mardi 18 décembre 2012

Vitraux du cloître du Charnier de Saint Etienne du Mont. 2 : L'Arche de Noé




 " L'Arche de Noé ", détail, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.
A noter, en plus du mouton, du taureau, du dromadaire, du cheval et du lion, Noé a embarqué dans son esquif une licorne et un mystérieux animal au long cou, à tête de chien, et tacheté de bleu. Il doit s'agir de la connaissance livresque de la girafe sous la forme " Camelopardalis "ou Chameau-Léopard.



Voici un deuxième exemple des étonnantes verrières du cloître du Charnier de l'église Saint Étienne du Mont : l'Arche de Noé, ici comparée au vaisseau de l’Église, en tant que nef salvatrice. N'hésitez pas à gouter aux détails de ces verres du XVIIème siècle, en cliquant une fois ou deux pour agrandir l'image, puis utilisez la flèche retour précédent du navigateur pour revenir au billet.








LES VITRES ÉMAILLÉES
DE SAINT-ETIENNE-DU-MONT.

L'église Saint-Étienne-du-Mont est, on le sait, l'église la plus riche de Paris en vitraux anciens. Les fenêtres de la nef et plusieurs des collatéraux et du chœur ont conservé des verrières qui sont, à juste titre, célèbres. Les verrières qui ornent les fenêtres de l'ancien charnier ne le sont pas moins. La perfection de leur facture, l'éclat de leur coloris a excité l'admiration de tous ceux qui les ont vues, et cela à toute époque. Ces verrières ne sont pas, à proprement parler, des vitraux : ce sont des vitres émaillées. Elles constituent aujourd'hui le seul exemple d'un art qui fut florissant à Paris dans le premier tiers du XVIIe siècle.
Démontées et mises en lieu sûr pendant la période des bombardements, elles viennent d'être replacées, après avoir été restaurées par les soins de la ville de Paris. Au cours de longues recherches entreprises sur l'histoire de Saint-Étienne, nous avons eu l'occasion d'étudier ces vitraux. Nous avons retrouvé plusieurs documents les concernant, notamment un livre fort rare, dont les gravures ont jadis servi de modèles aux verriers pour un certain nombre d'entre eux, et qui ont servi d'ailleurs pour leur récente restauration. Nous allons exposer brièvement l'état de nos recherches.

Les charniers de Saint-Étienne-du-Mont ont été construits de 1605 à 1609. Tout le gros œuvre de l'église, moins la façade, était alors achevé.
Ils se composent de trois galeries qui entourent le chevet de l'église. Ces galeries sont voûtées en berceau et sont décorées de pilastres doriques très simples. Les murs qui entourent l'abside sont percés de fenêtres en plein cintre, qui étaient autrefois au nombre de vingt-quatre, aujourd'hui de vingt-deux. Ces fenêtres étaient toutes garnies de vitres peintes, dont il ne reste que quinze. ( Il faut noter que plusieurs verrières ne subsistent plus qu'à l'état de fragments. )
Ces verrières ont été exécutées dans le premier quart du XVIIe siècle. L'une des bordures porte la date de 1613, une autre celle de 1623. Nous avons retrouvé aux Archives une liste complète des sujets représentés, avec, en regard, le nom des donateurs. Voici ce document, le seul, croyons-nous, qui donne l'état complet de ces verrières :

Noms de ceux qui ont donné les vitraux qui sont dans les charniers ( Arch. nat., L 635. Cette pièce, sans date, doit être de la fin du XVIIe siècle. )

