vendredi 19 octobre 2012

Lave de Volvic. 5 : Paul Balze





L'espérance. Peinture sur lave de Volvic de Paul Balze, 1865. Église Saint-Augustin. Place Saint-Augustin, VIIIe ardt.
 

Où l'aventure de la polychromie sur lave s'achève avec un copiste ennuyeux qui invente une technique bon marché, où l'on projette, grâce à cette technique, de couvrir Notre-Dame et nos salles à manger de copies de maîtres, où Amaury-Duval reste perplexe devant l'installation rue Bonaparte de fresques du Vatican, et où le grand Ingres est enthousiasmé par le travail de ses besogneux élèves








(...)
Le tableau de Paul Balze sera exposé en face d'un tableau sur lave, de M. Jollivet. (Paul, lui aussi, a fait de la peinture sur lave, et avant M. Jollivet.) On pourra comparer le résultat des deux procédés : l'un des deux revient à 70 francs le mètre, c'est la peinture sur lave ; l'autre à 7 francs ; mais ce qu'il y a de merveilleux encore dans l'invention de Paul Balze, c'est la rapidité de l'exécution : les plus habiles mosaïstes de Rome mirent trente ans à reproduire la Transfiguration ; Paul Balze la reproduirait en trente jours.
Maintenant, espérons que le gouvernement ne laissera pas l'artiste aller en Angleterre gagner cinq ou six mille livres sterling à émailler de chefs-d'œuvre la cathédrale de Saint-Paul, avant que Saint-Augustin, au moins, ait obtenu les prémices de cette merveilleuse découverte. Nous en appelons à M. le préfet de la Seine, à l'Empereur, à l'Impératrice et au ministre des beaux-arts. 

Revue britannique, 1863




Vie et martyre de Saint Laurent. Peinture sur lave de Volvic de Paul Balze, 1868-1870, Église Saint-Laurent,
68 Boulevard Magenta, Xe ardt.



DE LA NOUVELLE PEINTURE SUR FAÏENCE ET DE SON AVENIR
COPIE D'UNE FRESQUE DE RAPHAËL, PAR M. PAUL BALZE


Lorsque beaucoup de mes confrères voyagent en ce moment à travers l'Exposition, cherchant ce qui brille et ce qui peut plaire, je veux essayer de signaler une de ces œuvres sérieuses devant lesquelles, faute d'avoir été averti par la critique, le public a passé peut-être sans s'arrêter. Si j'entreprends d'attirer l'attention sur une peinture qui ne ressemble guère à celles qui font le plus de bruit en ce moment, peinture dont l'exécution cache, sous une apparente simplicité, une idée féconde et même une véritable découverte, c'est que j'écris pour un recueil spécial, dans lequel on s'adresse à des lecteurs bien préparés.


Vie et martyre de Saint Laurent. Peinture sur lave de Volvic de Paul Balze, 1868-1870 (détail), Église Saint-Laurent,
68 Boulevard Magenta, Xe ardt.



Cette peinture, où l'accord de l'art et de l'industrie, accord tant souhaité, se manifeste d'une manière aussi élégante qu'expressive, sort des mains de M. Paul Balze. Nous connaissons tous ce travailleur prodigieux qui, dans l'espace de douze ans et avec un seul collaborateur, son frère Raymond, est parvenu à doter la France de trois mille mètres carrés de copies d'après Raphaël, copies excellentes, qui plus est. Nous savons que ce brave artiste est en même temps un mécanicien remarquable et un bon chimiste, un de ceux qui peuvent inventer. C'est que M. Balze, nature spontanée, instinctive, observe encore plus qu'il ne lit, réfléchit longtemps et cherche ensuite avec une volonté de fer. Je ne crains pas de le dire, s'il est un homme aujourd'hui qui puisse me rappeler à certains égards ces Italiens du xve siècle, artistes encyclopédistes qui savaient tout faire, hors leur fortune, cet homme, c'est Paul Balze.
Le catalogue officiel du Salon de cette année porte la mention suivante: « Paul Balze, né à Rome, élève de M. Ingres. N° 1925. L'Éternel bénissant le monde, d'après Raphaël. Faïence. »
Cette fresque du plus grand des maîtres est peu connue. Elle décorait encore, il y a quinze ou seize ans, l'abside d'une petite chapelle dépendante de la Magliana, maison de plaisance de plusieurs papes, élevée non loin de la porte Portèse, entre Rome et la mer.



Quatre copies des loges de Raphaël, par Paul et Raymond Balze. Huile sur toile. 1835-1840. École des Beaux-Arts, VIe ardt.



