jeudi 28 juin 2012

L'amateur d'éolithes




Sépulture d'Adrien Thieullen (1833-1913), préhistorien amateur. Bronze de Léon Fontaine. Cimetière de Montmartre, XVIIIe ardt.

Il recueillait partout des échantillons et il payait assez cher pour se concilier le dévouement  le plus complet des ouvriers qui, pour lui, mettaient de côté avec une ponctualité jalouse les "pièces" qu'ils jugeaient devoir l'intéresser.
Parmi les objets que le Museum doit à cet infatigable et généreux chercheur, mentionnons un crâne complet de mammouth qui vient de la rue Lecourbe ; une molaire de lait du même éléphant qui vient de la rue Miollis, à Grenelle, une mâchoire de renne, d'innombrables pierres taillées, parfois percées, les unes néolithiques et d'autres paléolithiques, etc. ( Bulletin de la société d'histoire naturelle d'Autun, 1914.)

Mais il défendit vainement la thèse des "pierres-figures" et des éolithes






DEUXIÈME ÉTUDE SUR LES PIERRES FIGURES À RETOUCHES INTENTIONNELLES A L'ÉPOQUE DU CREUSEMENT DES VALLÉES QUATERNAIRES

Adrien Thieullen :
Messieurs, Je crois devoir placer aujourd'hui sous vos yeux les pierres figures à retouches intentionnelles que j'ai présentées à l'une des séances du Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique de 1900. A ces pierres en ronde bosse, qui représentent approximativement une tète de cheval, une tête de canard, un poisson, un pied droit humain, une tète de chameau, et une tête de chevreuil, j'ajoute trois nouvelles pierres représentatives récemment découvertes, une tète de chien trouvée à Billancourt, un quadrupède sur pattes (peut-être un ours), pierre que j'ai ramassée à Paris dans la carrière de la rue Miollis et une tête à longues oreilles, disons d'antilope.




Cette dernière pièce outrepasse de beaucoup l'optimisme de mes prévisions. Le travail qu'elle a reçu, examiné à la loupe, témoigne d'une préméditation évidente et d'une adresse peu commune. L'artiste a su utiliser ingénieusement un accident naturel de la pierre comme point lumineux de l'œil qu'il a très nettement indiqué par une taille d'un curieux travail ; il va sans dire que, pour faire ces remarques, il faut vouloir regarder avec attention et non fermer les yeux de parti pris.

(…)

A la vue de ces deux pierres figures, plus d'incertitude, plus d'obscurité, il faut se rendre à l'évidence; continuer à nier l'intention, serait du paradoxe ou de l'entêtement.

(…)

Je sais bien que lorsque l'on a eu l'imprudence de déclarer, avant tout examen, qu'on ne croit pas aux pierres figures préhistoriques, ou lorsque l'on s'est compromis au point d'écrire : « Pour la gloire de Boucher de Perthes, une part de ses collections doit demeurer au fond des tiroirs; c'est merveille que les égarements de sa raison n'aient pas discrédité ses idées justes est ses observations fécondes, » après de pareilles affirmations, on ne jouit plus de son libre arbitre, et il n'est plus possible, surtout si l'on a quelque notoriété dans la matière, de revenir sur une bévue commise, vous serait-elle cent fois démontrée. Esclave d'une idée préconçue, on ne veut rien voir, rien entendre, et comme Elie de Beaumont, on est condamné à perpétuité à nier... même l'évidence.
La question des pierres figures n'est pas nouvelle, elle a été, après Boucher de Perthes, assez souvent reprise, et parfois de façon tout à fait remarquable, ce que j'ignorais ; aussi ne puis-je m'empêcher de reprocher à notre collègue Adrien de Mortillet qui, lui, connaît tous les travaux qui se produisent sur la phéhistoire, de ne m'avoir pas prévenu à temps.
Ce qui me console, c'est que je n'arrive pas après la bataille ; le problème n'étant pas encore résolu, malgré son importance, car loin d'être pris au sérieux, il reste toujours un sujet de risée, comme on a pu le voir au Congrès de 1900.

(…)

M. Atgier. — Je ne doute pas que M. Thieullen ait la conviction que tous les cailloux qu'il présente aient été travaillés de la main de l'homme mais entre avoir la conviction d'une chose et la faire avoir à d'autres il y a loin, surtout dans le cas présent.
Avec la meilleure volonté et sans le moindre parti pris il m'est impossible de voir dans ces pierres la moindre figure, la moindre intention humaine, elles paraîsssent toutes être le jouet du hasard, avoir l'usure du temps et du roulement dans les eaux; elles ont la patine appropriée au terrrain où elles ont été trouvées ou draguées ; quelques écornures de cette patine, font croire à un œil, à une bouche d'animal, à des traits quelconque.