1re vitre (en entrant par la porte de la chapelle Saint-Nicolas où est le sépulcre). Jésus donnant à saint Pierre la charge de son troupeau. - M. Bernard Bourguignon, curé de la paroisse.
2e vitre. Histoire d'Abel et de Caïn. - M. le receveur.
3e vitre. Histoire de la manne. - Le président Loisel.
4e vitre. Melchisédech offrant le pain et le vin à Abraham qui retourne de la bataille. - M. Noblet.
5e vitre. Le sacrifice de Noé et de ses enfants. - M. Carbonnet.
6e vitre. l'immolation des taureaux. - M. Leclerc, marchand imagier.
7e vitre. l'arche de Noé. - M. Duclou.
8e vitre. L'occision des premiers-nés. - M. Leclerc, fermier pour le roi.
9e vitre. Le lavement des pieds et des mains. - M. Vallée.
10e.vitre. Les monuments gardés. - M. Sellier.
11e vitre. L'adoration des rois et des pasteurs. - M. Predeseigle.
12e vitre. Les derniers jours avant le jugement. - M. Clément.
13e vitre. Histoire du miracle de la rue des Billettes. - M. Dorléans.
14e vitre. Le Jugement dernier. - M. Regnault.
15e vitre. Le banquet de Notre-Seigneur. - La présidente d'Andrezel.
16e vitre. L'institution de l'eucharistie. - Me Gérard.
17e vitre. Plusieurs figures du saint sacrement. - M. Croizier
18e vitre. Le serpent d'airain. - [Blanc.]
19e vitre. Le sacrifice de Baal. - M. Santeuil.
20e vitre. L'histoire de Daniel. - M. Le Roi.
21e vitre. Le pressoir du fruit de la vigne. - M. Caperon.
22e vitre. [Blanc.] - M. Fournet.
23e vitre. Histoire de saint Denis, « Deo ignoto ». - M. Levesque.
Les deux portes vitrées ont été données, savoir, celle qui est au milieu des charniers par M. Philipes et l'autre par M. Chauvelin, avocat en Parlement.

Pour avoir quelque idée des verrières disparues, il faut nous reporter à l'ouvrage d'un peintre verrier du XVIIIe siècle, Antoine Levieil, qui fut au service de Saint-Étienne durant de longues années. Levieil aimait ces vitraux, qu'il trouvait magnifiques. Dans son Art de la peinture sur verre et de la vitrerie il nous a laissé à leur égard des notes précieuses.
Les sujets de ces verrières sont fort différents. Mais, d'une manière générale, il faut remarquer qu'ils se rapportent à la vie du Christ et au symbole de la Rédemption. De pareils motifs se trouvaient à leur place dans les charniers, qui étaient spécialement affectés alors à donner la communion aux fidèles.
Ces vitres ont dû être composées d”après des gravures de l'époque, choisies, selon toute vraisemblance, par le clergé de l'église. Il est impossible d'expliquer autrement l'esprit d'unité qui règne en cet ensemble.
Ce sont, en premier lieu, les figures d'un livre de théologie qui ont servi de modèles aux verriers ; ce livre est intitulé : La conference des figures mystiques de l'Ancien Testament avec la verité evangelíque, pour la defense de l'Eglise contre les heresies tant ancienes que modernes, par R. P. en Dieu F. Guillaume de Requieu, docteur en theologie, abbé de La Celle a Poictiers. Il parut à Paris, chez Antoine Du Brueil. Le privilège est du 3 avril 1602. Ce livre est extrêmement rare. Le seul exemplaire que j'aie pu retrouver est conservé dans la bibliothèque d'Amiens. C'est à l'aide de ces gravures qu'un certain nombre des verrières ont pu être restaurées et les sujets, bouleversés par suite de transbordements successifs, remis en place. En second lieu, les verriers ont pris comme modèles des gravures dont une, du moins, a été retrouvée par M. E. Mâle.
Voici l'état actuel de ces vitraux. Quelques mots sur chacun d'eux suffiront pour expliquer, s'il est besoin, leur sujet et faire les remarques utiles.







L'Arche de Noé, Le vaisseau de l’Église.
Gravure extraite de la Conférence des figures mystiques de l'Ancien Testament avec la vérité évangélique, du P. de Requieu, 1602.












 " L'Arche de Noé ", détail,  Noé reprend les vices de son temps, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.





I. L'arche de Noé. - Le vaisseau de l'Église.
Ce vitrail est exécuté d'après la gravure qui est placée en tête du troisième livre de l'ouvrage du P. de Requieu (p. 146). Dans le panneau supérieur, à gauche, Noé, « d'un visage sévère, d'un regard triste et d'une authorité magistrale reprend aigrement les vices de son temps ››   ( Un commentaire explicatif accompagne chaque gravure ; nous en tirons quelques phrases essentielles. ) La partie centrale du panneau est occupée par l'arche voguant sur les eaux. A droite, la colombe.