(...)
Au sein de l'empyrée, au-dessus d'une masse de nuages. Dieu lève la main pour bénir la terre, sur laquelle il laisse tomber un regard bienveillant. Un nimbe lumineux de forme gothique et à fond d'or, nimbe dont la bordure est embellie par sept têtes de chérubins, encadre cette figure douce et majestueuse. De chaque côté du nimbe, un ange, c'est à dire tout ce que la jeunesse dans sa fleur peut offrir de plus charmant, lance des fleurs à pleines mains.
Comment s'y est-il pris, M. Balze, pour transporter sur de petits carreaux de cuisine un vrai Raphaël, pour nous rendre une fresque si classique avec un crayon tellement ferme, tellement correct, que son illustre maître (Ingres Ndr) s'en est réjoui? Cette palette franche et fraîche (porcelainiers, émailleurs et verriers en perdent le sommeil), où donc a-t-il pris cela? Je l'ignore, et j'en fais ici l'aveu sans trop de honte, car je me trouve en face d'un inventeur, et tout inventeur a son secret.



L'Éternel bénissant le monde. Peinture sur briques de Ponchon de Paul Balze, d'après Raphaël. Cour de l'École des Beaux-Arts, VIe ardt.



Je sais seulement que ce procédé n'est pas le même que celui des peintres sur faïence ou en majolique, pour me servir du terme usité, et qui nous vient d'Italie. En effet, ceux-ci appliquent des couleurs à l'eau sur la couverte crue ; c'est ainsi que se nomme l'émail avant la cuisson.
(...)
Trop expérimenté, trop clairvoyant pour prétendre réussir là même où des hommes si habiles n'avaient pu franchir certaines limites, M. Balze a cherché une autre voie. Ses prédécesseurs peignaient sur la couverte crue ; il s'est efforcé de trouver un moyen qui lui permit de peindre sur la couverte cuite. Le succès a été complet et dépasse même toutes les espérances. Grâce à ce nouveau procédé, l'artiste devient maître de son instrument. Rapprochées et liées entre elles, de misérables petites briques émaillées, les briques de Ponchon, dans le département de l'Oise, vont lui offrir une surface résistante et aussi unie qu'une toile du grain le plus fin. C'est à vous, maintenant, de vous mettre en fond de talent et de verve ; rien ne vous gênera. Le pinceau peut courir et s'abandonner. Il peut chercher la précision et la forme : si vous ne réussissez pas, vous n'avez plus d'excuse. J'ai dit : grâce à ce nouveau procédé. Ce mot, je me garderais bien de le retirer. Oui, le procédé est nouveau, nouveau même à tous égards. Je ne suis point arrêté par l'objection suivante que je prévois : ferait-on remarquer que la peinture sur couverte cuite a été pratiquée en Hollande et en France vers la moitié du siècle dernier, que je n'en serais nullement ébranlé. Je le demande aux connaisseurs, aux amateurs exercés, entre les petits bouquets, entre les figurines chinoises ou japonaises que nous offrent les assiettes sorties des fabriques de Marseille ou de Delft (et c'est à peu près ce que l'on connaît de mieux en ce genre), entre ces faibles et puériles tentatives d'un pinceau timide et patient et la chaleureuse copie de l'œuvre d'un maître, que peut-il y avoir de commun?



La Foi. Peinture sur lave de Volvic de Paul Balze, 1865. Église Saint-Augustin. Place Saint-Augustin, VIIIe ardt.

 
(...)

Quel sera l'avenir de cette nouvelle peinture? Ceci vaut la peine qu'on y songe. Quant à moi, s'il m'était permis, tout en rendant mes impressions, de donner mon sentiment en pareille matière, je dirais que je vois ici dans l'art une véritable révolution. Sait-on bien que ce procédé nous conduit à l'introduction d'un nouveau genre de mosaïque qui peut amener d'énormes changements, et les plus heureux, dans la manière de décorer nos édifices publics, en ce sens qu'il substitue à de fragiles peintures d'autres peintures aussi durables que le monument lui-même?
(...)
Grâce à cette armée d'artistes dont il dispose, le gouvernement pourrait (la chose aujourd'hui devient praticable) revêtir entièrement, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, les murs de Notre Dame de briques émaillées peintes, et donner ainsi à l'austère cathédrale l'aspect brillant et joyeux du merveilleux dôme d'Orvieto. Dieu me garde de demander une transformation aussi complète, mais je crois qu'il est temps de remplacer, sous les porches de nos églises, de lamentables fresques, aux trois quarts détruites, par une mosaïque solidement encastrée, mosaïque qui défie la pluie et le soleil, qu'un coup d'éponge fait revivre, mosaïque à bon marché.
Je viens de prononcer le mot de bon marché. Ce mot sonne bien à toutes les oreilles ; je l'ai prononcé avec intention, car le bon marché joue un rôle important dans le procédé que je voudrais divulguer. Je n'hésite point à dire que, sous ce rapport, il l'emporte sur ceux dont l'objet est de reproduire les œuvres de la peinture d'une manière durable, sur la mosaïque et aussi sur la peinture sur lave.




