans le style médiéval en référence à l’artisanat et à la bibliothèque. 1 rue du Figuier, IV e ardt.




(...)


Mon eau refroidissait
Le trou du dévidoir
En avalait l'excès
Et je l'écoutais boire
À petites gorgées
Au bout de la baignoire
Où il est ménagé
Sorte de grotte noire

Terrier a deux entrées
L'autre étant le siphon
Par où les eaux s'en vont
À grands bruits aspirées
Dans le réseau d'artères
De la tuyauterie
Jusqu’à l'humide abri
Au centre de la terre

Solitaire et sévère
Meublé de stalactites
D'une femme aux yeux verts
Comme la mare interdite
Elle est représentée
Au pied de Saint-Michel
Ou de Saint-Georges en selle
En hydre épouvantée







Bibliothèque Forney, Grande salle de Lecture. L’hôtel de Sens est restauré en plusieurs étapes entre 1930 et 1961. Les compagnons du devoir créent des ornements dans le style médiéval en référence à l’artisanat et à la bibliothèque. 1 rue du Figuier, IV e ardt.





Le Saint l'immobilise
Brandissant son épée
Je l'ai vu à l'église
Il va la découper
Car elle est un dragon
Et sa tête est affreuse
Quand elle sort de ses gonds
Mais si elle est heureuse

Plus d'écailles, plus d'ailerons
Ses cheveux font des boucles
Au milieu de son front
Rutile une escarboucle
C'est un très beau rubis
Que la vouivre abandonne
Auprès de son habit
Lorsqu'elle se déboutonne

Dans l'herbe de la rive
Avant d'entrer dans l’eau
Voici ce qui arrive
A qui a le culot
De toucher son trésor
Lorsqu'elle est dans l'étang
Voici quel est le sort
Funeste qui l'attend :











Bibliothèque Forney, Grande salle de Lecture. L’hôtel de Sens est restauré en plusieurs étapes entre 1930 et 1961. Les compagnons du devoir créent des ornements dans le style médiéval en référence à l’artisanat et à la bibliothèque. 1 rue du Figuier, IV e ardt.







Onduleux et rampant
Tout un flot de serpents
Surgit et vous dévore
Et si dans un effort
Ou plutôt par miracle
On échappe au festin
Le rubis dans le sac
Se transforme en crottin

(...)




Le pays où est née
La vouivre des lavoirs
On passe sans les voir
Ils sont abandonnés
Au cresson des fontaines
Et a l'écroulement
Ce sont des monuments
D'une époque lointaine



(...)



" N'essaie pas de me suivre
Chacun va son chemin"
Disant ces mots, la vouivre
Me serra la main
Emporta ses richesses

Dans le petit trou noir
Et qui chuintait sans cesse
Au bout de la baignoire
Comme Sainte-Marguerite
De la légende dorée
Où elle y est décrite
Sortant régénérée
Du ventre du dragon
Je me sentais renaître
Vivant et heureux d'être
Dans un état second


Thomas Fersen, " La Mare " extrait de l'album " C'est tout ce qu'il me reste ", 2019.








Bibliothèque Forney, Grande salle de Lecture. L’hôtel de Sens est restauré en plusieurs étapes entre 1930 et 1961. Les compagnons du devoir créent des ornements dans le style médiéval en référence à l’artisanat et à la bibliothèque. 1 rue du Figuier, IV e ardt.









Deux très belles miniatures, de Perse du XVIe, et d'Inde du XVIIe siècle, où des Preux du monde musulman luttent contre un dragon, ici assimilé au Mal, comme dans le monde chrétien. Ainsi nous constatons l'universalité du dragon.





" Azar Barzin tue un dragon ", autour de 1560. Empire Perse.








"Bahram Gur tuant le dragon " détrempe sur papier, style Mughal, vers 1610, Inde.











Et pour finir une marque de bière et une marque d'automobile :





Plaque publicitaire émaillée, années 50.









Blason du duché de Milan (1395-1796), où un dragon recrache un enfant, repris dans le logo Alfa-Romeo.







































































































































 

















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