samedi 3 mai 2014

Au charbon





Cette double porte de cave à charbon, semble être décorée d'un motif en " coups de fouet " évoquant une pieuvre, 1902,  9 rue de Chanzy, XIe ardt







Pour cuisiner et se chauffer au début du XXe siècle les parisiens utilisaient principalement le charbon comme combustible. Quand il n'était pas stocké au grenier, on le mettait à la cave. Voici donc une promenade d'une porte de cave à charbon à l'autre, avec leurs soupiraux, décorés de motifs géométriques ou figuratifs. On y croise le bougnat et l'indispensable cuisinière à charbon.









Portes de cave à charbon, immeuble de 1880, 20 rue Bertrand, VIIe ardt.








Les Combustibles

La cave à charbon se révèle aussi indispensable que les autres et nécessite un aménagement particulier qui correspond à sa fonction. Une trappe ménagée dans le trottoir permet son approvisionnement depuis l'extérieur. Conçue comme un grand bac bordé par un muret elle permet à la bonne de remplir les seaux à charbon sans salir ses vêtements, ses chaussures et toute la maison. Le volume de la pièce doit permettre l'entreposage d'une quantité de charbon suffisante pour couvrir les besoins annuels en combustible car la saine gestion d'une maison exige que l'on constitue ses réserves en été, lorsque le charbon est moins cher.
Dans les demeures où la place ne manque pas, il est possible d'aménager plusieurs caves à charbon, destinées à des qualités différentes de combustible, ainsi qu 'une cave à bois où s'entassent les fagots servant à l'allumage du feu.
Les Dimensions de l'ordinaire, par Vincent Heymans, 1998.






Soupirail avec motif aux classiques feuilles de marronniers, 280 blvd Raspail, XIVe






Bien que la question de la ventilation ne soit pas, en général, traitée avec toute l'importance qu'elle mérite dans nos grandes villes, où l'hygiène est l'objet des préoccupations les plus éclairées, on arrive peu à peu à améliorer les conditions sanitaires des habitations par des règlements s'appliquant aux constructions neuves ou à celles qu'on transforme.
Nous citons avec plaisir, dans cet ordre d'idées, l'extrait ci-après du dernier arrêté du Préfet de la Seine, du 22 juin 1904, portant règlement sanitaire pour la ville de Paris.
§ 3.— ART. 29.— Les caves ne pourront en aucun cas servir à l'habitation de nuit.
ART. 30. - L'habitation de nuit est interdite dans les sous-sols. Les sous-sols destinés à l'habitation de jour doivent remplir les conditions suivantes : 1° Les murs ainsi que le sol doivent être imperméables ;
2° Chaque pièce doit avoir une surface minimum de 12 mètres. Elle doit être éclairée et aérée au moyen de baies ouvrant sur une rue ou sur une cour, et dont les sections réunies doivent avoir au moins 1 /10 de la surface de la pièce.

(…/...)







Soupirail, immeuble de 1901, 7 rue Gustave Flaubert, XVIIe ardt.






Houilles. - Les houilles constituent le combustible le plus intéressant dans l'industrie et dans le chauffage.
On les extrait, en France, dans une cinquantaine de bassins houillers, dont les plus importants sont ceux des départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Loire, de la Saône-et-Loire, de la Nièvre, de l'Allier, du Gard, du Tarn et de l'Aveyron.
La France est, en outre, alimentée par les bassins houillers de l'Angleterre, de la Belgique et de l'Allemagne.
Les États-Unis d'Amérique, excessivement riches en bassins houillers, font une telle consommation industrielle de charbon que les tentatives d'exportation de ce combustible en France n'ont pas eu de succès jusqu'ici, la loi de l'offre et de la demande ne permettant pas de faire des prix qui puissent lutter avec ceux pratiqués sur le marché français, après avoir acquitté les frais de douane et de fret.
Les gros industriels achètent généralement le combustible sur wagon, pris au carreau de la mine. Les petits usiniers et les particuliers sont obligés de passer par l'intermédiaire des marchands de charbon, qui font venir le combustible par wagons, ou par bateaux sur les rivières et les canaux, le criblent en morceaux de grosseurs différentes, appropriées aux foyers destinés à les utiliser, et le livrent rendu en cave par sacs de 50 kilogrammes.