Jésus Christ charge les apôtres de baptiser les hommes au nom de la Sainte Trinité. Peinture sur briques de Ponchon de Paul Balze. env. 1868. Église de la Trinté. Place de la Trinité, IXe ardt.


Savez-vous ce que coûterait une copie de la fresque de la Magliana exécutée par les mosaïstes des ateliers pontificaux? Vingt-cinq mille francs. M. Balze ne serait pas ce qu'il est, je veux dire l'homme le plus désintéressé, l'artiste modeste qui trouve sa récompense dans le succès de ses recherches et dans l'approbation de quelques hommes compétents, il serait avide, que la simplicité des moyens qu'il emploie, le bas prix des matériaux, réduiraient ses prétentions forcément au quart de cette somme. Tous ceux qui ont visité son atelier ont remarqué, non sans étonnement, un humble fourneau construit avec quelques briques sur un vieux lit de fer. Ce modeste engin, où la cuisson de sa belle copie s'est opérée, comparez-le avec le vaste moufle que demande la peinture sur lave ; mettez ensuite en regard la somme de soixante à soixante-dix francs à laquelle revient le mètre carré de cette matière, et celle de six francs que coûte le mètre carré de briques émaillées, et dites-nous où se trouve l'économie.
J'honore le courage, surtout lorsqu'il est intelligent. Les efforts d'un artiste honorablement connu, de M. Jollivet, pour implanter parmi nous la pratique de la peinture sur lave m'inspirent une vive sympathie. Les œuvres qu'il a envoyées au Salon parlent très-haut en sa faveur : comme procédé, il est impossible de mieux réussir. Malheureusement, ce qui entrave ce procédé, ce qui ne le rend applicable que dans des limites restreintes, c'est l'impossibilité où se trouve l'artiste de pouvoir corriger son œuvre. Fait-il la moindre retouche, le voilà forcé de remettre au feu une grande plaque de lave qui peut s'y briser en un instant. Vous voyez d'ici la dépense et le péril. M. Balze est bien plus favorisé. Enlever les briques sur lesquelles se trouvent les parties défectueuses, peindre et cuire à nouveau quelques autres briques, et la retouche est faite promptement, facilement, et sans le moindre danger pour le reste du tableau.
(...)
Sans vouloir porter ici un jugement définitif sur une invention qui date d'hier, je crois que dès à présent on peut dire que M. Balze a su faire ce que personne, parmi les peintres sur majolique, n'avait fait avant lui depuis la Renaissance. A ce titre, il a bien mérité de tous ceux qui s'intéressent aux arts et au véritable progrès.

ERNEST VINET.

 Gazette des Beaux Arts, 1863




Ange de mansuétude et de chasteté. Peinture sur Lave de Paul Balze. 1874. Église Saint-Joseph, 161 rue Saint-Maur. XIe ardt.

 
Quant aux fresques, le doute ne saurait exister. Elles ne peuvent être vues qu'à leur place, sous le ciel où elles ont été produites. Elles font toujours partie d'un ensemble qui ajoute souvent à leur valeur, et que l'on ne peut leur enlever sans leur retirer aussi une grande partie de leur beauté.

Je me souviens d'une copie qu'un élève de Rome avait envoyée à Paris. Je l'avais vue à côté de l'original elle était d'une exactitude parfaite. Le public et les critiques d'art accablèrent de dédains cette malheureuse copie et son auteur moi-même, je l'avoue, je ne la reconnus pas à l'Ecole des Beaux-Arts je compris alors l'absurdité de déplacer des chefs-d'œuvre, qui, transportés dans un autre milieu, paraissent s'amoindrir, s'étioler comme les fleurs des pays chauds enfermées dans nos serres.


La fuite de Loth. Une copie des loges de Raphaël, par Paul et Raymond Balze. Huile sur toile. 1835-1840. École des Beaux-Arts, VIe ardt.