(…)




Ici dans la collection Thieullen, rien de tout cela; qu'on regarde les cailloux de face ou de profil, même en faisant des prodiges d'imagination, on ne voit rien qui puisse faire supposer qu'ils aient jadis été taillés pour représenter tète humaine ou animale, tranche de melon, pointe de lance, etc.
Tous les rognons de silex à patine qu'on apporte à Paris par tombereaux et par pleins bateaux, ressemblent, l'imagination aidant, à quelque chose, or c'est le cas, à mon avis, des pierres que M. Thieullen nous présente aujourd'hui comme pierres figurées intentionnellement sans qu'aucun de ses arguments oratoires puissent nous pénétrer de sa conviction cependant bien profonde.





11- — Rapport sur le don fait par M. Thieullen d'un travail sur les silex à représentations naturelles.

M. Tesson donne connaissance de son rapport sur l'ouvrage que M. Thieullen a offert à la Commission :

Messieurs,

M. Thieullen, membre de la Société d'anthropologie de Paris, a offert à la Commission du Vieux Paris une Deuxième étude sur les pierres figures à retouches intentionnelles, à l'époque du creusement des vallées quaternaires.

Dans cet ouvrage, où se révèle une puissante originalité et une ténacité que rien ne rebute, les travaux et les idées de Boucher de Perthes sont repris et défendus avec une foi et une ardeur des plus entraînantes. Pour certaines personnalités, les théories présentées par M. Thieullen sont considérées comme trop audacieuses et trop déconcertantes à l'égard des principes convenus de la préhistoire. Sans être obligé d'entrer dans la discussion soulevée sur l'origine et l'état des silex taillés en figures qui ont été soumis à la Société d'anthropologie, l'on ne saurait négliger d'examiner et de comparer la reproduction photographique de deux têtes d'animaux en silex, rappelant l'antilope et portant un grand nombre de touches intentionnelles, très habilement exécutées et destinées à rendre plus apparente la figuration trop grossière de la pierre, dans son état naturel. Ces deux figures ont été trouvées à Paris, l'une rue Miollis, n° 31, l'autre dans l'usine à gaz de Vaugirard à 200 ou 300 mètres de distance, à même le diluvium.
Les figures se rencontrent fréquemment dans la région ; c'est ainsi que j'ai trouvé en 1898, dans les fouilles pratiquées pour le percement de l'avenue Félix-Faure en plein ballast, une figure de tête de sanglier en pierre à meule, auprès d'une magnifique pointe de lance, présentant tous les caractères désignés sous le nom de classiques.

Le travail de M. Thieullen, s'il n'est pas accepté par tous, contient néanmoins des enseignements généraux qui ne pourront manquer d'être fructueux et il témoigne d'une persévérance et d'une conviction que l'on ne peut posséder que par un labeur incessant et une documentation complète.

Paris, le 24 avril 1901.

Signé : L. TESSON.





Tout en nous gardant de vouloir décourager les chercheurs, nous ne croyons pas devoir citer autrement que pour mémoire les nombreux écrits des préhistoriens qui, à la suite de MM. Thieullen, Harroy, Dharvent, prétendent reconnaître des pierres-figures dans certains rognons des alluvions quaternaires. La ressemblance plus ou moins frappante de ces pierres, vues sous un certain angle, avec des figurations diverses n'est due qu'à des causes accidentelles. Certains rognons de silex présentent des silhouettes de personnages ou d'animaux plus ou moins frappantes, dont les accidents naturels de la taille complètent l'effet. Les prétendues pierres-figures paléolithiques n'appartiennent pas plus à l'archéologie que les nuages du ciel auxquels les vents donnent fréquemment en les divisant ou en les déchirant de vagues profils zoomorphes ou anthropomorphes.




La vie et les recherches d'Adrien Thieullen dans un article publié après sa mort : Bulletin de la société d'histoire naturelle d'Autun, 1914.

2 commentaires:

  1. Il est évident que ce genre de recherches faites sans discernement a ruiné complètement une théorie qui prétend que les débuts de l'art ont commencé en "arrangeant " des silex. Quand on admire la grotte CHAUVET , les sculptures en ivoire de DOLNI VESTONICE et celles de VOGELHERD ( vieille de 36000 ans ) l' idée d'un long apprentissage s'impose à l'esprit. Reste à en trouver la preuve sans a priori mais ça n'en prend pas le chemin , les irréductibles campent sur leurs positions en ne voulant pas faire un effort de bon sens pour les uns et un refus systèmatique pour les autres.

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    1. Rien n'est changé dans ce bas monde et il suffit de regarder les sites actuels traitant de collections de ce genre de silex. On y retrouve les mêmes réflexions et le même aveuglement . Un seul s'appuie sur une base sérieuse.

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