Lithographie en couleur, 1,22 m x 0,89 m, source : Médiathèque de Chaumont.






Le combustible, tel qu'il sort de la mine, c'est-à-dire en morceaux de grosseurs diverses mélangés de poussier, s'appelle tout-venant.
Le tout-venant, dans chaque qualité de charbon, est le combustible dont le prix est le moins élevé.
Le prix augmente ensuite de plus en plus, à mesure que la grosseur diminue, jusqu'aux morceaux de la grosseur d'un œuf de poule, parce qu'ils nécessitent des criblages successifs, c'est-à-dire de la main-d'œuvre.
On appelle gaillette ou gailletins les combustibles ainsi criblés.
La gaillette ou gailletterie comprend des morceaux de la grosseur de la tête ; le gailletin a la grosseur du poing.
Au-dessous de cette grosseur, les gailletins diminuent de prix, parce qu'il faut des grilles ou des foyers spéciaux pour les brûler.
Les morceaux de la grosseur 15/18, c'est-à-dire ceux qui passent par un crible dont les mailles ont 15 à 18 millimètres de largeur, s'appellent têtes de moineaux ; ils tendent cependant à augmenter de prix à Paris, surtout pour les charbons maigres et les anthracites, en raison de la quantité considérable de foyers destinés à les utiliser qui ont été construits spécialement pour les appareils de chauffage.
Dès l'hiver 1907-1908 leur prix sera certainement égal, sinon plus élevé que celui des gailletins, qui deviendront alors plus intéressants, parce qu'ils brûlent plus facilement, leur entassement sur les grilles laissant davantage de vides pour le passage de l'air. Cette augmentation de prix s'accentuera encore dans l'avenir ; maintenant que les concassages et criblages mécaniques font peu à peu diminuer les prix de main d'œuvre.
A ce point de vue, les morceaux encore plus petits nommés grains, qui brûlent difficilement sur les grilles ordinaires à cause de leur masse compacte, et qui nécessitent des foyers spéciaux, cesseront d'être économiques, leur prix augmentant sans cesse.











Les poussiers et menus, principalement ceux d'anthracite, coûtaient très bon marché, 18 à 20 francs la tonne, il y a dix ou quinze ans. Leur prix tend de plus en plus à augmenter, parce qu'on a construit beaucoup de foyers destinés à les brûler, et parce qu'on les emploie en grandes quantités pour fabriquer des agglomérés (briquettes, charbon de Paris, boulets, etc.). Les fines d'anthracite pour appareils Michel Perret valent, en ce moment (mars 1908), 36 francs la tonne, c'est-à-dire que leur prix a doublé en quinze ans.
Le chauffage des habitations..., par G. Debesson, Dunod éditeur, 1920









Porte de cave à charbon, 11 rue Villebois Mareuil, XVIIe ardt, 1904. (mise à jour du 2 avril 2015)








Le chauffage central qui commençait, dans les quartiers rupins, à remplacer le calorifère, était bien évidemment ignoré à La Chapelle. Là encore, une hiérarchie s’établissait. Les plus fortunés, relativement, brûlaient le boulet Bernot dans la salamandre ; d’autres, aux ressources plus modestes, se limitaient au Godin qui acceptait l’anthracite et la tête de moineau. Pour les paumés, des poêles de toute marque consumaient un tout-venant de charbon gras, un peu goudronneux, qui imposait un ramonage bimensuel des tuyaux. Dès les premiers frimas, le bougnat devenait le fournisseur privilégié auprès de qui certains faisaient des bassesses pour obtenir une ouverture de crédit, car l’hiver était long. Le bougnat qui, outre les variétés de charbon, vendait aussi le bois d’allumage en vrac, ou en « ligots », sorte de petits fagots de bois très sec, enduits aux extrémités d’une résine facilitant la mise à feu. Le bougnat avait encore comme source de profits, la location de voitures à bras et de poussettes. Activité assez fructueuse, tous les déménagements se faisant alors à bras d’homme, les parents et les amis étaient invités à se déguiser en athlètes. Je n’ai pas mémoire d’avoir vu, dans ma jeunesse à La Chapelle, une seule voiture de déménagement ni une équipe de déménageurs.
Confessions d'un enfant de la Chapelle, Albert Simonin, 1977.