Promenez-vous dans la galerie des Loges, au Vatican est-ce seulement les peintures de Raphaël qui vous ravissent, vous transportent? Mais elles sont très-exactement copiées à l'École des Beaux-Arts, et vous n'allez pas les voir, dit-on, ce n'est pas là seulement Raphaël qui vous charme c'est tout un ensemble, c'est le ciel, c'est la campagne de Rome, les montagnes d'Albano, dont on aperçoit un coin à travers un malencontreux vitrage la dégradation même des piliers et d'une partie des peintures y ajoute l'intérêt de la ruine. C'est ce long escalier aux larges marches, que vous avez monté par un soleil brûlant et sous un ciel d'un bleu intense ces belles Transtévérines, à l'allure si fière, que vous avez coudoyées, et dont la beauté vous prépare à l'admiration des chefs-d'œuvre qu'elles ont inspirés. Mais descendez d'un fiacre dans la petite rue noire de l'École des Beaux-arts allez regarder les copies des frères Balze, faites avec tout le soin et le talent possibles, et tâchez de reconnaître la galerie des Loges et d'y retrouver vos impressions.

L'atelier d'Ingres, par Amaury-Duval. Paris, 1878


Abraham et Melchisédech. Une copie des loges de Raphaël, par Paul et Raymond Balze. Huile sur toile. 1835-1840. École des Beaux-Arts, VIe ardt.


(...)
L'application de ce procédé de peinture d'émail nous paraît multiple. Outre qu'il peut servir à la décoration de nos édifices publics ; de nos temples, de nos musées et de nos théâtres, il nous semble devoir merveilleusement servir à l'ornementation extérieure des maisons de campagne. Nous souhaitons que l'économie du procédé permette d'en vulgariser l'application à l'intérieur de nos maisons et vienne heureusement métamorphoser les vestibules, les salles de bains, les salles à manger, etc.


La charité. Peinture sur lave de Volvic de Paul Balze, 1865. Église Saint-Augustin. Place Saint-Augustin, VIIIe ardt.


Puis enfin, il est une considération d'un ordre moral qui nous fait plus encore applaudir à des résultats pareils a ceux qu'ont obtenus MM. Jollivet et P Balze.
La peinture décorative sur les murs extérieurs des monuments vient s'offrir au regard de tous, et par conséquent a l'observation des gens qui, pour sentir en eux s’éveiller le goût des chefs-d'oeuvre (peut-être une vocation), n'ont besoin que de subir leur contact.
L'art dans notre siècle doit aller au devant de ceux qui ne vont pas à lui.
Les chefs-d’œuvre en littérature comme en art ne sont-ils pas compris d'instinct par les masses quand on les invite à en jouir?


Joseph faber bonus per laborem et virtutes coronari in cœlis meruit. Peinture sur Lave de Paul Balze. 1874. Église Saint-Joseph, 161 rue Saint-Maur. XIe ardt.

 
De même qu'aux jours de fêtes nationales, les meilleurs scènes de nos grands poètes sont saisies et acclamées par la foule, chez qui se révèlent alors des émotions nouvelles et de nobles transports, de même sur les murs de nos palais, de nos musées et de nos temples, de belles productions inspirées par les épisodes de notre histoire ou les belles scènes de l’Évangile attireraient les regards de la foule, fixeraient son admiration et deviendraient un enseignement.

A. Brodin-Collet


Ange de la vigilance et de la fidelité. Peinture sur Lave de Paul Balze. 1874. Église Saint-Joseph, 161 rue Saint-Maur. XIe ardt.
 


Mes chers amis,

encore sous l’impression de vos belles copies, je ne puis venir à vous exprimer de nouveau mon entier contentement, mon admiration pour votre religieux courage et je puis bien féliciter notre pays de posséder enfin l’émanation la plus parfaite, la plus complète de cette apogée de l’art au Vatican. Que les hommes d’aujourd’hui vous en sachent bon gré pour leur avantage et malheur à l’ignorant audacieux qui osera blasphémer là contre ! Oui, que malheur lui arrive, car non seulement il sera un âne, mais aussi un méchant ! Pour moi, comme français artiste, le cœur me bondit de plaisir. Et donc, mes amis, soyez heureux de votre conscience, vous avez bien mérité de la patrie ! Il me reste un vœu à faire : qu’elle vous soit reconnaissante !
(...)
Au revoir mes bons et chers enfants. Je vous aimais bien mais je vous aime encore davantage depuis hier. Tout à vous, de tout mon cœur.

Ingres

Lettre aux frères Balze. Rome. Fin 1839 ?




L'apothéose d'Homère. Paul Balze, Raymond Balze et Michel Dumas. Peinture sur toile, 1855. Copie de l'oeuvre de Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1827. Musée du Louvre, plafond de la salle Clarac.



Des fresques de Raphael, les stanze et les loges copiées par MM. Paul et Raymond Balze, 1852, Guiraudet et Jouaust.  


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