vendredi 2 novembre 2012

Le Musée hors les murs. 6 : Déclinaisons du Jeune Faune flûtiste


Faune jouant de la flûte, plâtre, rue Gabriel Laumain, angle 31 rue d'Hauteville, Xe ardt.





Où la présence dans Paris de plusieurs moulages représentant un jeune Faune jouant de la flûte, nous fait rechercher et trouver son modèle romain exposé au Louvre.










PLANCHE VI.
JEUNE FAUNE JOUANT DE LA FLUTE.
Statue,
Appuyé sur un tronc d'arbre, l'épaule recouverte d'une peau de panthère, un jeune faune vient de jouer de la flûte, et parait attendre qu'un autre ait terminé sa partie pour recommencer.
Cette jolie figure offre à l'étude une nature, qui se trouve peu dans la sculpture antique. C'est celle de l'âge de dix à douze ans. Ce jeune enfant n'a pas encore atteint le temps de la puberté ; ses membres arrondis, ses genoux gonflés, cette pose souple qu'aucun muscle ne contrarie, tout indique cet âge exempt encore des passions, où les jeux de l'enfance font notre unique étude.

Cette charmante figure vient de la Villa Borghèse.

Modèle des moulages, la statue de Jeune Faune jouant de la flûte, formant une paire avec une autre réplique ( photo suivante ), 1,25 m, marbre de Paros, première moitié du 2e siècle après J.C., Musée du Louvre










(Détail de la sculpture de l'image  précédente)  Modèle des moulages, la statue de Jeune Faune jouant de la flûte, formant une paire avec une autre réplique ( photo suivante ), 1,25 m, marbre de Paros, première moitié du 2e siècle après J.C., Musée du Louvre








Second exemplaire du Louvre de la statue de Jeune Faune jouant de la flûte, 1,25 m, marbre, première moitié du 2e siècle après J.C., Musée du Louvre.






Cette statue s'inscrit dans le sillage des créations de deux grands maîtres du IVe siècle avant J.C., Praxitèle et Lysippe, qui tous deux avaient créé une ou plusieurs statues de satyre, renouvelant l'image de ce compagnon de Dionysos, le dieu du vin. L'original du " Faune flûteur " est connu par plusieurs répliques antiques, qui reproduisent une création des années 300-280 avant J.C. Cette réplique de la collection Borghèse, la plus célèbre de toutes, formait à Rome puis à Paris une paire avec une deuxième réplique de la même collection présentée à côté.
( Texte du cartel de la statue au Louvre que l'on voit à l'avant droit du socle. )








Jeune faune jouant de la flûte, marbre, copie milieu XIXe siècle, Cour Carrée du Louvre, côté Seine.




Sur la formation d'un sculpteur du XIXe siècle, Augustin Alexandre Dumont, son passage obligé par Rome :

Augustin connaissait Rome plus intimement encore que ceux qui en ont été le plus épris, en amant ou en archéologue, comme Bayle ou Ampère. Jacques-Edmé avait mis plus d'un an à s'acclimater ; lui, dès le premier regard, sentit et goûta le charme de cette terre qui laisse dans l'âme de tous ceux qui y ont passé un éternel souvenir. Il en était ainsi autrefois. L'attrait ne s'est-il pas émoussé depuis ? le parfum un peu évaporé ? Sur la fin de sa vie, Dumont étonnait par la fraîcheur et la netteté de ses réminiscences les jeunes artistes revenus de la veille, les yeux encore pleins des merveilles de la Ville unique.

Il employa sa première année, pendant l'ébauche du Jeune Faune jouant de la flûte, qu'il avait choisi pour son travail de copie, à meubler sa mémoire, tantôt visitant les églises, les palais, les musées, tantôt errant à l'aventure par les rues et les faubourgs, tantôt parcourant, de la Sabine à la mer, cette admirable campagne romaine infinie et désolée. A tout moment il est à Tivoli, à Frascati, à Albano, « où les femmes sont si belles », à Némi, à Terni ; il pousse même jusqu'à Cori, à la recherche du domaine d'Horace ( Hoc erat in votis ), mais sans dépasser Pérouse, toujours à pied, le sac sur le dos, le bâton à la main, prenant gaiement son parti des mauvais repas et des nuits troublées par ces odieux ennemis que les entomologistes appellent décemment des géocorises. Sans doute il demande par- dessus tout à ces beaux lieux la satisfaction des yeux, les spectacles de l'art ou de la nature, mais il ne dédaigne pas de recueillir une chronique d'autrefois ou un épisode romanesque, de noter un de ces miracles à la saint Janvier, ainsi que l'Italie superstitieuse ou candide dans ses supercheries en montrait même aux fils de Voltaire et de Championnet. Après avoir terminé sa copie et prouvé son habileté à' employer le ciseau et la râpe, il se mit en devoir d'exécuter le bas-relief réclamé par l'Académie aux pensionnaires de seconde année.
Une famille d'artistes : Les Dumont, 1660-1884, par G. Vattier, 1890.



