mercredi 13 juin 2012

Le Musée hors les murs. 3 : Les lions de Canova



Lion couché éveillé, copie d'après le mausolée de Clément XIII à St Pierre de Rome sculpté par Canova, Institut Marc Sangnier, ancien locaux du Sillon,38 blvd Raspail, VIe ardt.





Où l'on découvre que deux lions sculptés, érigés dans la cour des anciens locaux du Sillon, journal philosophique chrétien animé par Marc Sangnier dès 1894, sont des copies de deux fauves célèbres créés par Canova cent ans plus tôt.







CANOVA (Antoine), célèbre statuaire, naquit à Passagno, dans le pays de Trévise en 1757. Ses dispositions pour l'art qu'il a illustré se manifestèrent de bonne heure. A l'âge de 12 ans, il présenta à Fallieri, seigneur de Possagno, un Lion en beurre façonné avec beaucoup de goût. Peu de temps après il fit en marbre deux corbeilles de fruits qui ornent encore le perron du palais de son protecteur à Venise. Appelé dans cette ville par ce seigneur, il fut successivement l'élève du vieux Torretti et de son neveu. Alors Canova remporta plusieurs prix à l'académie des beaux arts de Venise.
Biographie universelle, par François Xavier de Feller, 1838



Mausolée du Pape Clément XIII né Rezzonico à Saint Pierre de Rome sculpté par Canova.







Avant Canova, Bernin avoit déjà, au mausolée d'Alexandre VII, fait voir le pontife à genoux, mais en face du spectateur. Nulle comparaison à faire avec la figure agenouillée aussi de Clément XIII, vue de profil au sommet de la composition. Ce qui frappe avant tout, c'est l'extraordinaire ressemblance du portrait, exprimée non seulement dans la tête et le visage, mais dans la corpulence même de la personne. Il y a ensuite, quant à l'aspect général de toute la figure, l'expression d'un sentiment si vrai, si naturel, si religieux, et retraçant avec tant de naïveté la piété du pontife, que le principal intérêt de tout le reste du mausolée se reporte toujours vers lui. Ce sont-là de ces mérites dont le discours ne sauroit faire, ni sentir, ni comprendre la valeur. En descendant de la figure principale vers celles qui accompagnent le sarcophage, il faut faire remarquer, comme offrant un type et un aspect tout-à-fait nouveaux, la statue de la Religion debout, tenant d'une main la croix, et portant l'autre sur le couvercle du sarcophage. Tout, dans cette figure, dans sa pose, son style et son aspect, porte un grand caractère de simplicité religieuse. Son ajustement, qui consiste en trois draperies l'une sur l'autre, paroîtroit avoir quelque chose de redondant, et qui, peut-être, y donne lieu à une sorte de lourdeur. Qui sait si l'intention de l'artiste, en formant cette représentation figurative du christianisme, ne fut pas de s'éloigner tout à fait des costumes et des apparences du paganisme, dans les habillements de ses déesses? Or, ici la coiffure de la Religion, les rayons qui environnent sa tête, sa ceinture, l'espèce de stola qui forme son principal vêtement, tout concourt à en faire une figure très-différente des statues païennes. Le sarcophage, quoique dans les formes des tombeaux du paganisme, offre sur le champ de sa face antérieure, une variété qui l'en distingue, par cette partie de cadre circulaire où est l'épitaphe, et plus encore par deux petites figures en bas-relief, adossées au cercle, dont l'une est la Foi et l'autre est l'Espérance. C'est en pendant à la Religion décrite, que s'adosse au sarcophage, ou s'y appuie, la figure assise d'un génie sous la forme d'un jeune homme ailé, dont la tête exprime la douleur, et qui tient un flambeau renversé, emblème comme on sait, fort ancien, de la mort. Canova a pu faire dans la suite, et a fait d'autres figures dans ce genre, peut-être d'une imitation plus ferme, peut-être d'une exécution plus consommée; mais il n'en a point fait dans une attitude plus heureuse, ni d'un sentiment plus noble à la fois et plus expressif.



Lion couché éveillé, copie d'après le mausolée de Clément XIII à St Pierre de Rome sculpté par Canova, Institut Marc Sangnier, ancien locaux du Sillon,38 blvd Raspail, VIe ardt.





Le lion, comme on le sait, est le symbole de Venise, et le pape Rezzonico étoit Vénitien. Canova ménagea donc dans sa composition pyramidale, au-dessous des deux statues qu'on vient de décrire, c'est-à-dire d'un côté et de l'autre de la porte qui s'ouvre en ce local, deux massifs servant de piédestaux à deux lions couchés, dont on ne se lasse point d'admirer la vérité imitative, le travail hardi et la variété d'expression. L'un, en effet, semble rugir ; et l'autre pleurer, tant son attitude manifeste la sensation de la douleur. Ce grand ouvrage fut terminé et placé dans Saint-Pierre, au commencement de 1795.

Canova et ses ouvrages ou, Mémoires historiques sur la vie et les travaux, par  Quatremère de Quincy, 1834.