Deux fleurettes décorent cette porte de cave à charbon, immeuble de 1908, 7 rue Leclerc, XIVe ardt.









Affiche " Maison Bernot Frères ", lithographie en couleur, 1,10 m x 2,80 m, source : Médiathèque de Chaumont.






Le Bougnat

Un « bougnat » est un marchand de charbon. À Paris, la profession de charbonnier était aux mains des Auvergnats. C'est par imitation plaisante du parler auvergnat (un « charbonnier » se disait «  charbougnat ») que le charbonnier en vint à s'appeler « bougnat ».
Au cours des années trente, le moyen de chauffage le plus en usage, c'était la cuisinière (dans et pour la cuisine), le poêle dans les autres pièces ainsi qu'à l'école en classe, etc. Le combustible utilisé se présentait sous forme d'agglomérés de charbon. Ces agglomérés avaient la forme de gros œufs. Ils étaient livrés par sac de cinquante kilos.
Commande était passée au « bougnat ». Il arrivait bientôt. les yeux brillants et les dents éclatantes dans un visage plus noir que celui d'un Sénégalais. Sac sur le dos. il grimpait les étages ou descendait à la cave autant de fois qu'il fallait pour répondre à la commande. On a vu des personnes habiter au quatrième étage d'un immeuble, c'est-à-dire sous les combles, et commander trois cents kilos de charbon. Ces personnes avaient évidemment établi leur « réserve à charbon » dans le grenier. Pas question de descendre à la cave le seau de charbon à la main. Descendre le seau vide n'est rien ! Le remonter chargé c'est autre chose. Restait donc au bougnat de procéder à la livraison, c'est-à-dire monter six fois cinq étages (n'oublions pas le cinquième, celui du grenier) avec cinquante kilos sur le dos.









Glorieuse, mais pas fière : elle continuait de se servir chez moi, comme quand elle était arrivée de Savoie à Paris, après la guerre de 70, sans un sou dans la poche de ses jupons reprisés. Il est vrai que moi aussi j'avais prospéré ; je voyais moins grand qu'elle, mais mon affaire était peut-être plus solide : bougnat j'avais débuté, bougnat je restais. Mais je m'étais développé en même temps que le quartier. En 1900, je fournissais du charbon et des vins dans tout Passy et dans tout Grenelle ; j'avais six voitures de livraison attelées chacune de deux chevaux boulonnais, un entrepôt derrière le Trocadéro, un autre au Point-du-Jour et une écurie à Grenelle pour ma cavalerie. Sur mes charrettes, j'avais fait peindre en lettres noires sur fond jaune : Aimé Godichaux...
Trois Romans, Un jeune homme seul, Roger Vailland, 1951.
















Un rare motif d'escargot sur ce soupirail de l'immeuble (1905) du 2 rue Dorian, XIIe ardt, mais il vrai que l'architecte Falp est un habitué des décorations originales. Nous l'avions déjà découvert dans " Familles parisiennes 5 " sur Paris Myope.






















Portes de cave à charbon, immeuble de 1901, 7 rue Gustave Flaubert, XVIIe ardt.







La cuisinière à charbon

L'appartement est vaste mais, mal chauffé, il est froid en hiver et nous n'avons pour nous réchauffer que des bouillottes en laiton glissées au fond du lit et d'épais édredons de plume. La vie se passe dans la cuisine, le cœur de la maison. C'est là que nous faisons nos devoirs de classe sur la longue table en chêne qu’il faut débarrasser quand c’est l'heure du dîner. C’est la seule pièce de la maison où règne une douce chaleur, dispensée par une imposante cuisinière à charbon, qui fait de l'hiver une saison délicieuse. Maman la charge de grosses pelletées de boulets de charbon qui deviennent incandescents et qu’elle tisonne après avoir retiré les cercles de fonte avec le pique-feu. Elle prépare le repas sur la partie réchaud et, côté cuisinière, mijote à petits bouillons pendant des heures la soupe ou le pot-au-feu. C’est là aussi qu’elle met à chauffer les fers à repasser, munis d’une poignée entourée d'un linge pour ne pas se brûler : elle en apprécie le degré de chaleur en les approchant de sa joue. Une fois par semaine, elle fait bouillir la lessive dans la lessiveuse à champignon. Je suis la fille aînée, celle qui est appelée à seconder la mère dans ses tâches, et, une fois que j’ai terminé mon travail de classe et répété mes leçons de piano, je ne chôme pas, c'est une vie d'abeille laborieuse qui m'attend.
Routes: une histoire d'engagements, par Acacia Condès




Portes de cave à charbon, 11 rue Auguste Barbier XIe ardt.