Plâtre du jeune faune jouant de la flûte, version pudique, 107 avenue d'Ivry, XIIIe ardt.



En
bas, au-devant du parapet :
38-A. Faune jouant de la flûte, pendant qu'il s'appuie sur le tronc d'un arbre, les jambes croisées l'une sur l'autre, avec la pardalide sur le bras gauche. Statue moins grande que nature, découverte dans  l'endroit les Lucullus avaient un jardin, près du  lac Circaeus.

Description des musées de sculpture antique grecque et romaine, par le prof. J. H. Massi, 1891









Moulage de la statue du jeune faune jouant de la flûte, plâtre, autre version pudique, 12 rue de la Tour d'Auvergne, IXe ardt.










 Faune Flûtiste, plâtre moulé, hall du 219 rue Saint Honoré, Ier ardt.
Merci à B. Barateau qui nous a signalé cet exemplaire, sans signature apparente du mouleur.
( Mise à jour du 23 février 2013. )









Faune Flûtiste, plâtre moulé,  façade du 134 rue de Montmartre, IIe ardt. Un échafaudage a longtemps caché les moulages de cette maison. ( mise à jour du 3 juin 2013 ).







PARDALIDE : Terme d'antiquité, Peau de panthère. Etymologie : en grec Panthère et peau de panthère.





Faune Flûteur, dessiné et gravé à l'eau-forte par Réveil, in " Musée de Peinture et de Sculpture ou Recueil des principaux Tableaux et Bas-reliefs des collections publiques et privées de l'Europe " par  Louis et René Ménard, 1872







Jeune faune jouant de la flûte, pierre, copie de Simon Hurtrelle, 1685, Jardins du château de Versailles, Yvelines.





Le Faune Flûteur, gravure de François Perrier, 1638, extrait de  " 100 statues antiques dessinées et gravées ".











Faune Flûteur, Fonderies Ducel Val d'Osnes, planche 101





Faune Flûteur, catalogue Thiriot, 1887, pour la vente du sujet en fonte moulée, planche 21.






" Temple d'Amour " Puteaux, Hauts de Seine.

Le Temple d'amour a été installé rue de la République à hauteur de la résidence Lorilleux pour indiquer l'entrée du Conservatoire de musique. Cette pièce est une copie romaine de celle qui fut rachetée en 1803 par Napoléon Bonaparte. Cette œuvre de la collection d'art Borghèse fut exposée exposée au Musée du Louvre dans la salle des Cariatides.
Mairie de Puteaux.









 

 

 Les moulages, en plus d'être choisis pour décorer les façades des maisons et leur donner un ton de bon goût antique, un lustre romain, digne de la Villa Borghèse, servaient aussi à tous les apprentis peintres et dessinateurs des Beaux-Arts comme modèles idéaux, à reproduire autant comme exercice, que pour s'imprégner de leur style " parfait ". Voici une série de dessins ayant comme sujet un plâtre du jeune faune flûtiste.
A. Fantelin.


 

 

Louis-Félicien Lerquet, dessin sur papier, 1875, École des Beaux-Arts.

 









Joachim Ribeiro, dessin sur papier, 1875, École des Beaux-Arts















Henri-Lucien Doucet, dessin sur papier, 1875, École des Beaux-Arts












François Henri Morisset, dessin sur papier, 1890, École des Beaux-Arts















Edgar Ward, dessin sur papier, 1875, École des Beaux-Arts


Il existe une autre sculpture célèbre de Faune, plus âgé, jouant de la flûte, par Coysevox, du XVIIe siècle. Elle est maintenant au Louvre.









Planche soixantième. - Un Faune jouant de la flûte ; Statue du Jardin des Tuileries, par Coysevox.
Cette statue, l’une des trois que Coysevox exécute pour le jardin des Tuileries , où elles sont encore placées, surpasse de beaucoup les deux autres pour l’excellence du dessin, la noblesse des formes et la précision des contours.