Lion de Canova couché endormi, Dessin extrait de " Handbook of Ornament " New York, 1904.









L'année 1769 venait de commencer : plus que jamais Clément éprouvait des spasmes et des accès de toux ; il fut obligé de garder le lit et de renoncer au soin de toute affaire. Le 2 février la suffocation devint si fréquente, que dans la nuit du 2 au 3 il expira, âgé de soixante quinze ans dix mois et vingt-six jours. Pendant son pontificat il avait créé cinquante-deux cardinaux. Clément, bon, pieux, doux, facile, n'attaquait personne, et presque toute l'Europe l'attaquait avec obstination. Il résistait courageusement.
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Nous dirons, d'après Féa, quelques mots du tombeau que le sénateur Rezzonico a fait élever à Clément XIII, son oncle, par l'illustre Canova.
« Quand on entre de la partie à droite de la grande croix à Saint-Pierre, dans la nef transversale, on trouve le tombeau du pape Rezzonico, Clément XIII. Cette sculpture du célèbre Canova est singulièrement estimée. Le pape, à genoux, est en prière.
« A gauche, la Religion, de grandeur surnaturelle, tient une croix de métal doré. A droite, un génie, assis et appuyé contre une urne, tient un flambeau de la main droite. On voit la Charité et la Force, de grandeur naturelle, assises près de l'urne ; enfin, sur les deux grands socles, deux lions couchés. Un des lions dort ; l'autre, éveillé, montre ses griffes. »




Lion couché endormi, copie d'après le mausolée de Clément XIII à St Pierre de Rome sculpté par Canova, Institut Marc Sangnier, ancien locaux du Sillon,38 blvd Raspail, VIe ardt.





Canova m'a dit que par les lions il avait voulu montrer le fonds du caractère de Clément XIII. Le lion qui dort est le symbole de la mansuétude, qui ne s'offense d'aucune de ces injures que l'on peut supporter sans manquer aux plus grands devoirs ; le lion qui veille est le symbole du courage que le pape manifesta quand, assailli de tous côtés par ceux qui voulaient arracher l'abolition des jésuites, il résista à tant de violences, quoique dans un état de santé affaibli, et continuellement en proie aux plus vives douleurs.

Histoire des souverains pontifes romains, Volume 7, Par Artaud de Montor,1849.








Lion couché endormi, copie d'après le mausolée de Clément XIII à St Pierre de Rome sculpté par Canova, Institut Marc Sangnier, ancien locaux du Sillon,38 blvd Raspail, VIe ardt.



 



TOMBEAU DE CLEMENT XIII ( REZZONICO ).
On donne pour certain que Rezzonico, riche banquier de Venise, procura le chapeau de cardinal à son second fils, moyennant 3oo,ooo francs, qu'il donna au cardinal Neri Corsini, neveu de Clément XIII. Me voici devant un des plus grands et des plus beaux ouvrages de Canova. Que de noblesse et de simplicité dans cette figure de la religion, s'appuyant sur la croix ! En fait d'idéal moderne, quoi de plus beau que ce génie dans l'attitude de la douleur ! Comme on voit bien que cette figure a été inventée depuis la naissance de l'Amour ! car cette passion céleste n'existait réellement pas du temps d'Homère ; les Romains l'entrevirent ; mais elle n'apparut dans tous son charme qu'au treizième siècle, du temps d'Héloïse et d'Abeylard.
Quel admirable contraste ce génie si beau, fait avec les lions couchés près de l'entrée du tombeau ! l'un d'eux sommeille, l'autre grince des dents et témoigne de la fureur. Quelqu'un demandait à Canova ce qu'il avait entendu par ces deux lions, et quel était le secret de sa pensée sur ces deux attitudes différentes ; il répondit:
« Le lion qui dort profondément est la mansuétude du pape , qui n'attaque personne ; le lion qui rugit est la force qui résiste à l'Espagne, dont les ministres ont demandé si vivement la destruction des jésuites. »
Cette anecdote, rapportée un jour devant M. de Cevallos, le mit dans une fureur qu'on ne put que difficilement apaiser.

Journal d'un voyage en Italie et en Suisse en 1828, par Joseph Romain Colomb.

D'autres copies des lions de Canova exposées au château de Chatsworth House, dans le Derbyshire, Grande Bretagne.


Le lion de gauche, éveillé, est attribué à Francesco Benaglia, commandé par le duc de Devonshire en 1823. L'autre à droite, le lion endormi, faisant partie de la même commande est l’œuvre de Rinaldi. Ces copies ont été livrées en 1828.





Les mêmes lions de Canova au château de Chatsworth House dans le film de Joe Wright, " Orgueil et Préjugés ", 2006



Lion couché éveillé de Canova, dessin de Jeffrey Luong.






D'autres copies des lions de Canova, gardant un tombeau niçois, sur le blog de Roland Patin, ArtPlastoc.



1 commentaires:

  1. Bonjour, j'ai été très intéressé par votre article très complet. Je connais des œuvres semblables ailleurs. Si vous souhaitez échanger, je vous laisse mon mail : patin.camus@gmail.com

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