Porte de cave à charbon avec motif de chardon, XVIe ardt.






Dans les années 1920-30, la grande majorité du ménagères utilisaient encore une cuisinière à charbon. Quelques-unes avaient, en plus un réchaud électrique ou à gaz. Pour « faire de la vraie cuisine », il fallait donc, hiver comme été, allumer la cuisinière à charbon, ce qui, en été, constituait une source de chaleur très pénible à supporter. Par contre, pour réchauffer des plats plus modestes, ou du lait, elles utilisaient le réchaud. Pour la pâtisserie et les rôtis, elles utilisaient le four de la cuisinière.
La réussite de la cuisine exigeait le maintien d'une chaleur constante dans le four et, impliquait, selon le cas, de ralentir ou de pousser le feu, c'est-à-dire de l'alimenter et de le surveiller en permanence. La réussite du gâteau ou le rôti du dimanche étaient donc l'objet d'un suspense permanent. La difficulté d'utilisation du four de la cuisinière à charbon, et l'habileté et l'expérience nécessaires à son maniement réveillent aujourd'hui encore des souvenirs désagréables.
Les cuisinières électriques qui apparurent sur le marché dés la fin des années 20 auraient résolu bien de ces problèmes, en éliminant l'allumage quotidien de la cuisinière à charbon, et en limitant son usage aux mois d'hiver et au chauffage de la cuisine. Un tel achat n'était cependant encore accessible qu'à une minorité de familles. Une autre possibilité aurait donc été l'achat d'un four électrique ou à gaz distinct. C'était alors « le rêve de toutes les femmes », qui y voyaient un allégement considérable du travail ménager, dans la mesure, notamment, où la pâtisserie se faisait encore régulièrement à la maison.

Sociologie des techniques de la vie quotidienne
, par Alain Gras, Bernward Joerges, Victor Scardigli, Éditions de l'Harmattan, 1992.









Portes métalliques de cave à charbon, recoupées pour y installer des grilles d'aération, maintenant que leur usage initial est abandonné, immeuble de 1929, 7 rue Cortambert, XVIe ardt.










Portes de cave à charbon métallique,  30 rue Sarrette, XIVe ardt.




Poêle à charbon

Pour chauffer l'appartement, nous disposions d'un poêle à feu continu dans lequel on brûlait de l'anthracite, charbon de qualité supérieure qui brûlait sans fumée. Beaucoup d’autres locataires utilisaient des salamandres, consommant des boulets, sortes de gros œufs noirs composés de poussière de charbon amalgamée avec un liant bitumineux.
Le poêle a charbon chauffait la salle a manger et le bureau. Dans la chambre de mes parents, le chauffage était assuré par un poêle à bois : le MIRUS.
Muni de petites vitres en mica qui permettaient de voir les flammes, ce poêle ronronnait joyeusement. Ma mère lui vouait une infinie reconnaissance car, lorsque j'étais bébé, il m'avait sauvé la vie. En ôtant le couvercle de fonte qui le surmontait, on disposait sur la plaque de tôle du dessus une bouilloire pour l’eau chaude de la toilette.
Ce soir-la, la bouilloire s'était mise à chanter. Avertie par le bruit que l'eau allait bouillir, ma mère m'avait découvert en train de m’étouffer sous les couvertures et m'avait sauvé in extremis. « Tu vois, me disait-elle, ton ange gardien veillait sur toi ».
J'aimais bien notre poêle à charbon. Derrière sa grille, les braises rougeoyantes vivaient d'une vie mystérieuse et redoutable (petit garçon, faisant fi des recommandations, je m'en étais trop approché et m'étais retrouvé avec les croisillons imprimés sur les mollets).
Appuyé dessus, les fesses au chaud, après les repas, je discutaillais. Le soir, mon père le remplissait avec le seau à charbon, grattait les braises à l'aide d'un crochet spécial et remettait un sable très fin, contenu dans une poche en tissu, qui assurait l'étanchéité du couvercle.
La descente à la cave ressemblait à une descente aux enfers. Pour s'éclairer (bien sûr, la cave ne possédait pas l'électricité), nous utilisions une lampe à acétylène. Cet appareil « à réflecteur nickelé, en acier embouti étamé, fermeture par étrier à vis, crochet de suspension et arrivée d'eau réglable, poids l kg 300, durée d'éclairage 11 heures » fonctionnait à l'aide d'espèces de cailloux («le carbure ») qui, au contact de l'eau, produisaient un gaz puant donnant une flamme bleuâtre.
Au temps des cataplasmes: document : 1944-1968, la France d'avant la télé,
par Bernard Demory, Ginkgo éditeur, 2003.








