Le nivellement des eaux exige autant de connoissances physiques que celui des terres. Archimède découvrit une des principales lois de l'Hydrostatique, lorsqu'étant un jour entré dans le bain, il s'aperçut que l'eau, s'élevoit & refluoit sur les bords, en proportion du volume de son corps. Il fut si enchanté de cette découverte, qui nous paroît simple, mais qui avoit jusque-là échappé aux Physiciens, que transporté il sortit tout nud du bain public, & courut sur la place en s'écriant : Je l'ai trouvé, je l' ai trouvé. La connoissance de cette premiere vérité conduisit ce grand homme à la connoissance de plusieurs autres axiomes d'hydrostatique.
On a déjà trouvé dans la seconde Partie de cet Ouvrage la méthode de niveler & de dresser les terres suivant une ligne de niveau ou de pente. Il s'agit ici du nivellement des eaux qui est infiniment plus difficile. Cette opération est de si grande conséquence que c'est d'elle que dépend la réussite d'une entreprise. Si l'on a mal nivelé, on ne connoîtra point exactement l'élévation du lieu où la source peut monter pour donner de la hauteur aux fontaines d'un jardin. Il convient donc, avant que d'entreprendre un ouvrage, de bien réfléchir sur les règles suivantes, & de recommencer un nivellement deux ou trois fois, tant pour le vérifier que pour corriger les erreurs inséparables de l'opération.
Niveler n'est autre chose que trouver avec un instrument deux points également distants du centre de la terre, & l'objet du nivellement est de savoir précisément combien un endroit est élevé ou abaissé au dessus de la superficie de la terre.
Une ligne véritablement de niveau parcourant le globe de la terre, est réputée courbe, à cause que tous les points de son étendue sont également éloignés du centre de la terre. Dans la pratique ordinaire on prend le niveau apparent, c'est-à-dire une ligne droite, pour le vrai niveau qui doit être une courbe. Quand la distance ne passe pas 100 toises, la différence du niveau apparent au vrai niveau, est insensible; mais à 300 toises il y a un pouce d'erreur selon la table des haussements du niveau apparent par-dessus le vrai niveau. Il se trouveroit une différence considérable dans un grand nivellement, si l'on ne corrigeoit l'excès du niveau apparent par-dessus le vrai niveau, il y a près d'un pied dans un nivellement de 1000 toises ; l'on donne rarement des coups de niveau de 300 toises de long d'une seule opération, la portée de la vue est trop faible pour s'étendre si loin, à moins qu'on n'applique au niveau une lunette à longue vue, ce qui facilite dans les grandes distance, mais l'imperfection des verres rend cette opération peu exacte ; la vue seule est encore moins sujette à se tromper.
C'est encore sur cette propriété, en vertu de laquelle les fluides cherchent toujours à prendre leur niveau, qu'est fondé l'art de distribuer l'eau dans les grandes villes. On amène l'eau, au moyen d'un système de tuyaux, jusqu'à un réservoir qui domine, par sa hauteur, tous les lieux où elle doit se distribuer. Ce travail une fois terminé, la gravité fait tout le reste, et l'eau va remplir tous les réservoirs situés au-dessous du premier ; elle descend dans les lieux profonds, remonte sur le flanc des coteaux, et arrive enfin au centre des principales divisions de la ville : là, les tuyaux conducteurs se ramifient en une infinité d'autres qui vont parcourant toutes les rues, et ceux-ci se divisent encore pour porter dans chaque maison une substance si nécessaire à la vie (1). « Les rivières sont des chemins qui marchent », a dit Pascal.
Annales de philosophie chrétienne-volume 24-1842
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