Annales du Musée et de l’École Moderne des Beaux-Arts : recueil de gravures, 1808.




Vaucanson, en 1738 et 1741, exposa à Paris trois automates qui sont restés célèbres et méritent quelques lignes, un joueur de flûte, un joueur de tambourin et un canard. Ce flûteur automate représentait un faune jouant de la flûte traversière sur le modèle de la belle statue de Coysevox. Il exécutait  douze airs différents avec beaucoup de précision.  
Plus de détails ici.


Comme un écho moderne du Faune flûtiste, par Guillaume Werle  ( que nous avions déjà rencontré dans le post " Tenues de travail sculpturales ") " Le joueur de flûte " devant le conservatoire de musique Raoul Pugno de Montrouge, bronze, 1999, Square La Fontaine, Hauts de Seine.
Comme un écho moderne du Faune flûtiste, par Guillaume Werle  ( que nous avions déjà rencontré dans le post " Tenues de travail sculpturales ") " Le joueur de flûte " devant le conservatoire de musique Raoul Pugno de Montrouge, bronze, 1999, Square La Fontaine, Hauts de Seine.


5 commentaires:

  1. j'ai trouvé une version dans un immeuble au 219 rue saint Honoré, comment en connaître l'auteur?
    merci BBarateau

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  2. Merci de ce signalement !
    Quant à en connaitre l'auteur, s'il s'agit d'un moulage, c'est presque impossible sauf signature du mouleur, sur le socle par exemple... Par fonction les moules circulaient et produisaient une nombreuse progéniture, laquelle pouvait être remoulée, et de ce nouveau moule, d'autres multiples pouvaient être tirés, avec quelquefois des interventions visant à ajouter un voile pudique sur les nouveaux moulages sortis de ce second " patron "; ce qui produisait des variations. Il faut savoir que ce sujet moulé est encore vendu, par exemple chez Lorenzi à Arcueil ( http://www.lorenzi.fr/statues/Faune-Flutiste-113.html )
    Maintenant si votre version du Faune Flûteur, située dans la cour du 219 rue St Honoré je suppose, est une copie en pierre, c'est peut-être possible de lui trouver sinon un auteur, au moins un copiste. Mais il faudrait faire une enquête sur les anciens propriétaires des lieux, voire les constructeurs, et de tels documents ne sont pas toujours faciles à découvrir.
    À l'occasion je tenterais de le photographier, si la porte de l'immeuble n'est pas codée.
    Dernière précision : il y a encore un exemplaire de ce Faune rue de Montmartre, en façade. Hélas un échafaudage curieusement persistant m'a empêché jusque ici d'en prendre une photo. Dès que je pourrais je rajouterais l'image à ce billet.
    A.Fantelin

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  3. J'ajoute pour ( Mr ou Mme? ) B.Barateau : il est possible que votre exemplaire du faune flûteur soit non pas en plâtre ni en pierre, mais en fonte moulée, puisque nous avons retrouvé sa présence dans des catalogues de vente de fonderies, telles celles du Val d'Osne. La non plus pas d'auteur, sauf le fondeur.
    A. Fantelin

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  4. Bonjour Monsieur.
    Je découvre avec plaisir et beaucoup d interet votre travaille historique et journalistique dans lequel vous présentez, entre autre, ma statue en bronze «le jeune homme à la flûte ».
    Il me faut vous informer que cette statue date de 1999 et a été inaugurée en septembre de cette meme annèe.
    Bien que très précoce et particulièrement doué en 1976 je n avais que huit ans. C est tout de même un peu jeune pour faire une sculpture de cette qualité et de cette taille.
    Merci pour votre article et me doutant bien qu il s agit d une coquille j espere que vous avez gouté mon humour.
    bonne journée.
    bien cordialement
    Guillaume Werle.

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    1. Bonjour Mr Werle,
      Merci de votre petit tour sur Paris Myope... Pour l'erreur de date, c'est que je l'avais lu quelque part, je crois que ça m'avait semblé ancien, mais je n'avais pas vérifié plus avant. Excusez-moi de vous avoir vieilli de la sorte... Je vais rectifier le tir !
      Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de découvrir le petit chapitre consacré à votre hommage à Coluche, dans "Tenues de travail sculpturales", un post plus ancien.
      Bravo pour la qualité de vos sculptures montrougiennes.
      Bon travail.
      Très Cordialement.
      André Fantelin

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