 " L'Arche de Noé ", détail, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.











 " L'Arche de Noé ", détail, Le vaisseau de l’Église, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.




Le panneau inférieur représente un vaisseau dans lequel sont groupés plusieurs personnages : saint Louis, un pape, un empereur, un roi de France, un docteur, un magistrat, une reine, un évêque, un capitaine, des religieux, des bourgeois ;





 " L'Arche de Noé ", détail, Le vaisseau de l’Église, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.





 " L'Arche de Noé ", détail, Le vaisseau de l’Église, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.







Jésus-Christ, en poupe, tient le gouvernail. Le vaisseau repose sur la croix contre laquelle viennent se briser les flots impuissants excités par des vents, figurés à la partie inférieure par des têtes d'enfants aux joues gonflées, soufflant avec violence : « C'est l'Église des fidèles assistée du Saint-Esprit contre les violentes agitations des vents d'hérésie, d'infidélité et d'idolâtrie. ›› Ce vitrail, un des mieux conservés, a été donné par M. Duclou.
.../...
Charles Terrasse, Revue du Seizième siècle, 1921.


 " L'Arche de Noé ", détail, Le vaisseau de l’Église, Le Christ en poupe tient le gouvernail, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.





 " L'Arche de Noé "Ensemble, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt. Noter les SE en bas pour St Étienne ( du Mont ).





 " L'Arche de Noé ", détail, Les vents, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.







 " L'Arche de Noé ", détail, Les vents, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.


 " L'Arche de Noé ", détail, Les vents, Verrière de la galerie du cloître du Charnier, peinture à l'émail sur verre, premier tiers du XVIIème siècle, église St Étienne du Mont, rue de la Montagne Sainte Geneviève, Ve ardt.




10 commentaires:

  1. Excellentes photos et commentaires
    J'appartiens à l'association Art, culture et Foi qui fait souvent visiter ces vitraux et envisage de préparer un livret sur eux. Vous semblez avoir une extraordinaire documentation. Pourrait-on entrer en contact avec vous: G.TAGLIANA gerard.tagliana@finances.gouv.fr paris 5ème
    Le livre de base se trouve à la bibliothèque de l'Institut National de l'Histoire de l'Art et il a été numérisé par google

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    1. Bonjour je viens de découvrir ces chefs d'oeuvre dont j'avais entendu parler dans un DVD de Buresteinas ... PARIS ET NICOLAS FLAMEL Etape 6 dans la série LE VOYAGE ALCHIMIQUE qui commente certains vitraux avec un regard d'alchimiste très intéressant.

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    2. Bonjour à vous.
      J'avoue ne rien connaitre à l'alchimie.
      Le but premier de ces billets est de fournir un accès visuel à ces verrières en offrant des images d'une qualité suffisante pour s'en faire une idée, quand on ne peut pas aller sur place. Bien entendu nous y joignons les textes sources principaux, sur lesquels nous avons pu mettre la main, afin d'en expliquer le sens originel. Mais rien n'empêche à des commentateurs d'y trouver un sens caché. Quand une image a une certaine richesse elle laisse toujours la place à beaucoup d'interprétations possibles. Vous avez vu qu'il y a 4 posts sur ce sujet. Mais il reste d'autres verrières qui ne sont pas montrées pour l'instant dans ce blog.
      André Fantelin.