Rare motif inspiré par les plantes appelées " Cœur de Marie " ( Dicentra Spectabilis) pour ces portes de cave à charbon, 72 rue Vaneau, 1909, VIIe ardt.



Porte à deux battants de cave à charbon, 12 bis rue de Picpus, XIIe ardt.













Un motif courant à cette époque, la corne d'abondance, pour cette porte de cave à charbon, 137 boulevard Raspail, immeuble de 1901, VIe ardt.








Il n’y avait pas que les péniches pour amener le charbon. Les camions des charbonnages ainsi que des particuliers avec leurs charrettes vendaient le charbon en vrac ou en sacs. Les mineurs recevaient une quantité de "boulets" par an qui leur permettaient de se chauffer gratuitement et d'améliorer l'ordinaire. Un petit plus, quoi ! Qu'ils méritaient amplement vu le travail difficile et les ennuis de santé qui en résultaient. Le papa de Marie-Jeanne livrait du charbon dans une carriole tirée par un cheval de trait. Chez Lili, on se chauffait aux boulets réservés pour le chauffage journalier et aux gayettes réservées aux grands froids et aux grands jours. Les boulets coûtaient plus cher que les gayettes, ceci explique cela. Une trappe dans le trottoir permettait de déverser dans la cave les mille kilos et plus commandés pour une partie de l'année. Lili ne supportait pas cette poussière noire qui s'infiltrait partout et l'âcre odeur gazéeuse l'indisposait fortement. En hiver, le rougeoiement des taques de la cuisinière, les flammes dansantes derrière le plexiglas du poêle réconfortaient les habitants et leurs visiteurs occasionnels. La maisonnée chaleureuse dans tous les sens du terme se regroupait autour du poêle à charbon. Les boulets, condensés de poussières, brûlaient plus vite que les gayettes de 20/20 ou de 30/30. Celles-ci assuraient le feu des poêles "continus". Le matin. surtout durant les vacances d'hiver. Lili se réveillait au bruit métallique de la grille du poêle. Bon-Papa secouait énergiquement la grille afin de laisser les poussières de charbon tomber dans le bac. Il vidait ensuite celui-ci dans les allées du jardin ou sur le potager. Il récupérait les escrabilles qui pouvaient encore brûler avec du nouveau charbon. Des scalots encore chauds brûlaient les mauvaises herbes des allées. Lili pensait que les légumes étaient meilleurs grâce aux cendres de charbon éparpillées tous les jours. Allez savoir pourquoi !
Descendre à la cave pour remplir les charbonnières (seaux à charbon) agaçait prodigieusement Lili. Dans ces moments-là, elle aurait voulu un grand frère pour l'aider. Elle détestait cette corvée. Déjà qu'il fallait descendre des escaliers chichement éclairés, éviter des toiles d'araignées et respirer la poussière, il lui fallait encore à l'aide d'une pelle à charbon, remplir deux charbonnières en galvanisé qu'elle remontait péniblement en ronchonnant.
L'entre saisons, par Claudine Deprez, Éditions Dricot, 2006.




Porte métallique de cave à charbon, rue Caulaincourt, XVIIIe ardt. Le métal a été découpé pour y installer un meilleur système d'aération.








Porte métalique de cave, 86 rue d'Assas, VIe ardt. 1912. (Mise à jour du 2 avril 2015)









Porte métallique de cave 2 rue Pierre et Marie Curie Ve ardt., 1904. (Mise à jour du 2 avril 2015)









Soupirail 5 rue Marguerin,  immeuble de 1901, XIVe ardt.







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