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  2. Merci de la lecture attentive que vous avez fait de ce post.
    En fait vous avez bien compris que l'auteur du texte écrit en 1921 est Charles Terrasse. Je n'ai pas plus de documentation que cet article qui se trouve chez Gallica, ( vous avez le lien à la fin du texte ) ainsi que les livres cités par Charles Terrasse, " L'Art de la peinture sur verre et de la Vitrerie " d'Antoine Le Vieil et " La Conférence mystique des figures de l'Ancien Testament " par Guillaume de Requieu, tous deux dans Google livres.
    Pour le post précédent concernant le " Miracle des Billettes ", nous avions fait une recherche sur ce sujet précis, les liens menant à nos sources étant à la fin de chaque texte.
    Je n'ai rien de plus.
    Concernant les vitraux vous trouverez dans Paris Myope deux longs billets sur les verrières traitant de la guerre 14-18 dans des églises à Paris et en proche banlieue. Toutefois les textes choisis illustrent le contexte de leur création, plutôt que l'histoire précise ce chaque vitrail.

    A. Fantelin

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  3. Cher Monsieur Fantelin,
    Je rédige actuellement un mémoire d'étude sur les vitraux au musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir. Le travail de recherche que vous avez effectué me serait d'une immense utilité, m'autoriseriez-vous à m'appuyer dessus pour le mien ? J'aurais également aimé en savoir davantage sur ces deux portes vitrées données par MM. Philipes et Chauvelin.
    Cordialement

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    1. Bonjour,
      Que cette recherche sur ces verres émaillés (en 4 billets) soit utilisable, c'est le but recherché. Vous pouvez tout à fait vous appuyer dessus pour votre mémoire. Je n'ai fait que découvrir le texte de Charles Terrasse, qui mentionnait le livre source de l'iconographie de ces vitraux : " La Conférence mystique des figures de l'Ancien Testament " par Guillaume de Requieu, et citait le livre d'Antoine Le Vieil : " L'Art de la peinture sur verre et de la Vitrerie ", ainsi que l'étude d’Émile Mâle. Comme vous avez pu le voir, tout est public et vous avez les liens qui vous amènent directement à ces sources. Il y a aussi le travail photographique pour essayer de montrer le détail de ces ouvrages qui lui est plus personnel.

      Concernant ces deux portes vitrées, je n'en sais pas plus, je pense qu'elles sont disparues ou déplacées. D'après Antoine Le Vieil il y avaient 22 fenêtres (12 maintenant) en 1774, alors qu'il y en avaient 24 à l'origine, à leur création au début du XVIIe siècle. Ces deux verrières disparues pourraient être celles des portes, c'est ce que semble dire Antoine Le Vieil dans sa note : " Il y en avoit autrefois vingt-quatre, y compris l'imposte de la porte du petit cimetière ; mais les changements occasionnés par l'agrandissement de la sacristie du cœur, ont forcé d'en ôter deux qui ont été incorporés dans les vitraux de la chapelle de la Vierge. " (page 68 du livre d'Antoine Le Vieil,dont vous avez le lien ici ; Vitraux du cloître du Charnier de Saint Etienne du Mont. 3 : Diverses Fenêtres , dans ce blog). Je n'ai pas vérifié si ces deux parties manquantes sont toujours incorporées dans les vitraux de la chapelle de la Vierge. A vous de nous le dire. Si je comprends bien, il ne devait y avoir que l' IMPOSTE qui était vitrée et non pas la toute la porte, ce qui est logique puisque l'imposte reste fixe. Une porte toute en vitrail ne serait plus une porte, fracturable d'un coup de pied.

      Voilà, j'espère vous avoir satisfait par cette réponse.

      André Fantelin

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  4. Merci infiniment pour votre précieuse aide, sans vous, mon travail aurait nettement manqué d'information sur les vitraux des charniers de Saint-Etienne-du-Mont. Si vous le désirez, je pourrais vous transmettre les passages de mon mémoire traitant de cette église, voir, si le sujet que j'ai traité vous intéresse - Le Vitrail au musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir -, son intégralité.
    Avec tout ma gratitude

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  5. Je suis tout à fait intéressé par votre mémoire dans son intégralité. Je sais que grâce à Alexandre Lenoir, beaucoup de précieux témoignages du passé nous sont parvenus. Je suis sur que votre travail nous apprendra beaucoup de choses, le vitrail étant toujours riche en informations sur son époque.

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    1. Veuillez m'excuser pour le retard, je terminais d'autres devoirs, pourrais-je avoir votre mail pour vous l'envoyer ?

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    2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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